La FIFA : cette Fédération qui ne tourne pas vraiment rond

blatter fifa platiniEntre la corruption avérée de plusieurs de ses hauts-dirigeants et les scandales en tous genres, la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) est empêtrée dans une tourmente politico-médiatique sans précédent. Fondée en 1904, la plus sulfureuse des fédérations sportives devra élire son prochain président le 26 février 2016. Alors que la FIFA entache fortement le plus populaire des sports, de nombreuses questions se posent à son sujet. Pourquoi cette association (à but non-lucratif) à Zurich est-elle si décriée ? Comment fonctionne-t-elle ? Comment peut-on décrire son impact géopolitique ? Focus sur une organisation pas comme les autres.

Les origines du scandale

Juillet 2011 : en pleine course à la présidence de la FIFA, l’ex président de la confédération asiatique de football Mohammed Bin Hammam est contraint de se retirer. La raison ? Une accusation d’ « achat de voix », alors que l’ancien rival de l’actuel président Sepp Blatter fut blanchi par le TAS (Tribunal Arbitral du Sport) quelques mois plus tard. L’Organisation va bientôt sentir sur elle un vent violent de scandales à répétitions, provoquant un véritable séisme judiciaire.

En juillet 2012, la FIFA commande un rapport sous forme d’« opération mains propres » censé montrer patte blanche : il n’en sera rien. Le rapporteur de l’époque, Michael J. Garcia (anciennement procureur de l’Etat de New-York), révèle des anomalies concernant les conditions d’attribution des mondiaux russes de 2018 et qataris de 2022… Le mot « corruption » est révélé au grand jour. Face au refus de publication du rapport de ses supérieurs directs, M.J Garcia démissionne et signe un soupçon définitif sur les hautes-instances de la FIFA. Rumeurs après rumeurs, le coup de grâce intervient le 27 mai 2015 : une vaste opération de police menée par le FBI permet l’interpellation de sept hauts-responsables au siège de l’association à Zurich. Les accusations de corruption éclatent au grand jour, entrainant deux semaines plus tard la démission de S. Blatter. Tous deux jusque-là (officiellement) hors de cause, Michel Platini (président de l’UEFA) et Sepp Blatter sont suspendus de toutes fonctions officielles par le comité d’éthique de la FIFA après une enquête ouverte pour « gestion déloyale » et « abus de confiance » concernant un obscur paiement de 1,83 millions d’euros accordé au français par le suisse. La Fédération internationale est touchée en plein cœur, et il ne fait aucun doute que le prochain président de la plus sulfureuse des associations sportives aura comme priorité de redorer l’image si salie de la FIFA.

L’élection du futur président à venir : qui siégera sur le toit de cet empire ?

Ils sont officiellement cinq prétendants à concourir pour le poste de président de la FIFA : entre le Prince Ali bin al-Hussein (de la famille royale jordanienne), le Sheikh Salman bin Ebrahim al-Khalifa (Président de la confédération asiatique de football), Jérôme Champagne (ex-directeur des relations internationales de la FIFA), Gianni Infantino (secrétaire général de l’UEFA) et Tokyo Sexwale (ancien compagnon de cellule de Nelson Mandela), la bataille s’annonce aussi passionnante que la diversité des profils ci-dessus. Car on parle ici d’un poste suprême pour tout amateur (ou professionnel) du monde du football. Depuis 1974 et l’avènement du déjà sulfureux Joao Havelange, cette fédération internationale n’a connu qu’un autre président en la personne de Sepp Blatter (élu en 1998). Deux présidents de la FIFA en quarante ans, cela souligne déjà la particularité de ce poste… Comme deux politiques s’accrochant contre vents et marées à leur siège, les deux derniers leaders n’ont jamais été épargnés par des soupçons de malversation. La FIFA est souvent considérée comme une organisation mondiale à part, brassant des sommes pharamineuses et exerçant une autorité suprême sur le sport numéro 1 dans le monde.

209 nations, 6 confédérations : un impact géopolitique tentaculaire

La FIFA est une organisation qui regroupe plus de nations que l’ONU : ce premier constat pose déjà l’importance de cette association. Organe suprême d’un football aux valeurs universelles, cette association a su à travers le temps s’ouvrir aux continents de manière exceptionnelle. La coupe du monde 1994 aux Etats-Unis avec l’évènement du « soccer », celle de 2002 au Japon et en Corée du Sud qui marque la folle ascension du marketing footballistique en Asie, l’édition 2010 et l’ouverture de la plus grande des compétitions de football au continent africain (en Afrique du Sud) et donc le tournoi à venir au Qatar. Autant d’exemples qui ont fait office de vitrine planétaire pour chacune de ces zones géographiques… Vitrines qui portent le label « FIFA » bien entendu. Phénomène par excellence de la mondialisation, la FIFA gère un sport souvent utilisé à des fins stratégiques par bon nombre de pouvoirs politiques. Ce n’est pas pour rien si on soupçonne les Etats-Unis (à travers l’enquête du FBI) de vouloir entacher la future coupe du monde russe de 2018 et celle qatarie de 2022, deux organisateurs choisis au grand dam de l’Oncle Sam. Se présenter à la présidence de la FIFA, c’est espérer devenir le numéro 1 de l’association attribuant le second événement sportif au monde derrière les Jeux Olympiques (en termes d’audience et d’image), et toutes les retombées qui vont avec… De quoi couronner de succès sa carrière diplomatique ou politique.

Cette chère FIFA : une ONG à but (très) lucratif ? La question mérite d’être posée. A l’heure où un bon nombre de footballeurs (et pas seulement français) sont de par leur médiatisation soumis au devoir d’exemplarité, les dirigeants de la plus haute instance footballistique semblent oublier qu’eux aussi représentent le football dans sa globalité. Ce sport existait avant la FIFA, et sa cote de popularité intemporelle semble pour l’instant à l’abri de la vindicte générale qui pourrait découler de ce scandale retentissant. L’histoire du football est elle aussi à un tournant : se morfondre dans le ridicule et continuer à alimenter la rubrique faits divers, ou prôner une politique basée sur la transparence et faire table rase du passé entachée par ces affaires. Cela serait probablement la plus des victoires pour le football.

 

Par Vincent Moulai

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