Haut-Karabagh : un conflit faussement gelé

caucase

Samedi des combats meurtriers ont éclaté entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabagh avec un bilan de trente morts.

Tanks, hélicoptères, artillerie lourde, drones, guerre d’information…Le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui couvait depuis 1994 a repris ces derniers jours (« d’une ampleur inédite » pour le Haut-Représentant du Haut-Karabagh en France)dans le Haut-Karabagh. Dans cette région en pleine poudrière caucasienne, peuplée de 150 000 Arméniens, qui revendique son indépendance de l’Azerbaïdjan, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les combats de ce week-end ont fait trente morts, douze du côté azerbaïdjanais, dix-huit du côté arménien. Depuis, l’Azerbaïdjan a proclamé un cessez-le-feu unilatéral. Joint par Globale Diplomatie, M. Elchin Amirbayov, Ambassadeur de l’Azerbaïdjan en France, affirme qu’il faut « empêcher l’escalade » et accuse l’Arménie d’être à l’initiative des premiers échanges de coups de feu. Pour M.Hovannès Guevorkian , Haut Représentant du Haut-Karabagh en France, l’Azerbaïdjan doit être l’objet de « sanctions extrêmement fortes« .

Alors qu’au commencement des combats, les présidents arméniens, Serge Sarkissian, et azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, étaient tous les deux aux États-Unis pour un sommet sur la sécurité nucléaire. Aucun des pays membres du Groupe de Minsk de l’OSCE (France, Russie, États-Unis), censés trouver une solution au conflit, n’ont pas réussi à faire rencontrer les deux hommes.

Pourquoi une reprise des combats ?

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer le retour des hostilités :

D’abord, une simple et dramatique escalade de la violence suite à un acte jugé hostile par l’un des deux belligérants (mouvement de forces trop proche de la frontière, traversé de la ligne de démarcation, exercices militaires…).

Deuxième hypothèse, l’un  des deux belligérants est à l’initiative, non pas dans le but de vaincre militairement immédiatement, mais pour tester la force et la réactivité de la réponse de l’adversaire, dans le cadre d’une préparation pour une opération future de plus grande envergure. Cette hypothèse peut être aussi complétée par la volonté d’un deux acteurs de relancer la médiatisation du conflit dans l’espoir d’une reprise des processus de négociation et de paix.

Troisième hypothèse, l’Azerbaïdjan qui se réarme massivement ces dernières années, trois fois plus peuplé que l’Arménie (9 millions contre 3), sept fois plus riche, et dont le strict budget de défense dépasse le budget national de l’Arménie, est très dépendant des hydrocarbures, et veut régler une question de politique interne. En effet, avec la baisse des prix des hydrocarbures le régime éprouve certaines difficultés à mettre en œuvre sa politique de redistribution des richesses. La paix sociale souffre de ce changement de politique publique et un léger vent de contestation souffle sur Bakou (notamment provoqué par de récents rapports d’ONG). Cette escarmouche est peut être un moyen de resserrer  les liens entre la population et le pouvoir, et de provoquer ce que les experts anglophones appellent un « rally’round the flag effect ». Cependant pour une source diplomatique le clan Aliyev n’a pas intérêt à un enlisement.

Le Président de l'Arménie Serge Sargsian et le Président russe Vladimir Poutine
Le Président de l’Arménie Serge Sarkissian et le Président russe Vladimir Poutine

Dernière hypothèse, une guerre par procuration  (proxy war) entre la Russie et la Turquie sur fond de guerre en Syrie. En effet, la Russie soutient l’Arménie au sein d’une alliance dans l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, la Turquie soutient l’Azerbaïdjan pour prendre de revers l’Arménie avec qui elle est en conflit historico-mémoriel. A ce propos, le président Vladimir Poutine a appelé à un « cessez-le-feu immédiat« , alors que le président Recep Tayyip Erdogan a dit soutenir « jusqu’au bout » son allié azerbaïdjanais. Si le Kremlin joue un rôle ambiguë en vendant des armes aux deux belligérants, le rôle de l’Iran est à surveiller. En effet, l’Iran, pays voisin, est peuplé comme l’Azerbaïdjan de chiites, mais pour des raisons géostratégiques ( en particulier sur le tracé des gazoducs et des oléoducs) est proche diplomatiquement de l’Arménie et a des communautés azerbaïdjanaises sur son territoire.

Les origines de ce conflit :

Bien que majoritairement peuplé d’Arméniens, le Haut-Karabagh a été rattaché à l’Azerbaïdjan en 1921 par Staline, dans l’objectif de diviser pour mieux régner. Par la suite, avant même la dislocation de l’URSS, des manifestations se tenaient à Erevan pour réclamer le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie dans un projet nationaliste de « Grande Arménie ». En 1991, le Haut-Karabagh déclare son indépendance après l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Au nom de son intégrité territoriale, l’Azerbaïdjan déclenche une opération militaire contre ce territoire sécessionniste avant que les forces arméniennes prennent le contrôle de cette région en 1994. La Russie impose un cessez-le-feu alors que les combats ont fait plus de 30 000 morts. Depuis 1992, le Groupe de Minsk de l’OSCE (Russie, France, États-Unis) essaye en vain à de trouver un règlement au conflit.

Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes contre intégrité territoriale, ce conflit est la criante illustration des ambiguïtés de la Chartes des Nations Unies.

Par Romain Dewaele

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