La peine de mort dans le monde : un couloir sans frontières

PEINE DEMORTVictor Hugo comparait ce fléau à une « amputation barbare » : la peine capitale, selon les récents chiffres d’Amnesty International France, a exécuté 1634 personnes à travers le monde en 2015. Paradoxalement, on remarque pour la première fois que les pays qui ont aboli cette sentence sont pour la première fois majoritaires à l’échelle mondiale (102 états). De l’Iran aux États-Unis, en passant par la Chine, la Biélorussie ou l’Arabie Saoudite, le châtiment suprême n’a aucune frontière en 2016 et soulève plusieurs interrogations quant à son utilisation et l’inefficacité maintes fois dénoncée. 

Un trio d’Etats décrié

S’il y a bien un sujet qui réunit l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Pakistan, c’est bien celui de l’utilisation de la peine capitale : à eux trois, ils totalisent près de 90% des exécutions à travers le monde (hors Chine et Corée du Nord, dont les chiffres restent inconnus). Plus que le rythme effarant des exécutions, ce sont les raisons invoquées qui posent question : au Pakistan, l’histoire d’Asia Bibi (condamnée à mort pour blasphème) est une raison parmi tant d’autres de se questionner sur la réelle utilité de cette sentence. En Arabie Saoudite, la folle journée du 2 janvier 2016 (où 47 prisonniers furent exécutés, dont l’imam chiite Nimr Al-Nimr) n’a fait aggraver la tension diplomatique entre le royaume saoudien et son ennemi iranien ; on peut également noter le manque de fermeté dans le discours de certaines puissances, comme la simple « déception » du Royaume-Uni en réaction à cette exécution de masse. Bien qu’engagé dans un processus d’effort diplomatique depuis les accords sur le nucléaire, l’Iran est en tête du classement recensé par Amnesty International avec 977 exécutions sur l’année 2015.

La Chine et les Etats-Unis : un même tabou, plusieurs symptômes

En Chine, les chiffres qui concernent l’application de la peine capitale ne sont pas rendus publics : le recensement des exécutions, classé « secret d’Etat », est donc impossible à analyser. Ce qui nous laisse uniquement les chiffres provenant de diverses Organisation Non gouvernementales (ces derniers oscilleraient entre 2 et 4 000 sur la dernière année civile) et cette seule source d’information renforce un peu plus les spéculations au sujet du manque de transparence global de Pékin. L’année 2014 fut particulièrement répressive en Chine, notamment obnubilée par la question ouïghoure et leurs diverses attaques menées sur le sol chinois. La célèbre maxime « la Chine exécute davantage de condamnés que l’ensemble des autres pays du monde réunis » semble une nouvelle fois se confirmer.

Aux Etats-Unis, le port d’arme n’est pas le seul fléau qui caractérise bon nombre d’états : 28 condamnés à mort ont été exécutés en 2015 sur le sol américain, et seuls 18 états (sur 50) ont aboli la peine capitale. Mais les retours à la chaise électrique ou au peloton d’exécution, la pression grandissante des abolitionnistes et le nombre flagrant d’erreurs judiciaires après exécution (on en dénombre 156, notamment à l’encontre de la population noire américaine) pourraient soulever un énorme tabou au pays de l’oncle Sam. Et pourquoi pas amener le débat de l’abolition vers d’autres démocraties dans le monde (comme en Inde ou au Japon).

La Biélorussie : une anomalie au cœur de l’Union Européenne

Dans les textes, l’Union Européenne « maintient une opposition de principe ferme à l’égard de la peine de mort » et son abolition totale se pose en priorité à l’amélioration des droits de l’Homme dans son espace. Le problème, c’est que l’irréductible Biélorussie maintient encore la peine capitale dans sa juridiction. Bien qu’on ne dénombre aucune exécution dans ce pays en 2015, on peut toutefois dénoncer la présence avérée dans les couloirs de la mort de condamnés atteints d’handicaps mentaux et l’utilisation politique de cette sentence par le sulfureux Alexandre Loukachenko, qui dirige d’une main de fer l’ex république d’URSS depuis 1994.

Plusieurs enseignements sont à tirer de ce rapport d’Amnesty International et des observations à mondiales : bien qu’une nouvelle vague de pays abolitionnistes se signale, le nombre d’exécutions (issu des différents gouvernements) à travers le monde augmente. Le caractère discriminatoire de certaines juridictions, comme en Chine ou aux États-Unis, reste palpable et l’outil peine de mort reste par la même occasion une terrible arme politique, utilisable contre les opposants au pouvoir en place comme en Arabie Saoudite, ou dans une Egypte obsédée par la paranoïa autoritaire du Maréchal Al-Sisi et sa répression anti frères musulmans. De plus, on constate que six des vingt plus grandes puissances mondiales (Les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, l’Inde, et l’Arabie Saoudite) maintiennent le châtiment suprême : ceci complique la possibilité d’un moratoire mondial sur la question, et soulève un peu plus le débat autour de l’application des droits humains dans ces pays.

Par Vincent Moulai

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