La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?

french-soldiers« Il faut bien constater que la France est un pays qui a de grave problème avec la vérité à son sujet. Depuis quand ? À mon sens depuis mai 1940, quand nous avons cessé brutalement d’être une grande puissance. Nous traînons encore le boulet de cette défaite jamais vraiment assumée. Le gaullisme a été un cataplasme extraordinaire sur la douleur du déclin. En travestissant la réalité, De Gaulle a donné au pays l’énergie d’aller de l’avant ». Cette citation de l’intellectuel Marcel Gauchet extraite d’une interview accordée au Journal du Dimanche en septembre 2013 peut illustrer une question existentielle pour notre pays : la France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?

En effet, si ces dernières années l’atmosphère est à l’idée de déclinisme avec le discours d’une France en déclassement par la globalisation, par le retour de nouvelles puissances et par la situation économique, la France n’aurait plus les instruments qu’ils soient économiques, militaires et diplomatiques pour atteindre ses ambitions. La France n’atteindrait donc plus désormais ses ambitions, par opposition à un passé glorieux et par opposition aux nouveaux acteurs des relations internationales. Alors, ce sujet pourrait être sans fin si on ne cadrait pas les ambitions de la France. Ses ambitions quelles-sont-elles ? Elles sont définies notamment dans le Livre Blanc sur la Défense en fonction de la géopolitique actuelle, de la contrainte budgétaire et des traditions diplomatiques historiques, avec globalement trois objectifs stratégiques :

1-Tenir son « rang » dans le monde, rester une voie qui compte malgré le fait d’être une puissance plus faible, avoir une grande politique même si la France n’est plus une grande puissance

2-Peser stratégiquement et diplomatiquement dans les 3 zones stratégiques de la France : Méditerranée et Moyen-Orient, Afrique (ancienne AEF et AOF)

3-Œuvrer à la construction européenne

À la question des moyens de la France, vient en premier lieu les moyens militaires. Avec les évolutions actuelles, on peut se demander si la France ne renonce-t-elle pas à la puissance « dure ». Comme en témoigne le budget défense. Si la France projette à l’extérieur de ses frontières en ce moment plus de 9000 soldats, l’armée française est sous-tension budgétaire et humaine. Une réduction du budget de défense, alors que tous les continents sauf l’Europe réarme. La France a de moins en moins les moyens de ses ambitions stratégiques quand son budget défense passe de 3,94% du PIB en 1984 pour 1,5 environ aujourd’hui (les attentats devraient modifier la prochaine Loi de Programmation Militaire). Si la menace soviétique a disparu, les graves crises sont selon le géographe et diplomate Michel Foucher entre deux et six heures d’avions de Paris. Les crises sont proches de la France, l’armée se déploit dans plusieurs opérations extérieures, mais de 1996 à 2015 le ministère de la Défense a réduit ses effectifs de 45% et 60% des suppressions d’emplois au sein de l’État concerne le ministère de la Défense. Une baisse des budgets qui impacte les opérations extérieurs, avec au Mali un matériel régulièrement en panne. En effet, il est usé par l’Afghanistan comme en témoigne un taux de disponibilité globale des hélicoptères de 45% (1 jour sur 2). Enfin, un retard dans la Recherche et Développement au seuil minimum pour exister internationalement de 730 millions d’euros par an, comme l’illustre le retard de la France dans le domaine des drones, et une incapacité à surveiller la Zone Économique Exclusive de la France.

La France a donc de moins en moins les moyens militaires pour son ambition, illustration en Syrie/Irak où la France emploie 12 avions, contre 28 pour la Russie pendant son intervention.

armée

Par ailleurs, l’instrument militaire est toujours au service d’une politique et d’une diplomatie. Dans le domaine diplomatique, là encore on constate une baisse du budget de 20% entre 1990 à nos jours. Mais au-delà du budget, ou des réseaux, c’est l’utilisation de ces moyens qui ne permettent pas à la France d’accomplir ses ambitions. En effet on constate un recul du poids diplomatique de la France dans ses zones stratégiques par rapport au passé. Comme au Moyen-Orient, on constate la fin des ambitions française qui étaient inscrite dans la politique dite « arabe » de la France. Dès les années 1960 la France soutenait dans la région des États nationalistes arabes, socialisants et laïques. La France misait sur la stabilité autoritaire et sur les jeunes États-Nations. La France soutenait aussi la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, et enfin la clientélisation et la protection des chrétiens d’Orient notamment au Liban. Tout ceci dans une diplomatie d’équilibre, de médiation et de parler avec tout le monde. Or, entre les accords de Taëf sur le Liban en 1989 qui ont baissé le rôle politique des chrétiens, les guerres du Golfe qui ont affaiblit un partenaire historique de la France dans la région qu’était l’Irak, l’intervention en Libye en 2011 et la guerre en Syrie, la France malgré ses moyens diplomatiques pèse de moins en moins dans cette région.

Des ambitions françaises qui sont aussi moins prégnantes plus largement dans la globalisation. Diplomatiquement la France c’était une voie distincte et singulière parmi les puissances occidentales. Mais, la France en réintégrant le commandement intégré de l’OTAN en 2009, a rejoint une organisation qui symbolise l’occident au moment où se profile la compétition multipolaire avec la ré-émergence des puissances chinoise, indienne, brésilienne, russe…Comment atteindre ses ambitions avec des moyens diplomatiques qui ne prennent assez le changement géopolitique post-guerre froide. Cela s’est vu par les votes contre des BRICS aux résolutions de la France à l’ONU, notamment la résolution 19.73 concernant la Libye, où pour ne pas se froisser avec les BRICS, l’Allemagne quant à elle s’est abstenue.

Cette diplomatie allemande nous amène à parler des moyens de l’ambition européenne de la France. Initiatrice de la CECA, de la CEE dans les années 1950, la France voit aujourd’hui ses ambitions européennes en berne. La France perd ses moyens d’influences dans les institutions européennes. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, l’élargissement vers l’est, et la réunification de l’Allemagne ont déplacé le centre de gravité de l’Union Européenne. La France n’est plus le centre de l’UE avec le passage de 6 à 28 membres. En effet, l’élargissement a mécaniquement fait baisser le poids de chaque membre. Un manque d’influence de la France dans l’UE renforcé par la crise économique de 2008. Enfin, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la Ve République n’avantage pas la France dans les négociations européennes. En effet, par comparaison avec l’Allemagne, où le chancelier tient son pouvoir sur une coalition. Or si le chancelier fait des concessions trop importantes à Bruxelles, il peut perde sa majorité. Alors que le rôle moindre du législatif en France ne permet pas cela. Sans oublier la culture politique de négociation, d’arbitrage, de compromis de l’UE qui tranche avec celle de la Ve République plus verticale et jupitérienne. Sans oublier plus symboliquement le français qui s’efface  dans l’UE avec un passage de 40 à 29% des documents de la Commission Européenne en français.

Alors si la France n’a plus les moyens de ses ambitions ? L’Europe peut-elle être un moyen de substitution. L’Union Européenne est une puissance du droit et de la norme, par conséquent regardons les traités.

Article 42 du TUE, alinéa 7 :

« Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. »

On voit donc la difficulté d’avoir une véritable Europe de la Défense et l’Otan. Enfin, au niveau diplomatique, si la Haute-Représentante aux Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini prend des initiatives comme sur le nucléaire iranien, et l’étiquetage des produits issus des colonies israéliennes, comment faire une politique étrangère commune alors que par une histoire et par une géographie différente, les États européens ont des intérêts divergents (quels intérêts communs entre le Portugal et l’Estonie ?).

Par Romain Dewaele

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Un commentaire

  1. La France est sur le point d’admettre à nouveau des GI sur son territoire.
    Ma question est « la France n’a plus les moyens » a-t-elle encore une quelconque autre ambition que son universalisme mégalomaniaque qui n’a d’égal que sa haine viscérale pour elle-même ?
    La construction européenne n’est qu’un leurre que ni Charlemagne ni Napoléon Ier n’ont pu mener à bien et pour cause. Les usa qui en sont les investigateurs après 1945 ne laisseront rien faire de bon en la matière, tout ce qui les intéresse c’est avoir le moins d’interlocuteurs possibles quand ils donnent leurs consignes..
    Quant aux nations qui composent l’Europe, presque toutes n’abandonnerons jamais leur langue, leur identité ou toute autre chose qui fait qu’ils sont ce qu’ils ont été et pas ce qu’une poignée de névrosés voudraient qu’ils fussent.
    La France est en passe de perdre son 6ème rang mondial, son déficit public continue d’exploser, elle n’a jamais satisfait aux critères de Maastricht, possède le plus fort taux de chômage des 20 pays les plus riches du monde, etc, la révolte gronde dans les états-majors et dans les rues et la dictature s’impose peu à peu sous couvert d’état d’urgence.
    Il est largement temps d’écouter la France plutôt que d’essayer de procéder au remplacement des Français!

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