Géopolitique des océans

marine chinoiseLes océans ont toujours été un lieu de haute importance, notamment en ce qui concerne les ressources qu’ils contiennent (ressources halieutiques puis plus récemment avec les hydrocarbures) et les échanges humains. Aujourd’hui plus que jamais ils jouent un rôle déterminant dans les relations internationales et sont un espace géopolitique de premier plan.

Nous pouvons résumer le poids des océans dans nos sociétés mondialisées avec deux chiffres révélateurs. Plus de 80% du commerce mondial se fait par la voie maritime. Plus impressionnant encore, bien que moins connue, la communication internationale se fait à 90% par l’intermédiaire des câbles sous-marins, véritables autoroutes numériques enfouies sous les eaux.

Si on ajoute à cela l’importance des ressources halieutiques, la présence massive d’hydrocarbures sous les fonds marins, ainsi que celle d’autres matières premières (des minerais dont l’extraction ne saurait tarder à être rentable), on comprend très bien que les océans ont un rôle de premier ordre à jouer sur la scène internationale. Et on saisit d’autant mieux que les détroits, canaux et autres archipels suscitent crispations et convoitises.

Un élément très important de cet engouement pour les ressources naturelles situées dans les fonds marins est l’écologie. Il apparaît extrêmement compliqué de concilier les contraintes écologiques et la soif de matières premières dont font preuves nos États « modernes ». Il en est de même pour les communications et le commerce mondialisé qui sont particulièrement néfastes, notamment pour la faune marine.

Montée des tensions et remise en cause de l’hégémonie américaine sur les océans

Cela étant dit, nous observons depuis quelques années un regain de tensions sur les mers et océans, notamment autour de la souveraineté contestée d’îles et de leurs littoraux. La ZEE (Zone Economique Exclusive) dont dispose un État autour de ses côtes et qui lui garantit un accès aux ressources s’y trouvant, est en effet régulièrement un motif de discorde entre différents pays.

C’est le cas par exemple en Mer de Chine. Plus encore que les ressources, ce qui est en jeu ici est le contrôle de la navigation dans cet espace où transite une part énorme du commerce mondial. Nous le savons, cette tension contemporaine en Mer de Chine n’est pas tout à fait récente. En 1974 déjà, des accrochages ont opposé la Chine au Vietnam autour des îles Paracels. Autre exemple, en ce qui concerne l’archipel des Spartleys, disputé entre la Chine, Taïwan et les Philippines, le Vietnam, et la Malaisie (et plus discrètement le Brunei et l’Indonésie), les premières escarmouches datent de 1977 et ont opposé les Philippines aux « chinois de Taïwan ». La République Populaire de Chine n’y possédait aucune île en 1988 mais elle y dispose désormais de sept bases militaires implantées sur des îles artificielles.

Si elle excelle dans le domaine du « fait accompli », elle n’est pas la seule à occuper militairement une terre pour y affirmer sa souveraineté. Tous les protagonistes autour de ce point chaud qu’est la Mer de Chine méridionale (sauf Brunei et l’Indonésie) usent de cette technique.

La Chine est également en concurrence avec le Japon, pour la domination des îles Senkaku en japonais, ou Diaoyutai en mandarin, un archipel contesté de la Mer de Chine orientale. Les revendications territoriales importantes de la Chine, pour séculaires qu’elles soient, ainsi que leurs actions « bellicistes » ont pris une dimension telle que les Etats-Unis, qui font du libre accès aux océans un dogme géopolitique, regrettent maintenant d’avoir trop fermé les yeux sur les querelles dans cette région. Pour faire face, les USA se dotent de nouveaux alliés dans cette lutte, à l’image du Vietnam, et tentent de renforcer ses liens avec leurs alliés traditionnels dans la région (Japon, Taïwan …). La suprématie navale américaine est assez sérieusement remise en cause par les prétentions territoriales de la Chine et par sa marine militaire en constante amélioration.

_Arctique_frontieres_L’Océan Arctique est lui aussi le théâtre de la remise en cause de l’hégémonie américaine et de revendications territoriales. Cet espace suscite en effet un contentieux entre les cinq états (Danemark, Canada, Etats-Unis, Russie et Norvège) entourant la zone. Quoiqu’il en soit, après avoir été un point de tension important de la Guerre Froide, l’ « Océan glacé » voit aujourd’hui le retour en force de la marine russe. En effet, la marine américaine semble y être débordée par une flotte russe, certes encore grandement équipée de vaisseaux datant l’ère soviétique, mais en pleine résurrection. Cette stratégie russe en Arctique est publique depuis 2009 et semble porter ses fruits. On a pu voir avec le lancement récent de son nouveau brise-glace atomique Arktika, réputé être le plus puissant du monde, que la fédération de Russie pose encore un peu plus ses jalons sur la banquise.

On sait qu’elle y convoite les hydrocarbures présents sous la glace, puisqu’elle estime à 4,9 milliards de tonnes d’hydrocarbures les réserves auxquelles elle aurait accès si ses revendications territoriales étaient retenues. Mais elle y voit également une importante voie de communication vers l’Europe. Conséquences de tout cela, comme en souvenir de la guerre froide, des sous-marins anglais et américains sillonnent actuellement les fonds situés sous la banquise, espérant affirmer leur présence contre les « menées de Moscou ». Au même titre que la Mer Baltique, l’Océan Arctique est le terrain d’une opposition directe entre les marines russe et otanienne.

Dernier exemple (parmi d’autres) des tensions maritimes et la remise en cause de la toute-puissance navale des Etats-Unis, les récents événements qui se sont déroulés à l’Est de la Méditerranée. Outre les revendications territoriales des états régionaux liés aux hydrocarbures présents dans cette zone, nous avons pu apercevoir un retour de la marine russe sur les devants de la scène. Que ce soit par le tir en Syrie (depuis la Mer Caspienne) du désormais célèbre missile Kalibr ou par la mise en place en 2013 d’un groupement de navires russes en Méditerranée, Vladimir Poutine peut se targuer du retour en force de son pays dans cette zone hautement sensible et stratégique et riche en hydrocarbures.

La logique montée en puissance des marines de guerre

La conséquence de ce regain de tensions est la montée en puissance des marines de guerre dans les régions concernées. Nous assistons, comme nous l’avons dit à une résurrection difficile de la marine russe et aux interrogations du Pentagone sur ses capacités à conserver sa suprématie maritime.

Mais nous pouvons également observer l’expansion rapide et impressionnante de la marine chinoise. Pékin a même récemment appelé ses citoyens à se préparer à une guerre en mer. Par conséquent, nous remarquons le renforcement (pour ne pas dire parfois l’élaboration) des marines des états inquiétés par cette Chine à la flotte prolifique. C’est le cas notamment du Japon qui renforce un outil naval déjà conséquent (cinquième marine du monde par le tonnage), à l’instar de Taiwan et de la Corée du Sud. C’est le cas également du Vietnam et des Philippines, soutenus par les Etats-Unis, que l’on voit se doter d’appareils destinés à appuyer leurs protestations contre l’Empire du Milieu.

Enfin, l’Australie, elle aussi intéressée de près par les événements qui se déroulent en Asie du Sud-Est, a décidé de se doter d’une marine capable de la hisser au rang des grandes puissances maritimes. En témoigne le fameux contrat de plus de 34 milliards d’euros décroché par le français DCNS pour la construction de douze nouveaux sous-marins.

Nous pouvons noter de surcroît la mise sur pied par l’Inde d’une flotte de guerre moderne et ambitieuse, notamment articulée autour d’un programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (classe Arihant) et de la construction du premier porte-aéronefs made in India, l’INS Vikrant.

Les enjeux pour la France

Nous l’avons dit, les océans sont plus que jamais un espace de pouvoir et de convoitises. Or, la France est à la tête de la deuxième plus grande Zone Economique Exclusive au monde avec 11 035 000 km², juste derrière les États-Unis qui sont à la tête d’une ZEE de 11 351 000 km². Cette présence française sur les océans est un atout exceptionnel pour notre pays.

Néanmoins, le défi à relever pour notre vieille Nation sera de réussir à assurer sa pleine souveraineté sur ces zones vastes et éloignées de la métropole. La France a, entre autre, maille à partir avec des états frontaliers qui réclament la souveraineté sur certains de ses territoires, comme les revendications de Madagascar et de l’Île Maurice concernant les Îles Eparses. Malgré un arbitrage rendu par les Nations unies en 1975 enjoignant à la France de rétrocéder ces îles aux pays demandeurs, la présence militaire et scientifique de notre pays persiste. Concernant ces mêmes îles, nous avons à faire face à une autre problématique, autrement plus complexe à régler, celle de l’immigration clandestine et de la pêche illégale.

Cette pêche illégale dans la ZEE française, et les intrusions qui y sont faites en général, sont un des grands enjeux auxquels la France doit faire face dans le domaine maritime. Elle peut parfois compter sur des partenaires régionaux, comme les marines australienne et néo-zélandaise en ce qui concerne la Polynésie française ou la Nouvelle Calédonie.

La possibilité pour la France de conserver une marine de guerre parmi les plus puissantes et les plus efficaces fait pourtant aujourd’hui l’objet d’inquiétudes. Comme en témoigne l’absence de porte-avions français sillonnant les océans pendant les 18 mois que durera la réfaction du Charles de Gaulle, unique bâtiment de cette classe dans la Marine française. Nous sommes à un tournant décisif concernant la puissance navale française qui déterminera en partie la prospérité du pays dans les années à venir.

Outre la nécessité grandissante de protection de ses eaux territoriales toujours plus attractives, une autre conséquence de ce regain de tensions maritimes s’impose à la France, bénéfique celle-ci. En effet, le désir de bon nombre de pays de se doter d’une marine de guerre passe pour parties par l’achat d’équipements à l’étranger. Et dans le domaine de la « vente d’armes »  la France s’en sort extrêmement bien. Que ce soit avec le contrat cité précédemment de plus de 34 milliards d’euros décroché par DCNS auprès de l’Australie, ou avec les ventes massives de Rafales et autres chars Leclerc, ou encore la vente avortée des Mistral à la Russie, nous pouvons dire que l’industrie de l’armement a de beaux jours devant elle. La France est même devenue en 2015 le troisième plus gros exportateur d’armes, juste derrière la Russie. C’est un atout incontestable, tant sur le versant économique, industriel, géopolitique, diplomatique et scientifique.

 

 

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