L’Afrique face à la terreur islamiste

islamiste afrique daech boko diplomatie geopolitique guerre conflitHuit jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, qui ont fait au moins 130 morts, ce fut au tour de Bamako, capitale du Mali, d’être victime de la terreur islamiste. Le vendredi 20 novembre 2015, un groupe de deux à dix terroristes – selon les sources –, composé en partie d’anglophones probablement nigérians, selon le témoignage de l’artiste guinéen Sékouba Bambino, ont pris d’assaut l’Hôtel Radisson Blu et y ont exécuté, officiellement, 21 personnes. Cette attaque au cœur de la capitale malienne rappelle d’autres attaques du même type qui ont eu lieu un peu partout sur le continent africain, comme le 2 avril 2015 à Garissa au Kenya lorsqu’un groupe de terroristes d’Al-Shabbaab a attaqué l’université de la ville. Le bilan était alors de 148 morts, dont 142 étudiants. Le massacre de Baga du 3 janvier 2015 au Nigéria, commis par Boko Haram, aurait quant à lui fait plusieurs milliers de victimes.

De la décennie noire en Algérie à Al-Qaïda et l’État islamique

C’est en Algérie que le terrorisme islamiste prend naissance en Afrique. En 1992, pour empêcher l’accession au pouvoir du Front Islamique pour le Salut (FIS), qui vient de gagner les élections locales de 1990 avec 54% des suffrages exprimés, puis le premier tour des élections législatives de 1991 en obtenant 80% des sièges (188 députés sur 231) et dont le projet politique vise à instaurer une République islamique en Algérie, l’Armée Nationale Populaire va contraindre le Président Chadli Bendjedid à la démission et mettre fin au processus électoral. De 1992 à 2002, le pays sera plongé dans une décennie de terreur qui fera entre 60.000 et 150.000 morts, environ un million de déplacés et 20 milliards de dollars américains de dégâts. En 1998, le continent est le théâtre de deux attentats terroristes simultanés contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar-es-Salaam, causant la mort de plus de 250 personnes. C’est avec l’apparition des groupes Boko Haram et Al-Shabbaab et la transformation des groupes salafistes algériens que le terrorisme islamiste va connaître sa plus grande expansion sur le continent. Des centaines de massacres seront commis par Boko Haram au Nigéria, au Nord-Cameroun, au sud du Niger et au Tchad, des attaques seront signées AQMI au Mali, en Mauritanie ou encore au sud de l’Algérie, on assistera à des incursions sanglantes d’Al-Shabbaab en Somalie et au Kenya ainsi que de l’État islamique dans le Sinaï, en Libye et en Tunisie.

Des États impuissants face au terrorisme

Les États africains situés au sud du Sahara, contrairement à ceux du Maghreb et à l’Égypte, semblent totalement impuissants face à la menace terroriste. Le Nigéria, qui compte parmi les plus puissants États de la région Afrique de l’Ouest, peine à venir à bout de Boko Haram et son armée semble incapable d’assurer son intégrité territoriale. Ces failles ont permis au groupe de s’attaquer au Cameroun, au Niger et au Tchad. Les attaques de ce mouvement ont même contraint le Tchad à mettre en œuvre son droit de poursuite et à pénétrer sur le territoire nigérian pour détruire les installations terroristes. Face à la menace islamiste de Boko Haram, la coalition africaine est incapable de construire une stratégie cohérente, aussi bien sur le terrain militaire que dans le renseignement. En Afrique de l’Est, les Al-Shabbaab, affaiblis en Somalie, ont pris le Kenya pour cible depuis son intervention contre le mouvement en 2011. La menace terroriste islamiste met en lumière la désorganisation des services de sécurité en Afrique, où souvent la garde présidentielle bénéficie de moyens plus importants que les autres corps de sécurité. Les polices nationales semblent dépassées par la situation, les services des douanes et des frontières absents et les renseignements pas du tout organisés pour faire face à ce type de menace. L’attentat au Mali, les incursions des terroristes de Boko Haram et des Al-Shabbaab sont autant de preuves que la menace n’est pas véritablement prise au sérieux par les autorités politiques, qui ne font que réagir sans anticiper. C’est ainsi qu’en 2012, le Nord du Mali a été occupé par les djihadistes d’Ansar Dine et AQMI durant une année, seule l’intervention de la France mettra fin à cette occupation.

Face à la radicalisation et à la dérive terroriste, l’État policier ?

La lutte contre les groupes terroristes en Afrique a souvent conduit les gouvernements à réduire les libertés fondamentales et les droits de l’homme. Face à la menace terroriste de Boko Haram, le Tchad a rétabli la peine de mort le 30 juillet 2015, quelques mois seulement après son abolition, rejoignant ainsi le Nigéria et l’Égypte qui l’appliquent toujours. La durée maximale d’une garde à vue est passée de 48 heures à 30 jours (renouvelables jusqu’à deux fois au Tchad), elle est de 90 jours au Nigéria (renouvelables une fois), de 360 jours au Kenya et n’a pas de limitation en Égypte. L’apologie du terrorisme est aussi durement réprimée au Nigéria, où une peine de 20 ans de prison minimum est prononcée, elle est de 10 ans au Kenya et de 20 ans au Cameroun. Ces législations répressives sont-elles efficaces contre le radicalisme et le terrorisme ? Sur le terrain, la réponse est bien évidemment négative puisque les autorités y ont davantage recours à des fins de répression interne que pour lutter véritablement contre les terroristes. Au Kenya, les Al-Shabbaab recrutent désormais au sein même de la communauté locale et le mouvement s’étend vers l’Ouganda. Selon les témoignages, les terroristes qui ont massacré les étudiants de l’Université de Garissa parlaient parfaitement le swahili. Les groupes fondamentalistes s’appuient majoritairement sur la pauvreté et le sentiment de rejet pour asseoir leurs idéologies.

Vers un conflit interreligieux ?

Les terroristes Al-Shabbaab qui ont attaqué l’Université de Garissa ont visé des étudiants chrétiens et pris soin de libérer ceux de confession musulmane. Au Radisson Blu de Bamako, il aurait été demandé à certains otages de réciter les sourates du Coran pour être libéré. Le terrorisme islamiste cherche ouvertement à créer un conflit religieux sur un continent où islam et christianisme ont aujourd’hui du mal à cohabiter, comme en Centrafrique où des affrontements ont fait plusieurs victimes. Boko Haram, né au Nord du Nigéria en 2002 dans un contexte de radicalisation débutée en 1997 avec l’imposition de la charia aussi bien aux musulmans qu’aux chrétiens, semble désormais viser les deux confessions.

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