« En Syrie, il n’y a pas de rebelles modérés » notre entretien avec le Député Nicolas Dhuicq

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C’est dans son bureau à l’Assemblée nationale que nous reçoit le député de l’Aube, Nicolas Dhuicq. Député Les Républicains et membre de la commission des affaires étrangères, Nicolas Dhuicq s’est rendu deux fois en Syrie où il rencontré le raïs syrien : Bachar el Assad. État Islamique, avenir de la Syrie, politique des États-Unis, rôle de l’Arabie Saoudite…le Député nous livre son analyse.

 

Globale Diplomatie : Tout d’abord, monsieur le Député, comment se rend-on en Syrie ?

Nicolas Dhuicq : Comme vous le savez, les parlementaires sont soumis à un contrôle déontologique, ils doivent donc partir avec une association. C’est que j’ai fait en novembre dernier avec l’association SOS Chrétiens d’Orient, et en mars dernier avec l’association syrienne Al Karma. Cette association regroupe toutes les ethnies et les religions de la Syrie.

Pour des raisons de sécurité, nous avons été durant notre voyage pris en charge par les services de sécurité du régime de Damas, et très concrètement nous avons pris l’avion de France jusqu’à Beyrouth au Liban, puis nous avons rallié la Syrie par voie terrestre.

GD : La tradition veut qu’en France, les élus à l’étranger ne critiquent pas la diplomatie de leur pays. Pourquoi avez-vous pris cette initiative ?

ND : En premier lieu, nous avons considéré que les Députés représentent une part de la souveraineté nationale car ce sont des élus, et nous permettons aux Français de constater que la situation sur le terrain est infiniment plus complexe qu’on le présente. De même, nous avons pris cette initiative car l’intérêt supérieur de la France est d’être présent diplomatiquement et économiquement au Levant et de préserver l’unité de la Syrie. Si un jour la Syrie se reconstruit j’espère que cela se fera par des entreprises françaises.

Ensuite, Il est difficile de rester neutre dans ce contexte avec l’ancien ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui dans l’hémicycle nous avait dit qu’Al Nosra (branche syrienne d’Al Qaïda) « faisait du bon boulot » et alors qu’en novembre 2015 les chrétiens du village de Maloula ont été massacré par Al Nosra.

La politique française au Moyen-Orient est totalement intoxiquée, depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, par les monarchies du Golfe, alors que rien de permet d’authentifier la main des services syriens dans cette affaire.

Ce fut irresponsable de fermer l’Ambassade sans garder au moins une représentation car depusi nous manquons d’informations et c’est intolérable d’avoir coupé les crédits du lycée français Charles de Gaule de Damas alors que le pays a gardé de la présence française la langue française.

Avec l’aide et l’intervention salvatrice russe, le président Vladimir Poutine a endossé le rôle du Tsar, François Hollande aurait pu endosser celui de Saint-Louis mais il a lâché les chrétiens de Syrie.

GD : Pour prolonger ce que vous dites, comment expliquez-vous l’attitude la diplomatie française dans le dossier syrien ? Comme par exemple les crédits coupés à l’hôpital français Saint-Louis.

ND : Votre question est vaste, mais les causes sont doubles. D’abord, le niveau de connaissance historique et culturel des dirigeants s’est affaiblit, qui se souvient de la présence française au Levant au début du XXe siècle ? Et très peu connaissent les différences entre l’islam sunnite et l’islam chiite…

Le manque de connaissance amène un discours médiatique unique sur le dossier syrien démultiplié par le nombre de chaines de télévision. Celui qui maitrise donc l’information, comme les États-Unis, influence la lecture des événements. Il y a sur le conflit syrien une guerre de l’information.

La lecture dominante biaise la complexité du conflit syrien, qui est à la fois une guerre civile et une guerre globale avec plus de 40 000 combattants étrangers en Syrie. Ensuite, la lecture dominante empêche de voir que sur le théâtre syrien, et ukrainien d’ailleurs, les États-Unis adoptent la doctrine de Brzezinski. Cette doctrine consiste à stabiliser le Moyen-Orient avec des régimes islamistes, comme la Turquie d’Erdogan, qui par une combinaison entre capitalisme et islamisme convient aux Américains. Après avoir stabilisé cette région, les États-Unis peuvent appliquer leur pivot vers l’Asie en se désengageant de l’Europe et du Moyen-Orient.

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En Mésopotamie, les néo-conservateurs veulent redessiner la carte géopolitique de la région en faisant exploser les États laïcs baathistes comme la Syrie et l’Irak et créer des États sur des bases ethniques ou religieuses. C’est une lecture du diviser pour mieux régner, et c’est à l’œuvre en ce moment en Syrie.

Ensuite, les puissances régionales jouent aussi leur jeu. La Turquie d’Erdogan, complice de l’État Islamique, poursuit un rêve ottoman avec le déplacement de turcophone d’Asie centrale au sud de la Turquie pour créer une zone-tampon.

L’Iran cherche à restaurer son rôle de puissance, et c’est la future puissance régionale avec qui la France doit être un partenaire.

Et le Qatar et l’Arabie Saoudite, parfois alliés, parfois adversaires. Des pays sans constitution, c’est pourquoi l’Arabie Saoudite n’est pas un État-Nation mais un conglomérat avec une main d’œuvre étrangère qui est une source de déstabilisation à terme, et le roi mis en place par le colonisateur britannique. En dessous du roi les princes ont une autonomie, certains peuvent donc diffuser le wahhabisme et financer le terrorisme.

GD : Vous l’avez justement dit, il y a plusieurs guerres dans la guerre, mais quelle est selon vous la solution en Syrie ? Faut-il fédéraliser la Syrie ?

ND : Pour comprendre le futur de la Syrie il faut comprendre qu’Hafez el Assad appliquait un régime économique socialiste. Par la suite, son fils, Bachar, qui a étudié en Angleterre, a libéralisé économiquement le pays. En libéralisant l’économie syrienne, il s’est mis à dos des cadres du régime, et a précarisé les périphéries et les zones rurales de la Syrie. Ce sont d’ailleurs ces populations qui se sont soulevées en mars 2011 et qui veulent s’inspirer des pays du Golfe qui cumule capitalisme et islamisme.

En réalité l’attitude occidentale n’a fait que casser les revendications démocratiques des Syriens, car les rebelles soutenus par les occidentaux ne sont pas modérés mais des islamistes et l’Armée Syrienne Libre devient de plus en plus une fiction. Dernièrement ils ont voulu aux négociations de Genève changer la constitution syrienne avec un article obligeant le président syrien à être musulman, ce que Bachar El Assad refuse.

Sur la fédéralisation, j’ai posé cette même question au président syrien qui m’a fait remarquer qu’au Kurdistan syrien les Kurdes ne représentent que 40% de la population. En Syrie, les communautés sont imbriquées par conséquent un fédéralisme amènera d’autres guerres, de la violence et des opérations d’épuration ethniques, et pour finir c’est aux Syriens et à personne d’autres de construire la Syrie de demain.

GD : Entre vous deux visites en Syrie, quelles ont été les différences notables ?

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ND : La réponse est simple. Lors de ma première visite les canons tonnaient tous les soirs à Damas car un quartier de la ville était aux mains des islamistes. En revanche, lors de mon dernier voyage, plus aucuns coups de canon. La trêve est respectée à Damas, l’atmosphère est plus détendue, et nous avons vu un chef d’État qui avait toutes les raisons de se réjouir, car notre visite a correspondu à la reprise de la ville de Palmyre.

GD : Pour finir, il y a une dizaine de jours vous avez voté la fin des sanctions contre la Russie. Qu’est-ce qui a motivé votre vote ?

ND : L’agriculture française est la première victime de ses sanctions avec 150 millions d’euros de perte pour le porc breton, et moi qui suis député d’un département rurale je le vois très concrètement. Ensuite, on remarque que d’autres pays, comme les États-Unis récupèrent nos parts de marché en Russie. Et lorsque les sanctions seront je l’espère supprimées il sera difficile aux entreprises française de reprendre leurs parts de marchés dans l’après-sanction car depuis, la Russie a renforcé sa sécurité alimentaire en développant son marché intérieur. La fin des sanctions permettra d’amener un climat de paix en Europe, car je suis inquiet des déclarations bellicistes polonaises ou baltes qui font de la Russie un danger aussi prégnant que l’État Islamique.

Devant une Allemagne de plus en plus dominante en Europe la France doit rééquilibrer ses alliances notamment en direction de la Russie.

Enfin, d’un point de vue moral je ne veux pas oublier que sans le sacrifice de 25 millions de soviétiques nous ne serions pas aujourd’hui en liberté.

Globale Diplomatie représenté par Romain Dewaele et Charles-Timoléon de Martin de Viviès

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