L’Iran, la « Chine du Moyen-Orient », une opportunité française ?

hollande rohanni

Le dimanche 17 avril 2016, un petit événement diplomatique et économique s’est joué dans les airs entre Paris et Téhéran. Après des années d’isolement international, principalement causé par le nucléaire iranien, Air France relance ses vols en direction de la République Islamique. Ce dimanche, c’était tout un comité d’hommes politiques et de représentants du monde économique qui a pris place en direction de l’aéroport « Imam Khomeyni » pour ce premier vol historique. L’Iran a en effet tous les atouts pour séduire les entreprises étrangères. C’est la conséquence directe de l’accord conclu sur le programme nucléaire iranien en juillet 2015 : en respectant ses engagements (limitation d’enrichissement en uranium, de production de plutonium, renforcement des inspections de l’AIEA…) l’Iran bénéficie d’une levée des sanctions internationales et de l’embargo économique des puissances européennes et américaines. Cet abandon des sanctions, officiel depuis Janvier dernier, ouvre des perspectives économiques exceptionnelles, surtout pour les multinationales et les PME françaises.

  • Première richesse, les hydrocarbures

La grande force de l’Iran, c’est que malgré une production d’hydrocarbure parmi les plus importantes au monde, le pays a encore des capacités et des marges de progression phénoménales. Ainsi, alors que le pays est actuellement 7ème au classement mondial des producteur de brut, il dispose simultanément de 9,5% des réserves du globe, soit… le 4ème rang mondial. Ce gap, cet écart, illustre tout le potentiel pétrolier de l’Iran qui produit beaucoup, mais qui pourrait produire encore davantage. De plus, comme le rappelle Ardavan Amir-Aslani dans « Iran le sens de l’Histoire », le pays dispose de propriétés géologiques particulières, qui rendent plus aisée et moins couteuse l’extraction du précieux or noir. Pour le gaz, l’écart entre les bonnes performances de l’Iran et ses capacités est similaire à celui du secteur pétrolier : 4ème producteur de gaz au monde, les experts estiment pourtant que l’Iran n’exploite que 40% des réserves de son sol.

L’Iran compte bien attirer les investisseurs internationaux pour faire fructifier ce potentiel. Pour accroître son attractivité, le pays a massivement investi ses dernières années dans des infrastructures de raffinage et de pétrochimie. Total ne s’y est pas trompé, et en janvier, le géant français a signé un contrat pour l’achat de 200 000 barils par jour à destination de l’Europe et en particulier de la France. Téhéran souhaite en effet augmenter sa production de 15% dans les prochaines années, le pays s’en donne les moyens et les entreprises françaises en récoltent les fruits.

  • Capital humain et consommation intérieure

 

Le potentiel de l’Iran, ce sont aussi les iraniens. Dans ce pays largement urbanisé, avec une classe moyenne développée, le taux d’alphabétisation oscille entre 95 et 99%. En République Islamique d’Iran, plus de 58% des jeunes sont diplômés de l’enseignement supérieur, dont une majorité de femmes. A titre d’exemple, le pays est classé au 16ème rang mondial pour le nombre d’articles scientifiques publiés dans des revues spécialisées (médecine, chimie…). C’est donc un pays largement éduqué, avec une véritable culture industrielle, ce qui est très rare au Moyen Orient. L’Iran cumule donc les atouts humains, avec une population formée, scolarisée et une vraie culture de l’entreprise, du commerce international et de l’industrie. L’embargo international de ces dernières années n’a pas fait disparaître ce terreau favorable à l’économie.

L’Iran, c’est aussi un pays de près de 78 millions d’habitants, qui sont autant de consommateurs potentiels. Des entreprises comme Carrefour sont déjà installées, avec un franc succès. Les autres grandes enseignes françaises de la distribution devraient prochainement leur emboîter le pas.

La consommation intérieure, c’est aussi l’agriculture, où l’Iran dispose là encore d’un formidable potentiel : non seulement une immense partie des terres arables du pays ne sont pas exploitées, mais le pays a du retard en ce qui concerne la transformation de produits agricoles (prosaïquement, passer de la production de lait à la production de yaourts par exemple). Les entreprises françaises ont clairement une carte à jouer dans ce domaine où elles excellent (Danone).

  • Automobile, aérien, ferroviaire : des besoins exponentiels dans les transports.

 

L’Iran subit un embargo américain depuis 1996, et européen depuis 2012. De ce fait, le parc automobile iranien est largement en dessous de ses capacités, en termes de nombre de véhicules et qualité de ceux-ci. Pour les entreprises automobiles, l’Iran est l’Eldorado par excellence. En moyenne dans le monde, le ratio global est de 165 véhicules pour 1000 habitants (en France, 432 pour 1000 habitants). En Iran, le rapport n’est que de 89 véhicules pour 1000 habitants. C’est donc quasiment un parc automobile entier qui s’apprête à se renouveler, et à augmenter massivement.

peugeot iranUn épisode illustre cette ambiance de « ruée vers l’or », où presque tous les coups sont permis. En 2011-2012, PSA Peugeot-Citroën est particulièrement bien implantée en Iran, occupant près de 30% du marché. L’entreprise française vend des centaines de milliers de véhicules en Iran. Mais les autorités américaines font pression, via General Motors, partenaire de PSA, pour que le groupe français se plie aux sanctions internationales et cesse ses activités en Iran. Le retrait de l’entreprise française d’Iran à partir de l’année 2012-2013 sera un cruel manque à gagner pour l’entreprise en quête de débouchés internationaux. Les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés : quelques mois plus tard, anticipant le dégel inéluctable des relations avec l’Iran, General Motors a noué des accords de principe avec… les anciens partenaires de PSA en Iran ! L’entreprise américaine a profité du vide créé par le départ de Peugeot, attendant ensuite patiemment que les sanctions soient levées, ce qui est désormais le cas.

Dans le secteur aérien, l’isolement de l’Iran s’est traduit par une totale marginalisation de ses aéroports. Ses principaux concurrents et rivaux, les monarchies sunnites du Golfe, en ont largement profité : pour faire la jonction entre l’Europe et l’Asie, les aéroports de Dubaï ou d’Abu Dhabi sont désormais incontournables, et de prestigieuses compagnies ont été créées à grands renforts de pétrodollars (Emirates Airlines par exemple). Pourtant, Téhéran est particulièrement intéressante, car située géographiquement plus au nord. L’escale à Téhéran pourra permettre de faire des trajets plus courts entre l’Asie et l’Europe, donc plus économiques. Enfin, la flotte nationale d’Iran Air est largement vétuste et dangereuse. Mais avec la fin des sanctions, le pays compte moderniser sa flotte à grands renforts d’Airbus ou de Boeing.

Enfin, au niveau ferroviaire, l’État iranien prévoit la construction de 5000 kilomètres de nouvelles voies de chemin de fer, notamment des lignes à grande vitesse. La France dispose là encore d’entreprises privées et publiques (SNCF, Réseaux Ferrés de France…) capables de répondre à cette demande. Ce développement des moyens de transports, par une sorte de cercle vertueux, vise à sortir l’Iran de son isolement économique et de développer un nouveau secteur, celui du tourisme.

  • Le tourisme

persepolisL’Iran est riche d’une civilisation millénaire, avec une multitude de sites historiques, archéologiques uniques au monde. La République Islamique compte bien miser sur ce secteur encore balbutiant. Les entreprises françaises ont là aussi une carte à jouer, notamment dans l’hôtellerie (Groupe Accor) dans un pays qui ne dispose que d’une poignée d’hôtels de standing. Tout est à construire, ou presque et les besoins estimés sont pharaoniques (pour uniquement les 5 étoiles, c’est près de 400 à 500 hôtels qui devront être construits dans les prochaines années).

  • Difficultés et limites du marché iranien

La formidable opportunité qu’offre la levée des sanctions internationales sur l’Iran ne doit pas masquer les nombreux obstacles auxquels vont être confrontées les entreprises françaises. Première difficulté, la concurrence féroce des autres entreprises : la Chine et la Corée du Sud se sont confortablement installées pendant la durée de l’embargo occidental. Les entreprises allemandes, britanniques ou américaines sont aussi de sérieux concurrents pour les françaises (en témoigne l’épisode PSA/GM).

Second point noir : une économie iranienne contrôlée par le secteur public à hauteur de…80% ! Pour les entreprises iraniennes ou étrangères, il faut donc s’adapter à ce secteur public omniprésent, et à la bureaucratie du régime. Dans le classement international « Doing Business » qui mesure l’environnement commercial des entreprises, l’Iran est situé au 130ème rang mondial : en effet, la corruption, encore très présente en Iran, complique et renchérit la vie économique.

            Malgré ces quelques écueils à soigneusement éviter, l’Iran tend les bras aux entreprises françaises, et la situation est optimale pour que les deux pays s’enrichissent mutuellement de ce rapprochement. Les liens économiques entre Téhéran et Paris sont en effet très anciens : dès l’époque du Shah Pahlavi, Peugeot avait établi des usines en Iran. Plus globalement, les français et leurs produits bénéficient d’une bonne image. D’une certaine manière, l’Iran cumule désormais les atouts d’un pays en voie de développement et ceux d’un pays développé. Comme un pays en voie de développement, les perspectives de croissances sont phénoménales, tant un retard s’est creusé dans certains domaines. Mais comme dans les pays développés, l’Iran bénéficie d’un capital humain, d’un savoir-faire dans le monde des affaires, dans l’industrie, qui rendent les investissements sûrs, et rapidement rentables. C’est une occasion unique comme il y en a peu dans la vie des entreprises. Il faut que la France s’en saisisse.

Par Robin Padilla

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