Burundi : une guerre civile qui ne dit pas son nom

BURUNDI CRISE GENOCIDE DIPLOMATIE GLOBALELe Burundi, petit pays d’Afrique des Grands Lacs, voisin du Rwanda, de la Tanzanie et de la RDC, connaît aujourd’hui une tension ethnique extrême. Ce pays de 10 Millions d’habitants, est peuplé par trois ethnies majeures : les Hutus, les Tutsis et les Twas. Le pays a déjà connu une guerre civile de 1993 à 2005, dont le nombre de victimes est estimé à plus de 300 000. Un accord de paix a permis au pays de retrouver une paix fragile, qui semble plus que jamais compromise aujourd’hui. GlobaleDiplomatie.com vous informe depuis plusieurs mois de la situation, voici un article récapitulatif :

Longtemps dirigé par la minorité Tutsi, le pays est désormais dirigé par le Hutu Pierre Nkurunziza. Depuis son élection en 2005, le pays vit une paix fragile, rythmée par des débordements ainsi qu’une instabilité chronique. Depuis le début de l’année 2014 les évènements s’enchainent dramatiquement : émeutes, expulsions de diplomates, procès politiques, promulgation d’une loi anti « prolifération » des Eglises, etc…

Les évènements s’amplifient dès l’annonce de la candidature du Président pour un troisième mandat en début d’année 2015. Les répressions des émeutes font plusieurs victimes, l’ONU estime à plus de 35 000 le nombre de réfugiés dans les pays voisins. La candidature à un troisième mandat est jugée anticonstitutionnelle par la communauté internationale ainsi que l’opposition. Le 13 Mai le général Godefroid Niyombare annonce la « destitution » du Président Pierre Nkurunziza, qui se trouve alors en Tanzanie. Le putsch ne dure que 36 heures, les forces pro-gouvernentales ne cèdent pas, le Président rentre à Bujumbura, la capitale. Les généraux putschistes n’ont reçu aucun soutien international, le coup d’Etat a été condamné immédiatement par l’ONU, l’UE et les USA.
Les principaux chefs putschistes sont arrêtés, Zedi FERUZI leader du parti d’opposition UPD est assassiné avec ses gardes du corps le 23 Mai. Le Président sortant est « réélu » le 21 Juillet et son parti gagne les élections législatives et sénatoriales. L’ONU déclare l’élection « non libre et absolument pas crédible ». Depuis le coup d’état manqué et la réélection du Président Pierre Nkurunziza, la tension ne retombe pas. Le 2 Août le chef de la sûreté intérieure, le Général Nshimirimana, proche du pouvoir Hutu est tué dans la capitale par une attaque à la roquette. Probablement en représailles, l’ancien chef d’état-major, le Colonel Bikomagu est lui abattu en pleine rue le samedi 15 Août. Le Colonel Bikomagu, Tutsi, fut une figure de la lutte contre la rébellion Hutu pendant la guerre civile.

Dans un rapport du 24 Août, intitulé « Just tell me what to confess to: Torture and ill-treatment by Burundi’s police and intelligence service since April 2015 », l’ONG Amnesty international, présente les témoignages de victimes de torture et d’autres mauvais traitements infligés par les forces de sécurité. Il met notamment en évidence une forte hausse du recours à la torture au Burundi depuis avril 2015. D’après les témoignages recueillis, le Service national des renseignements (SNR) et la Police nationale du Burundi (PNB) sont responsables d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à un militant des droits humains et à un journaliste, ainsi qu’à des détenus arrêtés depuis avril 2015 en raison de leur participation présumée à des manifestations contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

Depuis le nombre de victimes, civiles, militants et journalistes ne cesse d’augmenter. La police est accusée de nombreuses exécutions sommaires et les réseaux sociaux abondent de photos de victimes. En représailles, les opposants usent de méthodes similaires, avec une utilisation récurrente de l’attaque à la grenade. De quoi pousser le Président Pierre NKURUNZIZA à annoncer une amnistie pour les « rebelles » qui déposeraient les armes. Même si cette annonce peut sembler positive, la déclaration du Président était précise, les rebelles seront « éduqués » et apprendront dans un cadre réglementé à « aimer leur pays »… De quoi inquiéter les observateurs comme les opposants aux régimes. D’autant plus que le numéro 3 du régime, le Président du Sénat, ne cesse de distiller des messages de menaces et d’intimidation. Invitant même ses policiers à patienter en attendant le moment du « travail finale ».

Face à cette montée de violence et au tournant ultra-autoritaire du régime la communauté internationale reste en recul, hormis quelques condamnations officielles, réunions extraordinaires et réductions d’aides, rien n’est fait pour enrayer la crise.

Nul doute qu’une sortie de crise rapide ne sera possible qu’avec le départ de l’actuel Président Pierre NKURUNZIZA, dont une frange de son partie conteste même sa réélection à un troisième mandat. Enfin, après avoir administré seule le pays, l’ethnie Tutsie est désormais complétement marginalisée. Une large partie des derniers hauts fonctionnaires et Généraux Tutsie ont participé à la tentative de coup d’état et sont désormais en fuite ou en réclusion. Le processus de paix devra donc reconsidérer la place de chacune des ethnies afin d’organiser une répartition des pouvoirs ainsi qu’un roulement régulier de ceux-ci. Cette organisation avait permis la fin de la guerre civile et une stabilité progressive du pays (accord de paix d’Arusha).

Par Antoine Valentin

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