Obama ou l’obscurcissement américain

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Alors qu’il a voulu insuffler un vent de rupture et de changement en politique étrangère par rapport à son prédécesseur George W. Bush, Barack Obama est critiquable dans son action (ou sa non-action) et restera le président du recul de l’hyperpuissance des États-Unis. Le Moyen-Orient étant la démonstration la plus pure et parfaite de cet évanouissement.

L’illisible politique américaine au Moyen-Orient

Bien évidement Barack Obama a rompu avec le messianisme interventionniste et néo-conservateur de son prédécesseur, bien évidemment Barack Obama devait réparer les dégâts de son prédécesseur, bien évidemment Barack Obama n’est pas le responsable de l’inextricable guerre en Syrie, mais il n’a pas enclenché de grandes actions pour juguler les 300 000 morts, les 4 millions de réfugiés et les 8 millions de déplacés. Au-delà des questions humanitaires, c’est en Syrie que le rival historique qu’est la Russie a montré son retour, sa cohérence stratégique et au final son succès devant une Amérique hésitante et une France dépassée et discréditée. C’est ce constat en partie qui explique le succès d’un Donald Trump avec son slogan « Make America great again ».La Syrie est par conséquent le théâtre le plus probant de l’effacement des États-Unis, où Obama a tantôt tergiversé (voir l’épisode de le « ligne rouge »…), tantôt hésité pour au final laisser la place à la Russie.

De plus, le Moyen-Orient est le lieu de deux stratégies américaines qui se sont révélées partiellement inefficaces. D’une part le « light footprint strategy » (l’empreinte légère) avec le refus d’envoyer des soldats au sol mais avec le déploiement de drones, de forces spéciales, utilisation de la cyberguerre, concentration sur du renseignement technique…Mais cela ne peut en aucun cas venir en aide aux populations civiles. De même, si cette supériorité stratégique, technique et technologique est efficace contre un État, elle ne l’est pas toujours contre une organisation terroriste. Inefficace contre une organisation terroriste, pas de soldats au sol…L’E.I a donc tiré la conclusion d’avoir à la fois une présence transnationale et territorialisée. D’autre part le « leadership from behind » (diriger par l’arrière) avec la volonté de rester influent diplomatiquement et militairement par l’intermédiaire d’alliés locaux au sol. Mais cette stratégie a conduit à une impasse. D’abord cette stratégie aurait conduit les États-Unis soit à l’affrontement direct contre la Russie et l’Iran qui soutiennent Damas, soit à s’entendre avec eux et donc de soutenir Bachar el Assad. Puis, en soutenant les Kurdes d’Irak et de Syrie (qui provoque l’ire de la Turquie, membre de l’OTAN), les États-Unis ont mis le doigt dans l’engrenage des affrontements communautaires de la région qui complexifie la géopolitique classique de la région, déjà toturée. Le successeur de Barack Obama devra donc faire face au redécoupage géopolitique de la région.

Ensuite, il est clair que les États-Unis ont été impuissantes devant l’expansion de l’E.I lors de l’été 2014. Une organisation terroriste couplé à un proto-État composée de djihadistes d’Al Qaïda et d’anciens baathistes. Les premiers qui se sont multipliés en Irak suite à l’invasion des États-Unis en 2003. Les seconds qui se vengent après avoir été écartés de l’État irakien par ces mêmes Américains. C’est la revanche de l’histoire et la convergence des luttes sunnites.

Mais la Mésopotamie ne vient que s’ajouter à une longue liste…Le fourvoiement en Égypte entre la chute d’Hosni Moubarak en 2011, l’élection des Frères musulmans en 2012 et la contre-révolution par al Sissi en 2013. Puis la marginalisation des États-Unis sur le conflit israélo-palestinien. Et enfin la remontée en puissance des Talibans  quinze après l’intervention des États-Unis dans le « cimetière des empires », paradoxalement la seule force qui craint un développement de l’E.I en Afghanistan.

Si le discours d’Obama au Caire en juin 2009 fut brillant dans sa volonté de redéfinir les relations entre le « monde musulman » et les États-Unis, le président ne tarda pas de se contredire et de rendre illisible la politique américaine dans la région. Comme en témoigne la révolte à Bahreïn  en 2011 où le président n’a ni soutenu les manifestants pour la plupart chiites, qui majoritaires démographiquement ne demandaient pas la chute des Khalifa mais des réformes économiques, sociales et politiques pour plus d’égalité avec la minorité sunnite, ni condamné la brutale répression de l’Arabie Saoudite. En Libye, si le président Obama a exprimé ses doutes sur l’intervention franco-anglo-quatari, 90% des frappes ont été assurées par l’US Air Force. De même, les États-Unis se sont engagées à soutenir les jeunes et fragiles démocraties issues des révoltes arabes en Tunisie et en Égypte. Mais que valent les 140 millions des États-Unis en Égypte face au 12 milliards saoudiens? Ensuite, si Obama s’est prononcé clairement en faveur d’un État palestinien dans les frontières d’avant 1967, pourquoi fustiger Mahmoud Abbas quand ce dernier veut faire reconnaître la Palestine à l’ONU? Dans ce conflit, l’Amérique s’est mis à dos les deux protagonistes.Sans oublier l’aveuglement sur les desseins d’Erdogan en Turquie.

Un « pivot » inachevé

Pendant la guerre froide, l’Amérique ne voulait qu’aucune région du monde ne soit sans influence de leur hégémonie. Obama lui compartimente l’impérium américain. Comme en témoigne le pivot vers l’Asie avec un accroissement des relations et un rapprochement plus poussé avec l’Australie, le Japon, la Corée du sud, le Vietnam, Singapour et les Philippines. En face, le nationalisme augmente en Chine, cette dernière se couplant avec la Russie au sein des organisation internationales dans un front anti-occident et renouvelle ses capacités militaires terrestres et surtout maritimes en mer de Chine. Hormis l’accord de libre-échange avec onze pays du pacifique, le pivot reste un échec.

Une atmosphère de guerre froide

Pour le président Obama, c’est parce que la Russie est une puissance faible qu’elle mène des guerres hybrides vers ses marches. Pour le 44eme président des États-Unis les ressources de la Russie sont insuffisantes pour avoir une économie viable et suivre le grand dessein de Vladimir Poutine s’agissant de la politique étrangère. Cela explique donc une certaine condescendance d’Obama à l’égard de la Russie dans le dossier ukrainien, assez loin du « reset » proposé par Obama dans les relations avec la Russie.

Si Obama a été ferme dans son discours sur l’annexion de la Crimée en mars 2014, il n’a pas agi militairement, et diplomatiquement les sanctions s’avère contre-productives en pénalisant notamment les Européens, alliés des États-Unis, en particulier dans le secteur agricole. Sans oublier que la Russie ne lâchera plus jamais la Crimée. Les relations entre les États-Unis et la Russie se sont donc dégradées sous la présidence d’Obama non seulement à cause de l’Ukraine mais aussi avec l’intervention de 2011 en Libye et le dépassement de la résolution 19.73 et dans le dossier syrien, sans oublier les affaires Magnisky et Snowden qui viennent parasiter un climat déjà tendu . Là encore le prochain président des États-Unis devra revoir la relation des États-Unis avec la Russie.

Au final, le président Obama n’a obtenu que deux francs succès en politique étrangère: Cuba et l’Iran. En effet, l’accord de juillet de 2015 entre l’Iran et le groupe P5+1 a réglé une crise diplomatique paralysée par des sanctions qui n’ont pas fait tomber le régime iranien, au contraire. Mais si à court terme l’Iran est un allié contre l’E.I on remarque que les États-Unis veulent à long terme laisser la région dans un jeu à quatre puissances. Un équilibre  régulé par la maîtrise des forces antagonistes : la Syrie contre la Turquie, l’Iran contre Israël, l’Arabie Saoudite contre l’Iran. Mais le Moyen-Orient de 2016 n’est pas l’Europe de 1815…Si en 2008, Barack Obama a incarné le président « intellectuel » d’une Amérique métisse et d’un monde globalisé, entre sa naissance en Océanie, son enfance en Asie, ses ascendances en Afrique, sa popularité en Europe et l’Amérique qui l’a consacré, sa plus grande erreur est d’avoir laissé retomber l’espoir qu’il avait suscité.

 

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