Iles Eparses, des confettis qui valent de l’Or.

GloriosoAu cœur de l’Océan Indien, elles sont six, pour une surface de 43km2, à former les Iles Eparses. Considérées par la France comme l’un des cinq  districts des Terres Australes et Antartiques Françaises, les petites îles créent pourtant la polémique.

 Les îles Eparses forment un ensemble éclaté au cœur de l’Océan Indien et du canal du Mozambique. L’ensemble est constitué de six entités : l’île Europa, l’île Bassas da india, l’île Juan de Nova, l’île Grande Glorieuse, l’île de Lys et enfin l’île Tromelin. Les six îles ne sont en rien paradisiaques, les ressources terrestres y sont négligeables, l’eau douce absente, la végétation pauvre et les moustiques abondants. Pourtant les îles sont au cœur d’un conflit géopolitique majeur : une partie des îles est reclamée par Madagascar et l’autre par Maurice. Le conflit a même donné lieu à un arbitrage des Nations-Unies en 1975, demandant à la France de rétrocéder les îles. Depuis 1975, aucune rétrocession n’a eu lieu, la France continue d’assurer une présence militaire et scientifique sur quatre des îles  et le conflit semble gelé.

Après leurs découvertes au 17éme siècles, les îles étaient convoitées par deux pays, la France et le Royaume-Uni. La France finit par en emporter la souveraineté à la fin du 19éme siècle. Lors de l’indépendance de Madagascar, la France refuse de céder les îles, qui sont alors des pièces maîtresses du système de prévision météorologique national. En outre, les îles disposent de toutes les caractéristiques pour devenir des sites d’essais nucléaires. Le Général De Gaulle déclara à leur sujet : « Les îles et îlots peuvent revêtir pour nous une importance réelle, notamment en ce qui concerne nos expériences atomiques. Je n’approuve donc pas qu’on introduise Madagascar en quoi que ce soit qui se passe dans ces îles, notamment en ce qui concerne la météo ».

En complément des deux facteurs initiaux, d’autres motivations poussent les béligerants à reclamer la souveraineté des lieux :

  • Diapositive1La Zone Economique Exclusive, les ZEE sont d’après le droit maritime international, des espaces sur lesquels l’Etat côtier exerce ses pleins droits de souveraineté sur les ressources. En d’autres termes les ZEE permettent à un Etat de contrôler l’exploration et l’exploitation des ressources de la zone à son profit. Pour nos six petites îles de 43 km2, la ZEE est de plus de 640 000 km2, pour comparaison la surface terreste de la France métropolitaine n’est que de 551 695 km2. A elle seule l’île de Tromelin, qui ne mesure qu’un petit kilomètre carré, offre à son Etat propriètaire 280 000 km 2 de ZEE.
  • Des ressources halieutiques importantes, le thon est particuliérement présent dans la ZEE et les conditions de pêches sont moins dangereuses qu’au large de la Somalie.
  • Un axe de transport maritime majeur, plus de la moitié du canal du Mozanbique est sur la ZEE Française. Une partie importante des  échanges commerciaux, plus particulièrement d’hydrocarbures, passe par ce canal. Il débouche sur la côte somalienne et ses pirates. Ceux-ci s’aventurent parfois en son sein, la marine française a d’ailleurs augmenté sa présence sur place.
  • Un sous sol regorgeant d’hydrocarbures, les dernières études du sous-sol du canal du Mozambique estiment les réserves d’hydrocarbures disponibles entre 6 à 12 Milliards de barils pour le pètrol et environ 5000 m3 de gaz soit autant que la réserve d’hydrocarbures du Qatar.

 Bien évidemment cette opulence de ressources ainsi que le caractère stratégique du canal du Mozambique attisent les convoitises. D’une part la France qui estime que ces territoires lui appartiennent en pleins droit et de l’autre Madagarscar et Maurice qui rêvent de récupérer la zone et d’y trouver des ressources financières inespérées.

Même si l’ONU semble favorable à la cause malgache, la France obtient les faveurs de la communauté internationale pour plusieurs raisons :

  • En permier lieu, sa capacité à assurer la sécurité du canal contre la piraterie  qui rassure les puissances occidentales qui en sont dépendantes. Il semble en effet difficile pour l’Etat malgache de lutter contre la piraterie organisée avec une marine pratiquement inexistante.
  • Un  rapport de force entre les deux pays disproportionnés, la France 6 ème puissance militaire mondiale surclasse largement les forces malgaches classées 115 ème.
  • Le poid diplomatique de la France, même si les Nations-Unies sont favorables aux malgaches, elles sont aussi liées à la France dans son propre fonctionnement..

Les  Malgaches comme les Mauriciens souffrent de ne pas pouvoir créer de « coalition » autour de leur cause. La valeur commerciale de l’exploitation de la ZEE pour la France est bien plus importante que toutes les pertes liées au conflit avec les deux petits pays.

De façon inatendue la Présidence Malgache a émis un communiqué annonçant la possibilité d’une « cogestion » des îles, suite à une proposition du Président Malgache. Cette proposition surprenante est en désaccord avec la position officielle de la France mais aussi celle de Madagascar qui reclamait jusqu’à présent la pleine souveraineté de la zone. Le gouvernement Français n’a pas émis de réponse à cette annonce, nul doute que l’affaire sera suivie de près par les observateurs et le peuple Malgache pour qui le conflit reste une thématique politique importante.

Par Antoine Valentin

Publicités

2 commentaires

  1. Nous ne sommes pas beaucoup à avoir développé une expertise sur les enjeux stratégiques des Éparses donc permettez-moi quelques remarques. Tout d’abord, les Comores revendiquent aussi les glorieuses. Dit autrement, il n’est pas une île des Éparses dont la souveraineté française n’est pas contestée.

    Sur les ressources minérales, certaines estimations offrent des chiffres allant jusqu’à 3 fois supérieures à celles que vous utilisez dans l’article.

    Enfin, le gouvernement français actuel et le précédent ont jeté les bases d’accords de co-gestion avec Madagascar et Maurice pour 4 des 6 îles Éparses, et ce, dès 2010.

    Quant à la présence navale française, dès les débats de 2009 sur la LPM d’alors, la fin de la présence navale française sur les îlots et le remodelage des missions de la FAZSOI a été sérieusement envisagé.

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s