Balkans: cachez ce djihadisme…

 

BalkansObjet de tous les empires, laboratoire du communisme, théâtre des guerres, foyer nationaliste, tiraillée entre la Russie et l’Otan, entre l’orthodoxie, le catholicisme et l’islam, la région des Balkans n’échappent pas au phénomène du djihadisme sunnite armé. État des lieux.

C’est un fait, la radicalisation islamiste est en hausse dans les Balkans. Une région qui constitue un terreau pour les groupes armées terroristes eu égard aux crises auxquelles elle doit faire face. L’État Islamique recrute alors même que l’on a souvent présenté l’islam des Balkans comme un modèle de modération. En réalité entre l’héritage socialiste, qui a peu réprimé l’islam pour ne pas froisser ses alliés des « Non-Alignés » durant la guerre froide et Ottoman, cet islam est comme tous les autres au cœur des débats qui affectent l’ensemble du monde islamique.

Dans la région, l’État Islamique (donc sans compter Al Nosra) a recruté à heure d’aujourd’hui 350 Kosovars, plus de 350 Bosniens, des dizaines d’Albanais et de Macédoniens. De même, par rapport à la population la Bosnie et le Kosovo sont les deux pays où l’E.I a le plus recruté en Europe. Un recrutement facilité par des transferts en autobus et des vols à bas coûts réguliers entre les Balkans et la Turquie. Si les autorités religieuses islamiques condamnent, en vain, elles affichent devant les mosquées chaque avis de décès des djihadistes morts en Syrie ou en Irak. L’E.I peut donc avoir des bases avancées dans les Balkans sans compter les diasporas de slaves du sud en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Une base de l’E.I dans les Balkans ?

En juillet 2015, le Sunday Mirror dans une enquête a révélé l’existence d’un camp d’entrainement de l’E.I dans le village d’Ošve, en Bosnie-Herzégovine. En réalité, si les populations locales assument pratiquer un islam littéraliste ils démentent avoir des liens avec l’E.I. Néanmoins il y a dans ce pays un salafisme assez implanté dans les zones rurales, pour le moment piétiste, même si cela créer une véritable contre-société et un terreau idéologique favorable au djihadisme. Comme en témoigne les combattants du front Al Nosra issus de Gornja Maoča encouragés par le prédicateur Nusret Imamovic.

Une région culturellement encore en guerre

Outre le djihadisme terroriste, la région reste brutalisée (G L. Mosse) par la décennie guerrière des années 1990. Une décennie importante car c’est dans ces année-là que des combattants moyen-orientaux (Jordaniens, Afghans, Syriens…) sont venus combattre et ont permis à l’armée bosnienne d’obtenir par leurs réseaux des armes malgré l’embargo. En outre, le Parti de l’action démocratique (SDA) du président Alija Izetbegovic (membre des Frères musulmans) avait recruté des djihadistes. Des djihadistes rompus au combat suite à l’Afghanistan et qui avaient privilégié le djihad en Bosnie plutôt qu’en Algérie. En effet en Bosnie les musulmans étaient présentés comme des victimes à la fois des catholiques croates et des orthodoxes serbes. Ces djihadistes étaient donc incorporés dans l’armée du pays. Comme en témoigne la brigade el Mudžahid incorporée dans le IIIe Corps de l’Armée de Bosnie-Herzégovine. Cette brigade, comme d’autres, a commis de nombreuses exactions qui tardent encore à être révélées et jugées, malgré l’arrestation récente de leur commandant Sakib Mahmuljin.

A l’issue de la guerre, des milliers de combattants sont restés et ont obtenu par « récompense » leur nationalité bosnienne, ce qui leur a permis d’échapper à la justice de leur pays d’origine. Mais suite aux attentats du 11 septembre 2001, une vague importante d’arrestation eut lieu.

la « Grande Albanie » et l’islamisme

En 1967 le dirigeant communiste Enver Hoxha avait interdit en Albanie toute pratique religieuse, or aujourd’hui ce manque de règles pour régir les religions laisse libre-court à toutes les associations islamistes ou à la création d’écoles coraniques salafistes. De même, malgré l’héritage communiste, le récit national basé autour de la cohabitation entre les religions, pour le Kosovo l’empreinte marxiste de l’UÇK et l’américanophilie, le salafisme est implanté, notamment par l’intermédiaire d’ONG qui sous un masque humanitaire pratiquent du prosélytisme.

Ailleurs dans la région, la Macédoine est un foyer important de l’islam radical. Dans ce pays 25% de la population est albanaise. Cette dernière est essentiellement musulmane et très pratiquante. Avec une économie fragile, des structures religieuses lâches (1/4 des mosquées sont salafistes), et un nationalisme exacerbé des Macédoniens (surtout de la part du Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne). En réaction le communauté albanaise se radicalise.

En outre, des logiques de politique interne encouragent la radicalisation. En effet, il y a un affrontement entre les deux partis albanais de Macédoine. L’Union démocrate pour l’intégration (BDI) laisse l’islamisme se développer pour contrer le Parti démocratique albanais (PDSh).

Le recrutement de l’État Islamique

L’E.I par l’intermédiaire de son agence de propagande Al Hayat a appelé au djihad (en langue serbo-croate ou en albanais) les musulmans des Balkans. S’ils ne peuvent faire l’Hijra l’E.I les invite à commettre des attentats pour faire tomber les régimes locaux avec un discours panislamiste qui rappelle la gloire des Balkans ottomans sous domination califale. Car dans une région où l’économie est sinistrée, où l’intégration européenne est bloquée et où la jeunesse n’a pas connu le confort relatif de la Yougoslavie, le djihad est une ressource économique.

De même si la police kosovare a pendant un temps fermé les yeux en cohérence avec la ligne diplomatique du Kosovo qui a affiché sa « solidarité » avec les rebelles syriens, a invité des opposants syriens et avait même proposé la création d’un centre d’entrainement pour les rebelles « modérés », l’année 2014 a constitué une rupture. Le président Hashim Thaçi, conscient des accusations dont il pourrait être l’objet devant la justice internationale, se veut désormais comme un rempart contre  l’islamisme pour redorer son image auprès des chancelleries occidentales. Une loi criminalise d’ailleurs toute participation à un conflit étranger.

« L’islam des Balkans » comme remède à « l’islam radical »

On a longtemps décrit en Europe par condescendance et méconnaissance l’islam des Balkans comme un islam intrinsèquement modéré. Or ce n’est pas parce que cet islam est européen qu’il est un frein naturel à la radicalisation. Même si la région est historiquement une région où cohabite toutes les religions, l’islam des Balkans est aujourd’hui sous l’influence de la Turquie et de l’Arabie Saoudite.

 

 

 

 

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