Qui est la cheikha Moza ?

 

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Elle fut avec la reine Rania de Jordanie, et Asma El Assad (jusqu’en 2011) l’une des first lady la plus connue du monde arabe. Ex première dame depuis le changement d’émir de janvier 2013, qui se cache derrière le léger voile de la Cheikha Moza ? Portrait.

Avec l’émir Hamad Bin Khalifa Al Thani et le premier ministre (mais aussi ministre des Affaires étrangères) Hamad Bin Jassem Al Thani dit HBJ, la cheikha Moza fut dès 1995 et le coup d’État de palais de son mari un membre influent du triumvirat qatari.

De son nom complet, Moza Bint Nasser Al Misnad, la cheikha né en 1959 est issue du clan des Al Misnad. Le Qatar, pays bédouin, tribal et clanique est dirigé par un savant mélange d’alliances des principales tribus. Mais au départ rien ne prédestinait Moza d’accéder au pouvoir. En effet, son père comme d’autres Al Misnad ont voulu dans les années 1960 réformer politiquement et institutionnellement le pays. Cette volonté d’ouvrir le pays sanctionna la famille à l’exil. Un exil au Koweït et en Égypte. Les Al Misnad ont donc respiré l’atmosphère nationaliste arabe de l’Égypte et le parlementarisme du Koweït. Au Qatar, les Al Thani au pouvoir, soucieux d’avoir avec soi plutôt que contre soi les Al Misnad vont permettre à ce clan de revenir au pays. Moza, alors étudiante en médecine épousa le futur émir Hamad en 1977. Courant dans les pays du Golfe, ce mariage vient avant tout pour sceller une alliance politique, même si elle aura avec l’émir sept enfants, dont l’actuel émir Tamin, qui fut prince-héritier en 2003 sous la pression de sa mère.

En juin 1995, son mari profite du voyage de son père en Suisse Khalifa Bin Hamad Al Thani pour exécuter un coup d’État de palais. Dès lors, la stratégie du Qatar change et la première dame, mais deuxième épouse participe pleinement à la politique menée par son mari. Comme en présidant la puissante Qatar Foundation qui a déjà investi 2,7 milliards de dollars depuis sa création. Par ailleurs c’est dans cette fondation qu’elle plaça quatre de ses sept enfants pour assurer la pérennité de cette structure. Une structure qui suit le grand aganda du Qatar, défini dans la rapport « Vision nationale 2030 ». Ancienne étudiante en médecine, éduqué politiquement en Egypte et au Koweït, ce passé déteint dans la politique de la cheikha. Comme l’illustre la Fondation du Qatar pour l’éducation qu’elle a fondé et qui permet à deux millions d’enfants dans le monde d’être scolarisés notamment en Irak et à Gaza. Éducation encore, c’est elle qui a créer le prix WISE (Word Innovation Summit for Education) qui récompense chaque année une innovation dans le domaine de l’éducation avec à la clé 500 000 dollars. Éducation toujours, c’est elle qui fut à l’origine de la construction d’un immense campus au Qatar qui abrite des filiales d’HEC, de Georgetown ou encore de Canergie Mellon. Éducation enfin, elle visa même mais en vain le poste d’envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation. Conscient de préparer l’après-gaz, la cheikha a créer ce campus pour de la visibilité internationale mais aussi pour former une élite dirigeante. Mais aussi lorsqu’au pouvoir, elle présida le Conseil suprême des affaires familiales, ou en étant la vice-présidente du Conseil suprême de la santé. De même, influente auprès de son mari, elle est à l’origine de la réforme constitutionnelle de 2003, qui permit de faire élire au suffrage universel les deux tiers des 45 membres du Conseil Consultatif. Pis encore elle permit à une femme d’être ministre en 2003, une révolution dans la région. Éducation, santé…la cheikha Moza fut et est très influente à l’UNESCO. En effet, après la reconnaissance de la Palestine comme État membre de l’UNESCO, les dons israéliens et américains ont baissé. Dès lors le Qatar finança à hauteur de 20 millions de dollars le budget de l’UNESCO. Depuis, le Qatar milite activement pour l’admission au patrimoine mondial de l’UNESCO du port de Zoubara, et ce avec l’appui du Brésilien Marcio Barbosa, ancien numéro deux de l’UNESCO. Éducation, santé et même culture, avec la francophonie. En effet, le Qatar fut admis au sein de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) directement sans passer par le statut de membre observateur.

Femme de pouvoir, ambitieuse, connu en France lorsqu’elle accompagna son mari pour les cérémonies du 14 juillet 2008, la cheikha bouscule, gène et dénote dans un pays qui bien qu’intégré pleinement dans la globalisation reste très attaché à ses traditions. Profondément wahhabite, la société qatarie n’apprécie guère la cheikha. Élégante dans ses robes luxueuses, au train de vie qui l’a fait voyager de Paris à Washington en passant par Mougins et Courchevel, et son léger voile plus proche du turban que du niqab qui laisse apparaître quelques cheveux, tout cela heurte la vielle garde au pouvoir. Ses relations avec le premier ministre HBJ (Hamad Ben Jassem) étaient d’ailleurs exécrables. La cheikha bouscula trop son pays, elle fut d’ailleurs une des premières dames du Golfe à accompagner son mari dans ses voyages officiels, comme à Gaza en novembre 2012. Mais aussi, son origine familiale entache son image. Issue des Al Misnad, une famille de marchands originaires d’Al Wakrah, cette famille n’est pas bédouine. En déficit d’identité bédouine, trop influente pour la presse qui l’a surnomme « the first », trop visible la cheikha s’est faite plus discrète dans ses dernières années au pouvoir notamment en ne parlant qu’arabe même avec la presse non arabophone.

Au final, le Qatar devient le phare du monde arabe par le vide laissé par les autres. L’Algérie est préoccupée par l’après Bouteflika, l’Égypte est en crise sécuritaire et économique, l’Irak déchirée, et la Syrie en guerre civile. Dans l’agenda du Qatar, la cheikha montre que ce pays a assimilé les codes de la globalisation, et qu’il nous connait mieux que nous les connaissons.

Par Romain Dewaele

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