Le retour de l’influence russe en Méditerranée

image4Alors que le président russe Vladimir Poutine a réussi à maintenir en place le régime de Bachar al Assad, nous assistons plus globalement au retour de la Russie sur la scène du Proche et du Moyen-Orient, comme en témoigne sa réconciliation avec la Turquie d’Erdogan.

La Russie connaît en effet un regain d’influence exponentiel à l’Est de la Méditerranée. Au-delà d’une Syrie dont la fidélité lui semble acquise et avec laquelle elle entretient des relations pour le moins étroites (comme en témoignent par exemple la base de Tartous dont dispose la Russie depuis 1971 ou celle, plus récente, de Hmeymim dans la province de Lattaquié) ; le Kremlin peut aussi compter sur son alliance avec l’Iran. Cet acteur régional de premier plan avec lequel il conclut non seulement des pactes de défense et des ventes de matériel militaire dernier cri, mais qui a également accueilli récemment (sur demande de la Syrie) des Su-34 russes sur sa base militaire de Hamadan. Base depuis laquelle ont été lancées les attaques sur des positions islamistes (Daesh et Fatah al Sham soit l’ex Front Al-Nosra) en Syrie.

Pour autant, la Fédération de Russie entretient des rapports étroits  multiformes avec Israël (diaspora russe en Israël…), l’Égypte d’al Sissi sur le plan sécuritaire, sur le plan énergétique avec les monarchies du Golfe et avec l’Algérie au niveau diplomatique et énergétique.

S’agissant d’Israël, le Premier ministre Netanyahu et le Président Poutine se sont en effet fréquemment rencontrés, notamment autour de questions de sécurité, que le but soit de limiter les risques d’accrochages à la frontière Nord de l’Etat hébreu ou la coopération militaire (vente de drones par Israël …). L’Etat hébreu qui lui sait gré de « produire un effet modérateur sur le comportement du Hezbollah à l’égard d’Israël » (selon le Jérusalem Post du 6 juin 2016).

De plus, on le sait, la Russie tient le Levant à portée de ses missiles Kalibr disséminés en mer Caspienne et pourra compter sur la présence de son porte-avions, l’Amiral Kuznetsov qui croisera dans l’Est du bassin méditerranéen à compter du mois d’octobre. Ce géant des mers vient appuyer, pour son dernier déploiement les troupes russes déjà présentes sur place, notamment un dispositif aérien relativement important et efficace.

Enfin, après des excuses présentées par son président concernant l’avion russe abattu, et surtout après la tentative de putsch qu’elle impute aux Etats-Unis qui soutiendrait Gulen selon Erdogan, la Turquie se rapproche considérablement de la Russie (la Russie aurait prévenu la Turquie de l’imminence du coup d’état). Ce rapprochement, tout mesuré et fragile qu’il soit, se concrétise avec l’autorisation donnée par Moscou à Ankara d’intervenir sur le territoire syrien (en l’espèce sur la ville de Jarablus contrôlée par l’Etat Islamique) et ainsi contrer l’établissement d’un Kurdistan (qui pourrait être une base arrière du PKK) syrien alors divisé en deux. Autre exemple de l’apaisement entre la Russie et la Turquie, la remise au goût du jour de l’idée d’un gazoduc de la Russie vers l’Europe qui contournerait l’Ukraine en passant par le territoire turc. Ce gazoduc, Turkish Stream était un projet enterré par les dissensions entre les deux états mais qui fut relancé au lendemain du putsch avorté contre Erdogan.

Si la Turquie d’Erdogan semble désormais accepter le maintien au pouvoir de Bachar al Assad lors d’une transition et la garantie de l’intégrité du territoire syrien, il convient de rappeler qu’avant de le dénoncer de concert avec les américains, la Turquie avait soutenu le pouvoir alaouite pendant de nombreuses années. Le Premier ministre turc Binali Yildirim assure d’ailleurs qu’une nouvelle page doit être ouverte en Syrie (« nous sommes réconciliés avec la Russie, Israël et si Dieu le veut avec la Syrie »). Les nouvelles positions turques bien qu’instables profitent  – temporairement au moins – à une Russie cherchant à asseoir son influence au Proche-Orient.

Ainsi, même s’il apparaît compliqué de prédire les évolutions des relations entre les régimes d’Erdogan et d’Assad (donc de Poutine), notamment en ce qui concerne les rapports entre la Turquie et les Etats-Unis, on peut voir que la Russie dispose de solides appuis diplomatiques et militaires dans la région eu égard à sa lecture des rapports de force dans la région et de la cohérence de sa politique (le média libanais As Safir annonce un entretien à Moscou entre Assad, Poutine et Erdogan pour la fin du mois de septembre). Cela lui permet de prétendre à une influence et un crédit croissants sur cette zone ô combien stratégique, au grand dam d’une prétendue « communauté internationale » inféodée aux intérêts américains.

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