Que devient le Kosovo?

yougoslavie

Il y a huit ans la France entérinait la sécession du sud de la Serbie. En effet, le 17 février 2008 donna naissance à la République du Kosovo. Mais moins d’une décennie après cette indépendance la situation reste critique.

Depuis des mois, des manifestations incessantes rythment la vie politique et sociale de ce petit état des Balkans. Après l’euphorie de l’indépendance, les kosovars sont lassés par la pauvreté, le chômage, la corruption et l’insécurité chronique.
En marge des célébrations du 8eme anniversaire de l’indépendance, des milliers de manifestants ont défilé à Pristina, la capitale, pour réclamer la démission du gouvernement mené par Isa Mustapha. L’actuel chef du gouvernement avait débuté ses classes en 1991 en tant que ministre de l’économie et des Finances du gouvernement kosovar en exil de Bujar Bukoshi, ce dernier ayant été inculpé pour corruption en 2012 tout comme une dizaine d’autres responsables politiques du gouvernement.

La situation paraît inextricable, le Kosovo est le plus pauvre des états Balkaniques, ruiné et selon les propos du journaliste Benaouda Abdeddaîm, il «  va vers une paralysie politique grave ».
Le pays est réputé pour être gangréné par la corruption et est classé à la 110è place pour l’indice de perception de la corruption en 2010. Ce sont les difficultés financières et économiques qui semblent être les plus préoccupantes. En effet, le PIB/ habitant atteint seulement les 2794 euros en 2013, son taux de chômage oscille entre 30 et 40%. Enfin la part de la population se trouvant en dessous du seuil de pauvreté atteignait selon la Banque Mondiale les 29,7%.

Bien que séparé de la Serbie, cette dernière reste son principal fournisseur, et récemment un accord de normalisation conclu avec elle a donné lieu à de violentes protestations populaires, au cours desquelles plus d’une dizaine de personnes furent blessées et une vingtaines interpellées.

Sur le plan politique le Kosovo a été reconnu comme état par de nombreux états parmi lesquels la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Somalie, Haïti, l’Arabie Saoudite, la Libye, le Libéria, Tuvalu, ou les îles Kiribati. En revanche des oppositions notables sont à mettre en lumière, telle que la Chine, la Russie, l’Inde, l’Espagne, la Serbie ou encore l’Algérie.En France rare furent les personnalités politiques qui s’insurgèrent contre cette reconnaissance, parmi lesquelles Jean-Pierre Chevénement qu’il qualifia de  »Triple Faute », « une faute contre l’Histoire, une faute contre le droit, une faute contre l’Europe unie ».
En dépit de sa reconnaissance internationale massive « l’État du Kosovo » n’a pas pu intégrer l’UNESCO, suite à un vote du 9 novembre 2015 au cours duquel il manquait trois voix à l’ex province Serbe.
Par ailleurs, une enquête est sur le point d’être ouverte contre Hashim Thaçi ancien premier ministre du Kosovo, et actuel ministre des Affaires Étrangères du pays. Véritable homme fort du pays, pour son action en tant que chef de la branche politique de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) durant la guerre du Kosovo. Ce dernier est suspecté d’avoir dirigé le Groupe criminel de Drenica, soupçonné d’avoir prélevé des organes sur des prisonniers serbes, et d’être à la tête d’un trafic illégal d’organes dans les Balkans. Ces accusations avaient été proférées par Carla del Ponte, ancienne Procureur du Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie à la fin de son mandat en 2007. Ses allégations ont été considérées comme « crédibles » par l’ONG Human Rights Watch. En outre, un projet présenté en 2010 par un membre de la commission des questions juridiques et des Droits de l’Homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et publié le 12 décembre 2010, intitulé  »Traitement inhumain des personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo » et pointant la responsabilité de Thaçi a été adopté par le Conseil de l’Europe le 26 décembre 2010. Enfin, « les puissances occidentales qui soutiennent le gouvernement du Kosovo considèrent le premier ministre kosovar, Hasim Thaçi, comme l’un des  »plus gros poissons » du crime organisé du pays » aux dires d’un câble militaire de l’OTAN publié fin janvier 2011 par The Guardian.

Néanmoins même depuis l’auto proclamation de son indépendance, la Serbie considère toujours le Kosovo comme partie intégrante de son territoire. L’avenir international de ce pays semble ne pouvoir se jouer qu’au sein de l’Union Européenne, puisque la grande majorité des états membres l’a reconnu comme état à part entière, et qu’ils constituent ses principaux fournisseurs. Une telle direction ne semble pas improbable compte tenu du récent dépôt de candidature de la Bosnie-Herzégovine, et la tendance à une balkanisation de l’intégration européenne. Mais cette éventualité paraît compromise par l’absence de reconnaissance émanant de nations d’importance telle que l’Espagne et par le non-respect des critères de Copenhague par le Kosovo.

Au lendemain des commémorations célébrées dans un climat houleux, les états européens réalisent douloureusement les conséquences de leur choix il y a huit ans. L’État du Kosovo est au bord de la faillite politique, sociale et sécuritaire.

Par Charles-Timoléon de Martin de Viviès

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