Brexit: le « Grand Jeu » européen

Matteo-Renzi-Angela-Merkel-Francois-Hollande

« Le plus grand danger pour notre identité britannique est lié à notre gouvernement qui est menacé par le fédéralisme européen. La préoccupation principale des capitales européennes qui est de mettre en place une monnaie unique ne doit pas distraire notre attention sur le fait que l’Europe est et a toujours été non pas un projet économique mais un projet politique. Il s’agit de créer une nouvelle entité politique souveraine accompagnée d’une nouvelle et artificielle identité supranationale. Le fait que ceci n’a jamais été présenté en ces termes au peuple anglais est un exemple parmi d’autres d’une longue liste de tromperies » Margaret Tatcher, 1997.

Le peuple britannique s’est exprimé. Ils sont à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Depuis, les analystes, les médias, la presse et les hommes politiques spéculent à flots sur l’avenir des relation entre l’UE et le Royaume-Uni. Parallèlement, la tectonique des plaques politiques et géopolitiques au Royaume-Uni et en Europe se voient bouleversées. Décryptage.

Tout d’abord en Grande-Bretagne, avec un jeu politique fait de cynisme, de machiavélisme et de trahison qui remodèle l’échiquier politique. David Cameron, le premier ministre qui avait il y a un an au cours de sa campagne promit un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE pour capter l’électorat du parti eurosceptique UKIP a perdu son pari. Depuis vendredi dernier, il a dignement annoncé qu’il démissionnerai avant le congrès du parti conservateur qui se tiendra du 2 au 5 octobre prochain. David Cameron a perdu, il part, et laisse le soin à son successeur d’activer l’article 50 du traité de fonctionnement de l’UE pour entamer la sortie de l’UE.

D’aujourd’hui à octobre il laisse donc se décanter la recomposition politique de son pays. David Cameron met devant le fait accompli les pro-Brexit tel Boris Johnson qui depuis vendredi temporise mais aussi déstabilise l’UE. En effet, d’une part seul le pays peut activer l’article 50 et d’autre part en laissant le temps s’écouler il permet aux Britanniques de ne pas se voir imposer les termes de la négociation. De même, David Cameron laisse infuser la situation interne du Royaume entre les sécessionnistes écossais, les unionistes irlandais, la désintégration du parti travailliste et la recomposition des conservateurs. En revanche, une inconnu demeure: le successeur de David Cameroun, Boris Johnson? Térésa May? Un gouvernement pro-Brexit avec des membres du UKIP?

Ensuite en Europe. Au niveau économique l’UE et les États-membres ont intérêts à un divorce doux avec le Royaume-Uni et d’envisager un modèle norvégien pour le Royaume-Uni, c’est-à-dire avec un marché unique où le Royaume-Uni reste et qui contribue toujours au budget communautaire. Cependant, l’UE ne peut pas contracter un divorce trop consensuelle avec le Royaume-Uni. En effet, cela casserait le verrou psychologique dans les opinions de l’inéluctabilité et l’irréversibilité de la construction européenne. Pour résumer, ni divorce « hard » ni séparation « soft ».

Supranational_European_Bodies-fr.svgAu niveau du centre de gravité au sein de l’Union, on constate depuis vendredi une Commission court-circuitée par le trio Rome-Berlin-Paris. L’inter-gouvernemental prend sa revanche sur le fédéralisme. Cela permet aux dirigeants de montrer qu’ils peuvent encore écrire l’histoire, surtout pour le président français François Hollande, pour le premier ministre italien de rehausser le poids de son pays alors que le parti de Matteo Renzi vient de subir une défaite aux municipales, que les résultats de ses réformes sont faibles et alors qu’il a engagé son maintien au pouvoir dans un référendum sur le bicamérisme parfait à l’automne prochain. Enfin, pour Angela Merkel qui vient de perdre un allié économique sur la plan idéologique dans l’Union, de ne pas apparaître comme hégémonique.

Puis, sur le plan de la politique extérieure et de la défense. l’UE perd un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, une puissance militaire de projection et nucléaire mais surtout une puissance diplomatique mondial qui poussait l’UE à penser plus « global ». La France se retrouve donc seule membre du P5 et seule puissance militaire nucléaire et de projection dans l’UE. Il est donc fort probable que la France éprouvent encore plus de difficultés à avoir de l’aide des autres États-membres pour ses opérations extérieures (Mali, Centrafrique, « Syrak ») et dans sa lutte contre le terrorisme djihadisme (renseignement, contrôle aux frontières…). Sans oublier une Commission européenne qui vit dans une utopie post-tragique, post-historique et des pays de l’Europe de l’est qui traduise l’Europe de la défense par OTAN. On va donc probablement aller vers un recentrage de l’UE vers une diplomatie de voisinage dans son étranger proche. De plus, si l’élargissement vers l’est et la réunification de l’Allemagne avait déplacé le centre de gravité de l’UE vers l’est, la sortie du Royaume-Uni va accélérer le mouvement.

Enfin, mauvaise nouvelle pour la Commission, l’UE perd son principal avocat s’agissant du Traité Transatlantique et par ailleurs, le premier ministre français Manuel Valls a déclaré que les négociations étaient bloquées. Autre mauvaise nouvelle pour cet « empire sans impérialisme » (Juan Manuel Barroso, ancien président de la Commission de 2004 à 2014 ) l’image et la perception de l’UE va se détériorer. Les États-membres s’interrogent sur le fonctionnement de l’UE voire sur l’élargissement. Le brexit est donc une mauvaise nouvelle pour les candidats à l’adhésion (Albanie, Macédoine, Monténégro…).

Enfin, le brexit remet en cause l’identification de l’UE à l’Europe. C’est peut-être la fin du monopole de l’UE sur l’Europe. L’UE perd donc en légitimité historique et n’oubliant pas qu’ « Entre le grand large et l’Europe, nous choisirons toujours le grand large » Winston Churchill.

 

Par Romain Dewaele

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