Afrique : élections et l’éternel recommencement ?

election afrique rca burkinamaile tchad togo benin senegal algerieDepuis plus de deux années déjà, s’exprime dans les grandes démocraties une profonde envie de mutation, de changement et voire de révolution. En Italie, en Grèce et récemment en Espagne, les élections ont porté des hommes nouveaux sur la scène politique de leurs pays respectifs. Cette tendance est également le lot Outre-Atlantique où les premiers résultats des primaires américains ont surpris par l’engouement autour de Donald Trump et Bernie Sanders, ce qui est loin d’un simple caprice électoral.

Dans un récent sondage pour Atlantico, 78% des Français sont prêts à voter pour un candidat ni issu, ni soutenu par un parti et 66% pour un candidat en dissidence avec le sien. Par ailleurs pour 59% des Français, le programme est l’élément-clé pour leur vote en 2017.

Cette réalité fait apparaître clairement que les populations des grandes démocraties sont en demande réelle d’une nouvelle offre politique, plus adaptée au monde contemporain et surtout en réponse à leurs préoccupations immédiates.

Du côté de l’Afrique ? L’année 2016 est charnière pour le continent Africain et façonnera pratiquement toute une décennie à venir. Des élections locales aux présidentielles en passant par les législatives, 16 pays vont appeler, ou une partie a déjà appelé, leurs électeurs aux urnes. Ce, du Maghreb jusqu’en Afrique Australe sans compter les îles (Seychelles, Comores).

Cette dizaine d’élections ne laisse entrapercevoir aucun changement substantiel de fond quant aux acteurs politiques, et, pis aucun changement conceptuel susceptible de provoquer un réel bouleversement positif pour les différentes populations du continent africain.

Pour exemple, en Centrafrique, le second tour des élections présidentielles a opposé deux anciens premiers-ministres qui sont comptables, à degré divers, du délitement du pays.

L’Ouganda vient de consacrer Museveni pour un cinquième mandat successif.

Ce schéma de réélections, ou du maintien des mêmes au pouvoir contraire à leurs résultats de gestion, serait vraisemblablement celui du Tchad, des deux Congo, du Gabon, du Niger, de la Gambie, de la Guinée Equatoriale, de la Djibouti. Seules exceptions le Benin et le Ghana où l’alternance démocratique s’est imposée désormais dans le jeu politique.

Tous ces pays, à quelques exceptions près partagent un récurrent : une pléthore souvent de candidats aux élections présidentielles. Ce phénomène mis à tort sur une certaine vitalité démocratique et des engagements politiques nouveaux sont contredits par l’absence des offres politiques cohérentes et / ou des projets de société capables de relever le défi de la lutte contre la pauvreté, contre la précarité énergétique, contre l’insécurité à l’intérieur de chaque frontière et de la libre circulation des hommes et des biens.

Que de passer à la loupe d’une confrontation des idées les sujets sur la santé, sur l’emploi des jeunes, du renforcement de la condition des femmes, du développement durable, de l’intégration sous-régionale et continentale, de la révolution numérique et son induit la cybercriminalité. Que nenni. Chaque pays, où il y a eu élections, a passé et passera ces sujets majeurs à la trappe.

Les défis essentiels pour le mieux-être se renouvelant sans cesse aux différentes populations africaines. Mais cela n’a pu encore servir de ferment à de l’activisme pour exiger de la politique des nouveaux concepts et/ou acteurs. L’exception Burkinabé n’est encore qu’une brève étincelle dans le ciel de la démocratie en Afrique.

Pourtant, une autre manière de faire de la politique est ce que la majeure partie de la population africaine y aspire. Pourquoi cette aspiration ne se matérialise-t-elle pas ou jamais ?

L’inexistence ou la faiblesse des sociétés civiles n’explique pas tout. Les partis politiques ne connaissent leurs rôles.

La faiblesse ou l’inexistence des sociétés civiles peut servir d’explication. Mais cela ne saurait suffire. Il y a également les ethnies, qui normalement constituent la première cellule forgeant à la citoyenneté, ont été perverties pour servir, surtout avec l’avènement de la démocratie, seulement comme matériaux électoraux. Cette malheureuse réalité ne mobilise les élites pour déconstruire le paradigme ambiant contraire à la consolidation d’un Etat.

Autres explications, la pléthore des partis politiques n’ont jamais remplis les rôles qui leur sont assignés, surtout celui d’éducation citoyenne des adhérents. Des différentes populations africaines, difficile de trouver celles, dans une relative majorité, connaissant la place essentielle d’une constitution dans une république et les exigences liées à son respect tant par les gouvernés que les gouvernants. Pour exemple, Le premier tour des présidentielles en Centrafrique a mobilisé pratiquement 80 % des électeurs. Le referendum constitutionnel, un mois plus tôt, a lui mobilisé moins de 30% de ces mêmes électeurs.

Les élections en Afrique riment souvent à la préservation de certains intérêts et non pour l’avancée de la démocratie.

Chaque processus électoral en Afrique n’échappe à diverses interventions ou prescriptions extérieures. Cela est à dessein souvent économique et/ou géopolitique. Les fraudes sont tues ou dénoncées à dessein. Les innombrables modifications constitutionnelles suivent la même logique. Les longs règnes sont banalisés pour les uns, et fustigés pour les autres. Que dire des accords de défense qui s’appliquent avec parcimonie à la tête du client et non pour défendre les acquis démocratiques conquis à rude épreuve ? Les différentes prises de position des grandes démocraties sont à géométrie variable et sous-tendues pour cause des intérêts qui ne s’alignent toujours sur la démocratie. Laquelle est réduite uniquement à l’organisation des élections qui sont, pour la majorité, loin de toute transparence.

Clé de voûte : une armée républicaine, des sociétés civiles laboratoire d’idées et force de propositions ?

Se poser la question du rôle de l’armée dans une république ne suffit plus. La pertinence serait de la confiner à ses différents rôles premiers. C’est le défi à relever. Les différentes armées en Afrique, surtout dans l’espace « francophone » oublient qu’elles font partie intégrante de la société, à tel point qu’elles n’hésitent à rentrer en guerre – sur injonction d’un président – contre leurs propres populations. Ce, pour cause de réclamation des droits les plus élémentaires : paiement de salaires, des bourses, liberté de circulation, chômage, précarité, alternance politique, etc. Cela est fortement rédhibitoire aux luttes pacifiques pour l’avènement de la démocratie. La chute de Blaise Compaoré et l’échec du coup d’état de Gilbert Dienderé, au Burkina, sont rendus possibles par l’attitude de cette armée qui a pris faits et causes pour la population. Ce qui n’est encore envisageable au Niger, au Congo (RDC ou Brazzaville), et dans bien d’autres pays.

Quant aux partis politiques, ils ne sont coutumiers que des communiqués de presse pour dénoncer. Désertant le champ d’animation politique, ils réapparaissent sur la scène à deux ou un an des élections. Cette approche porte en partie le germe des mandats interminables. En ceci que les populations ont beaucoup du mal à identifier en eux des capacités à mieux faire que le régime en place.

Faire autrement la politique serait mieux impulsé par les partis politiques, les syndicats et autres associations. Faire la mue en sortant du carquois étroit des dénonciations pour devenir des forces de propositions et surtout en inventant des vecteurs de propagation où les populations seraient atteintes sur l’ensemble d’un territoire. Proposer des pistes aux gouvernements ; identifier des secteurs à reformer et proposer les pistes ; et avoir un projet de société ambitieux à la place des professions de foi qui s’y substituent. Un exemple, le chantier de la restructuration des forces de défense et de sécurité en RCA ne doit être la seule affaire des partenaires (France, Nations-Unies) et du prochain gouvernement. Elle doit être également celle des entités politiques proposant des pistes pour ce chantier décisif qui impacterait l’avenir du pays.

Pour en finir gageons sur les possibilités qui demeurent pour les populations africaines rêvant d’un lendemain meilleur. Cette possibilité est exclusivement endogène dans la méthode des luttes sociales, dans le dialogue politique en puisant dans l’environnement africain même, et surtout dans l’invention d’une approche capable de prendre en charge et également rendre compte des réalités sociologiques et sociétales. Ce, à contrario de l’équation : « une personne = une voix » propre à l’Occident mais qui favorise tous les autocrates et autres dictateurs estampillés « démocrates » car des élections sont organisées.

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