Burkina : un cafouillage post-RSP, un camouflet pour Barkhane ?

attentat ouguadougou burkina aqmi froce speciale gendarmerie islamiste guerre sahel barkhaneLes forces de sécurité et de renseignement du Burkina-Faso, déjà en pleine restructuration depuis le putsch du Général Diendéré, viennent de subir une lourde déconvenue. « Absence de moyens, équipements perdus, coordination inexistante, renseignements contradictoires »   la presse burkinabè et internationale ne manque pas de fustiger la gestion des attaques terroristes du 15 et 16 Janvier.

Le groupe AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique), a revendiqué samedi 16 janvier les attaques terroristes qui ont durement touché Ouagadougou, la capitale Burkinabè. Dans la soirée du vendredi 15 janvier, des terroristes lourdement armés et encagoulés, ont mitraillé la terrasse de deux cafés avant de se retrancher de l’hôtel splendid. Les forces de l’ordre mettront plus de deux heures avant d’arriver sur les lieux, et encore, les premiers éléments sont venus spontanément,  sans ordre de leur hiérarchie mais par initiative propre. Une fois sur place, les éléments de la gendarmerie, équipés de façon « conventionnelle » ne peuvent pas faire face aux terroristes lourdement équipés. Il faudra encore attendre longuement l’arrivée du groupe d’intervention de la gendarmerie, qui une fois sur place, malgré sa volonté d’en découdre et un courage sans faille, ne put que constater son sous-équipement. Absence de bouclier d’assaut,  pas de moyens d’éclairage et de vision nocturne, aucun équipement d’effraction… Bref, une incapacité totale à mener un assaut immédiat, ce qui, nous le verrons plus tard est une grande nouveauté pour le Burkina Faso… Il faudra attendre l’arrivée des forces spéciales françaises, qui ne se fera pas, elle aussi, pas sans mal. Même si elles sont stationnées dans la capitale Burkinabè, une partie d’entre-elles étaient en opérations dans le nord Mali. Il fallut donc la rapatrier d’urgence par hélicoptère, rappeler les hommes en repos et se rendre sur les lieux. C’est donc des forces spéciales françaises dépareillées, aidées de quelques soldats américains et du courageux groupe d’intervention de la gendarmerie Burkinabè qui lanceront l’assaut vers 1h30 du matin. Le bilan humain de cette soirée est particulièrement lourd, les autorités ont annoncé avoir découvert 29 cadavres dans l’hôtel ainsi que sur les terrasses des deux cafés.

La fin de l’exception burkinabé face au terrorisme.

Le Burkina Faso fût pendant de longues années considéré comme une exception sécuritaire au cœur de la bande sahélienne. Pour cause, le  pays disposait jusqu’à la chute de Blaise Compaoré et le putsch du Général Diendéré d’un appareil sécuritaire et de renseignement à faire pâlir bon nombre de pays Africains.

  • Un rôle de médiateur assumé : Sous l’impulsion de Blaise Compaoré, le Général Diendéré s’était fait spécialité de la libération d’otage. Il avait notamment négocié auprès d’Aqmi la libération de plusieurs occidentaux entre 2011 et 2015. Cette position de négociateur affiché entre Aqmi et les pays occidentaux valait au pays une certaine tranquillité. En effet, le business des otages, particulièrement lucratif, est une des sources de financement majeures de l’organisation, qui ne pouvait donc s’attaquer à un relai majeur dans le processus de négociation puis de paiement de rançon.
  • Des forces spéciales très efficaces : La garde présidentielle (RSP) était composée de plus 1000 soldats, ce régiment était le mieux équipé, entrainé et payé du pays. Véritable force spéciale, formée en grande partie par la France, les soldats y était particulièrement aguerris et habitués aux opérations risquées. Avec un matériel comparable à celui de forces occidentales et des hommes  formés à son maniement, le RSP était réputé plus puissant militairement à lui seul, que l’intégralité de la force Burkinabé réunie.Déployé à plusieurs reprises au Mali et au Niger le RSP avait passé avec succès l’épreuve du feu dans la lutte contre le terrorisme.
  • Un système de renseignement aboutit : Sous l’ère Compaoré, le Général Diendéré refonde complètement l’appareil de renseignement Burkinabé, il centralise lui-même les informations provenant des RG, de la gendarmerie, des douanes, de l’armée et des pays étrangers. Il dispose en outre d’un réseau important d’informateurs équipés de moyens de télécommunication, et ce, même dans les zones les plus reculées du pays. Il sait tout, sur tout le monde, au Burkina Faso mais aussi au Mali et dans les pays voisins. Ces expertises seront souvent demandées et toujours plébiscitées par les puissances étrangères, en particulier  par la France dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamique en Afrique.
  • Un appui international certain : grâce à la stabilité politique et sécuritaire, ainsi qu’à la collaboration du pouvoir, le Burkina Faso devient vite un point d’appui pour l’opération barkhane et plus largement pour les forces occidentales. La capitale accueille d’ailleurs un important contingent de force spéciale française (COS), ainsi que des éléments américains.

 Cet état de « grâce » sécuritaire était aussi, malheureusement, accompagné d’un régime autoritaire, injuste et corrompu. Il ne fallut que trois jours à la population pour faire fuir le 31 Octobre 2014 le Président Compaoré. Les nombreux écarts de comportement des soldats, sa proximité avec le précédent pouvoir et le coup d’état avorté de septembre 2015, finiront par achever le RSP et provoquer sa dissolution, son patron, le Général Diendéré, est depuis emprisonné.

Le paradoxe démocratie/sécurité.

Avec la dissolution du RSP et l’emprisonnement du Général Diendéré, le Burkina Faso se libère d’un régiment autoritaire, mais il perd aussi une force d’intervention redoutable qui disposait des compétences techniques, de l’expérience et de l’équipement pour la gestion de ce type d’attaque.  Les services de renseignements, centralisés jadis, ne sont aujourd’hui, non pas inefficaces, mais incapables de traiter l’information brute, de la synthétiser et de la transmettre dans des délais utiles. En somme, le nouveau gouvernement du Président Roch Marc Kaboré doit profondément restructurer l’appareil de sécurité et de renseignement, mais cela sans aucune base préalable. Ce chantier, long et couteux s’ajoute à l’importante liste des projets urgents ; désenclavement, relance économique, sécurisation des frontières, justice, politique de réconciliation… Espérons que ces taches herculéennes ne poussent pas le Burkina à choisir entre sécurité ou liberté et développement.

Un camouflet pour Barkhane ?

Après les évènements de Bamako, les terroristes d’Aqmi frappe un grand coup, loin du désert et des zones reculées, ils ont frappé cette fois dans la capitale, pourtant réputée sécurisée, dans des établissements eux aussi théoriquement sécurisés. Aqmi est venu frapper à quelques petits kilomètres du poste de commandement des forces spéciales françaises au Sahel, bien loin du nord Sahel où sont déployés quelques 4000 hommes.  L’opération Barkhane couteuse en effectif, en matériel (40 aéronefs) et en budget (700 millions/ans), n’est pas pour autant efficace. D’après le blog secret-défense, elle a abouti, à la neutralisation d’une quarantaine de combattants terroristes en 2015. De quoi s’interroger sur cette opération, qui semble peu efficace, face à un ennemi qui a su s’adapter et qui est aujourd’hui capable de frapper avec violence loin derrière les lignes. Et si, comme l’évoque le journaliste Jean-Dominique Merchet, l’opération Barkhane ne souffrait pas du symptôme de la ligne Maginot ?

Par Antoine Valentin

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