Moyen-Orient: l’introuvable puissance sunnite arabe

Le constat est simple il n’y a plus de puissance sunnite dominante au Moyen-Orient. L’Égypte s’est effondrée depuis 2011, le Qatar a vu ses ambitions à la baisse, et les tentatives de l’Arabie Saoudite atteignent leurs limites. Dans le même temps pour le camp sunnite, il y a trois menaces: l’Iran perse et chiite, la Turquie avec ses velléités néo-ottomanes, et l’État Islamique.

Les limites de l’Arabie Saoudite

En janvier 2015 le roi Salman succède à son demi-frère Abdallah (âgé de 90 ans). Dès lors, la diplomatie du royaume va être plus agressive et décomplexée. Avec d’une part un relatif détachement vis-à-vis des États-Unis voire même une détérioration des relations avec les États-Unis eu égard à l’invasion de l’Irak en 2003 qui a fait sauter le verrou anti-Iran qu’était l’Irak de Saddam Hussein, l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, la relative prudence d’Obama sur le conflit syrien (abandon de la « ligne rouge »…), le lâchage en 2011 de l’Égyptien Hosni Moubarak par les États-Unis et l’accueil favorable réservé au Frère musulman Mohamed Morsi lors de son élection juin en 2012.

A ce propos, les Saoudiens se méfient des Frères musulmans car ces derniers ont soutenu Saddam Hussein en 1990 et incarnent une concurrence sur le plan de la légitimité religieuse, même si l’Arabie s’appuie sur le parti frériste Al Islah au Yémen dans sa « sale guerre ».

arabieL’Arabie Saoudite mène donc une politique plus indépendante des États-Unis. L’exemple sur le plus frappant étant la guerre au Yémen. En effet, depuis mars 2015 et le lancement de l’opération « Tempête décisive », le royaume mène avec une coalition de dix pays une guerre contre les rebelles Houthistes, bras armé de l’Iran pour les Saoudiens. Le Yémen a toujours été pour la monarchie saoudienne une arrière-cour et elle déploie au sol des troupes ainsi que son arsenal militaire le plus moderne.  Cette guerre, au-delà des objectifs stratégiques, sert à légitimer sur la scène intérieure Mohamed Ben Salman, vice-prince héritier, ministre de le Défense et chef du cabinet royal.

Auparavant, dès 2013, l’Arabie Saoudite a aidé le général Abdelfattah Al Sissi en Égypte (ancien attaché militaire en Arabie Saoudite) pour réaliser son coup d’état et depuis l’Égypte tient par les financements de l’Arabie Saoudite.

Sur le plan énergétique, l’Arabie Saoudite laisse les cours du pétrole brut s’effondrer afin de déstabiliser la Russie et l’Iran (deux soutiens au régime de Bachar El Assad) afin de garder ses parts de marché.

En Syrie, la monarchie soutien des groupes rebelles  djihadistes comme Jaish Al Fath et Jaish Al Islam.

Mais cette politique atteint ses limites avec tout d’abord l’enlisement au Yémen à l’instar de Nasser dans les années 1960 avec un manque d’alliés au sol, la montée en puissance d’Al Qaïda en Péninsule Arabique, et l’alliance contre-nature locale avec les Frères musulmans d’Al Islah. Puis les limites à unifier le camp sunnite sur l’ensemble de la région avec par exemple le soutien de l’Égypte et des Émirats Arabes Unies à l’intervention russe en Syrie. Ensuite la haine de l’EI contre le royaume alors que le royaume est depuis les attentats de novembre 2015 à Paris sous le feu des critiques quant à sa diffusion du wahhabisme. Enfin la stratégie pétrolière du royaume risque de se retourner contre lui avec une économie de rente incapable d’insérer le jeunes dans le marché du travail.

Les rêves des Émirats Arabes Unis

« La petite Sparte » du Golfe possède l’armée arabe la plus aguerrie avec l’expérience de l’Afghanistan et un équipement moderne. Les EAU combattent au niveau intérieur et extérieur les Frères musulmans (qu’ils classent comme organisation terroriste), ce qui complique ses relations avec le Qatar et la Turquie. Au Yémen, des forces spéciales sont déployées et ont permis de récupérer Aden. Enfin, les EAU opèrent un discret rapprochement avec Israël avec la présence d’un diplomate israélien aux Émirats au sein de l’Agence Internationales des Énergies Renouvelables.

Le déclin de l’Égypte

L’Égypte est sortie exsangue depuis son « Printemps » en 2011. Elle est depuis dépendante économiquement des Émirats Arabes Unies et de l’Arabie Saoudite, et doit faire face à l’État Islamique au Sinaï. L’Égypte a donc clairement perdu son rang depuis la chute de Moubarak qui était un trait d’union entre les États-Unis, Israël et le monde arabe.

La diplomatie de Mohamed Morsi

Le président frériste avait donné des inflexions à la diplomatie égyptienne. Comme en témoigne la visite au Sommet des Non-Alignés à Téhéran, le rapprochement avec le Hamas, le réchauffement avec le Soudan d’El Béchir, le soutien aux rebelles syrien et un partenariat privilégié avec le Qatar

Autant de motifs qui ont réactivé « l’État profond » militaire et sécuritaire égyptien aidé par l’Arabie Saoudite. Depuis le Koweït, les EAU et l’Arabie Saoudite ont livré 12 milliards de dollars à l’Égypte.

imageLa remise au pas d’al Sissi

Au pouvoir, le maréchal al Sissi va ré-axer la politique étrangère de l’Égypte. Comme l’illustre l’aide à l’Arabie Saoudite au Yémen avec une surveillance maritime, le refroidissement avec le Qatar eu égard à la politique anti-Frères musulmans, les tensions avec les États-Unis suite aux critiques d’Obama sur la répression politique en Égypte (40 000 prisonniers politiques), le dialogue renforcé avec Paris et Moscou, les bonnes relations avec Israël, l’hostilité avec le Hamas et la fermeture des studios de la chaine Al Jazira au Caire.

Le Qatar contrecarré

Au moment du printemps arabes, le Qatar a nourri de grandes ambitions, mais la politique du cheikh Tamin (au pouvoir depuis 2013) est moins forte que celle de son père Hamad Ben Khalifa Al Thani.

On constate un manque de dynamisme dans la stratégie émise par Hamad Ben Khalifa Al Thani. Cette dernière reposait sur deux principes. D’une part, populariser la marque « Qatar » à travers une ambitieuse politique de soft power (Al Jazira, football…). D’autre part, une diplomatie de médiation dans les conflits afghans, soudanais, tchétchènes…Cette politique a pris un tournant très actif sur le dossier libyen avec la participation du Qatar a la campagne aérienne de l’Otan. Depuis, le Qatar a moins d’influence et parait trop proche des Frères musulmans comme avec la présence du prédicateur islamiste Youssef Al Qaradhawi sur les antennes d’Al Jazira, ainsi qu’une aide en Syrie à Ahrar Al Cham et au Front Al Nosra (interview de son chef Mohamed Al Joulani sur Al Jazira).

Cette politique indispose Ryad et Dubaï qui ont même menacer de suspendre le Qatar au Conseil de Coopération du Golfe.

La rivalité de L’État Islamiquedaech

l’EI constitue un modèle alternatif eu égard aux prétentions étatiques qu’il revendique (monnaie, éducation, justice, police, armée, administration..) à tous les États de la région et développe une communication qui fonctionne auprès des opinions arabes. De plus, l’EI s’installe en Irak sur un État amputé depuis 1991 de sa plein souveraineté, victime d’un embargo économique, en désintégration depuis 2003 avec une politique parfois sectaire du gouvernement chiite et des kurdes autonomes. L’EI s’implante sur deux États fictions en récupérant les frustrations des sunnites, même si en Irak il possède un enracinement tribal important alors qu’en Syrie il profite d’une société éclatée et d’un État en faillite.

 

 

Par Romain Dewaele

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