Pourquoi le parti Al Nour s’effondre en Égypte

alnour2

Les jours passent depuis les élections législatives égyptiennes du 18 octobre, et premier constat le parti islamiste mais soutenant le président Al Sissi s’effondre. Explications.

 3 juillet 2013, le maréchal Al Sissi dépose par un coup d’état le Frériste Mohamed Morsi, pourtant élu démocratiquement après la révolte égyptienne de 2011 et la chute d’Hosni Moubarak. Président, Sissi suit une ligne de conduite pour avoir une légitimité interne mais surtout externe, c’est la lutte contre l’islamisme. C’est la lutte contre le terrorisme islamiste qui vaut à Sissi une voie dans le concert des nations. Une lutte contre l’islamisme terroriste mais aussi politique. Comme en témoigne la répression contre les Frères musulmans. Au final on dénombre aujourd’hui 40 000 prisonniers politiques en Égypte. Néanmoins, malgré cette lutte anti-islamiste par la contre-révolution d’Al Sissi, ce dernier est soutenu par le parti islamiste Al Nour (« La lumière), et ce pour plusieurs raisons.

La première mais pas l’essentielle, est la guerre par procuration entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le Qatar finance les Frères Musulmans partout dans le monde arabe et adopte une ligne pro-changement dans les révoltes arabes, alors que l’Arabie Saoudite ne veut pas financer des partis concurrentiels théologiquement, et aida au coup d’état de Sissi. De même les commandes militaires de l’Égypte à la France sont substantiellement financées par des fonds de la monarchie des Saoud. Néanmoins par peur de perdre un certain monopole de l’islam sunnite militant, l’Arabie Saoudite finance mollement Al Nour.

Le défaites qu’enregistrent Al Nour viennent du parti lui-même. En effet, penchons-nous sur la conception du politique chez Al Nour, et chez les islamistes égyptiens en général. Dans les années 1920, en 1928 exactement se créer le parti des Frères musulmans par Al Bana, qui globalement est un parti islamo-conservateur. Par la suite, dans l’Égypte post-Nasser des années 1970 se créer le parti de la Prédication Salafiste. Un mouvement plus rigide, plus rigoriste, plus orthodoxe et plus puritain que les Frères musulmans. La Prédication Salafiste veut par ailleurs mener un combat proprement culturel, et non politique. Il veut gagner le combat pour l’hégémonie culturelle au sens gramscien du terme. Si le combat culturel est gagné, naturellement des changements politiques auront lieu. La Prédication Salafiste ne veut pas prendre le pouvoir mais prêcher. Cela vaut jusqu’à la révolution de 2011, où des membres de la Prédication Salafiste fondent le parti Al Nour, car le nouveau contexte politique de l’après Moubarak oblige à avoir un parti pour compter.

Malgré cette mue, le parti entend garder un rôle d’influence, de lobbying dans la société civile, et auprès des autres partis politiques. Contrairement aux Frères musulmans, le parti ne veut pas incarner une alternative politique. De même le mouvement Frériste avait le clair objectif de gouverner avec des réseaux, un maillage territorial et une importante force de mobilisation partisane. En revanche Al Nour voulait juste obtenir une place au parlement pour être une minorité de blocage. Par conséquent, Al Nour n’a donc pas représenté de candidat aux premières élections présidentielles libres du pays de juin 2012. Sans oublier, qu’Al Nour et les Frères musulmans sont en concurrence. Les deux partis veulent avoir le monopole de l’hégémonie culturelle islamique. Al Nour avait donc une peur de la « frérisation » de l’islam égyptien lorsque Morsi était au pouvoir. C’est pourquoi Al Nour a soutenu Sissi. Un soutien avec un pacte dedans. Un pacte avec une répartition des rôles. Le politique pour Sissi, l’islam égyptien pour Al Nour.

Au final, c’est un échec politique et culturel. D’une part, si les cadres d’Al Nour s’opposent aux Frères musulmans (rixes dans les universités), les électeurs des deux se ressemblent, ils sont hybrides, et ne digèrent pas le soutien d’Al Nour à Sissi qui réprime les Frères musulmans. D’autre part, Al Nour ne remplit pas la caution islamique de l’Égypte d’Al Sissi. En outre, Sissi, très étatiste se méfie de l’emprise culturelle d’Al Nour, et on constate donc un islam d’état en Egypte dominé par la mosquée d’Al Azhar. On a donc vu Al Nour passer de 25% en 2011 dans le scrutin individuel à 8% aujourd’hui.

Par Romain Dewaele

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s