Trois questions au Général Xavier Sylvestre YANGONGO, candidat à la présidentielle de RCA.

Général-Sylvestre-Yangongo

Homme de réseau et de pouvoir, le Général Xavier Sylvestre YANGONGO est candidat aux prochaines élections présidentielles de la République de Centre Afrique. Neveux de Barthélémy Boganda, Président Fondateur de la République Centrafricaine, le Général a été de nombreuses fois Ministre et  a occupé plusieurs hautes fonctions dans l’administration civile et militaire,  et ce, sous tous les derniers régimes.

GD : Après 20 mois de mandat, que pensez-vous du bilan du gouvernement de transition ?

Gouverner c’est prévoir et même anticiper. Après 20 mois de gestion de cette Transition, le seul qualificatif à attribuer à cette équipe : c’est échec ! Parce qu’elle a pratiquement laissé de côté la mission première qui lui était dévolue, à savoir : engager un vrai processus de sécurisation totale du pays qui passe par le désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement (DDRR), afin de créer les conditions idoines, pour préparer et organiser les élections qui devraient couronner le retour à l’ordre constitutionnel. Toutes les conditions auraient pu être réunies par la Cheffe de l’Etat de Transition aussitôt après sa prise de fonction en janvier 2014, si elle avait jeté les bases d’une bonne gouvernance dans le respect de l’éthique qui impose sens d’ouverture, impartialité, honnêteté, intégrité. De nombreuses et alléchantes promesses de contributions financières de la communauté internationale lui ont été faites, laquelle n’attendait qu’elle fasse montre des premières initiatives conformes à l’éthique de bonne gouvernance, pour pouvoir bénéficier des décaissements.

Malheureusement, très tôt, il y a eu de graves dérapages où l’équipe a préféré instaurer un régime clientéliste, clanique, tribaliste, en s’entourant de copains, copines, parents, fanatiques et griots politiques. Ce qui a été très remarqué et dénoncé par l’opinion nationale, et suscité l’hésitation voire la méfiance de la communauté internationale qui a stoppé ses décaissements. Il faut ajouter à cela des pratiques de malversations et transferts des fonds à l’étranger d’où évasion fiscale au détriment du Trésor public. L’affaire du détournement du don angolais (plus d’1 milliard de F CFA) en est une des preuves. Naturellement, le frein marqué par la communauté internationale ne pouvait qu’être préjudiciable à la régularité de mise en œuvre des missions de sécurisation, de DDRR, de restauration de l’autorité de l’Etat, de préparation et organisation des élections dans le délai imparti.

Pour preuve : il y a déjà eu trois reports des élections (février, août et octobre 2015), ce qui est décevant pour les électeurs, préjudiciables pour les candidats et insupportables pour la communauté internationale, laquelle semble exiger coûte que coûte à ce que ces élections aient lieu au plus tard avant la fin de cette année 2015. Il faut noter qu’il n’y a pas que les élections à proprement parlé mais juste avant ça, il devrait d’abord se tenir le referendum pour valider la nouvelle constitution par laquelle le nouveau Président élu prêtera serment. Que des fausses promesses électorales avec toutes ses conséquences démobilisatrices, et aujourd’hui il y a regain de violences, ce qui n’encourage personne à sortir pour battre campagne aux quatre (4) coins de la République.

L’Autorité Nationale des Elections (ANE) mise en place par le régime n’a été à la hauteur de sa mission, pour réunir les bonnes informations sur la cartographie du pays afin de rassurer le Gouvernement et la communauté internationale à pouvoir mettre à sa disposition les moyens conséquents. Là aussi, son incompétence a occasionné une nette méfiance des bailleurs. La démission du Vice-Président de l’ANE le 26 août 2015 est révélatrice de cet échec, laquelle devrait être suivie ces jours-ci de celle du Président comme annoncée d’où celle de toute l’Institution. Le peuple n’a de cesse de réclamer la réhabilitation des forces armées centrafricaines (FACA) qui seules sont en mesure de mieux mener l’action de sécurisation du pays en connaisseuses du terrain, ce qui n’a pas du tout semblé préoccuper le régime. Et aujourd’hui, la RCA n’est rien d’autre qu’un Etat sous tutelle de la CEEAC et de l’ONU, d’où la vulnérabilité de sa souveraineté.

GD : Dans ces conditions, que pensez-vous du maintien des élections d’ici la fin d’année comme le demande la communauté internationale ?

Comme je l’ai relevé précédemment, la question des élections reste majeure car elles seules conditionnent le retour à l’ordre constitutionnel. Malheureusement, l’échec de gestion de cette transition, surtout avec l’insécurité encore ambiante, en témoigne le regain de violences depuis le 26 septembre, nous met devant un dilemme :

Soit, aller aux élections (referendum et législatives/présidentielle groupées) dans ces conditions d’ici avant la fin d’année 2015 – en moins de 3 mois ?

Ou, les reporter encore pour la 4ème fois, toujours sous la diligence de ce même régime qui a montré ses limites ?

La communauté internationale exige que tout soit fait avant fin 2015, car d’après elle « mieux valent de mauvaises élections qu’une transition chancelante… ». Je suis favorable à ce que les élections se tiennent aujourd’hui ou demain, à condition que le calendrier soit respecté. Ce qui suppose qu’en fixant ce calendrier, le Gouvernement et l’Institution en charge des élections doivent être sûrs d’eux, en étant certains d’avoir réuni toutes les conditions (financières et matérielles, sécuritaires et morales).

Je suis Candidat, je suis donc tenu d’être prêt à tout moment et non à subir des reports interminables qui sapent les moyens mobilisés pour battre une campagne et non deux, trois voire quatre campagnes. L’Etat n’a aucun moyen de subventionner des acteurs politiques engagés dans des élections dont il a la charge d’organiser. Ce qui ne devrait que l’honorer. Aujourd’hui, nous sommes inquiets, et personnellement, je suis inquiet surtout de ce qui risque de nous être imposé, soit d’aller aux élections avant fin 2015 dans des conditions insécuritaires où à tout moment on peut se faire kidnapper, tuer, braquer et voler nos matériels de campagne, soit reporter une 4ème fois en sachant qu’avec cette même équipe, rien ne garantit la stabilité et la confiance. Comme tous les autres candidats, j’observe et reste en éveil, pour apprécier ce qui va être décidé d’ici là.

GD :  Le mois d’Octobre est marqué par un retour à la violence,  le nombre des victimes s’élève à plus de 60, des ONG et une Eglise ont été incendiés. Comment expliquer cette résurgence ?

Je saisie cette autre occasion (la vôtre), pour déplorer ce qui venait de se passer et dont les effets se poursuivent encore aujourd’hui, car cette situation n’est pas encore clarifiée et close. Aussi, je condamne avec fermeté tous les comportements barbares et destructeurs de part et d’autre des communautés musulmanes et non musulmanes qui sont à l’origine des massacres, blessures et dégâts matériels enregistrés. C’est très regrettable, et cela démontre à suffisance la vulnérabilité dans laquelle le peuple sans exclusif est plongé du fait de l’incapacité du gouvernement à maîtriser la situation et à protéger toutes les populations. Trop de discours et d’annonces sont faites dans ce sens sans qu’il n’y ait d’actes concrets sur le terrain. C’est preuve de l’échec de cette Transition. Ceci étant, il y a lieu d’aller brièvement au fond de tout ce qui se passe.

D’un autre côté il y a la minorité des communautés musulmanes au sein desquelles il y a une minorité d’extrémistes qui prennent en otage la majorité qui aspire à la paix et la cohésion sociale avec leurs compatriotes non musulmans, en témoignent des actes de réconciliation sincères déjà posés et systématiquement remis en question par ces irréductibles extrémistes. Ce sont ceux là, d’ailleurs bien connus des autres et même du Gouvernement, qui excellent dans ces exactions et représailles démesurées et disproportionnées à chaque moindre incident où un compatriote musulman est victime.

Et de l’autre côté, bien évidemment, il y a la majorité des communautés non musulmanes qui, en dépit de leur tempérance légendaire, ne cessent de subir des actes barbares autant des extrémistes musulmans que des bandits de grand chemin (non musulmans) qui se sont infiltrés dans les différentes entités appelées antibalakas, qui pillent, braquent et tuent en toute impunité musulmans et non musulmans. Et ces derniers sont aussi bien connus des composantes de leurs entités et même du Gouvernement.

Naturellement la faiblesse voire l’absence de l’autorité de l’Etat contribue à tous ces dérapages qu’il faille dénoncer et condamner sans parti pris. Mais il faudrait quand même avoir le courage de dire « qui a commencé et quelle est l’ampleur de dégât posé ? », ce qui permet d’apprécier la riposte. Rien que pour le mois de septembre passé, il y a eu deux actes regrettables : Le 09/09 en soirée, des motards présumés musulmans ont jeté des grenades dans des zones non musulmanes (Pétévo et Fatima) faisant 3 morts et des blessés graves.

Jamais il n’y a eu de représailles si ce n’étaient que des barricades érigées, pour réguler la circulation des motards afin de prévenir de telles situations. Le 26/09 en matinée, on a découvert le corps inanimé d’un jeune musulman devant une Institution (FNEC) située comme par hasard dans une zone non musulmane. Et la suite sepasse de tout commentaire – représailles sanglantes avec massacres, par armes de guerre et armes blanches, d’enfants, de femmes et d’hommes, parfois tout une famille décimée, sans parler des destructions par incendie des habitations, commerces, églises et Institutions. Des actes barbares et disproportionnés qu’il faille relever.

Naturellement, cela a suscité une chaîne de réactions des communautés non musulmanes par endroits ce, avec des débordements de pillages sur des biens et propriétés appartenant même à des non musulmans : stations d’essence et clinique-maternité au 4ème arrondissement, entrepôt des médicaments du Complexe pédiatrique, Commissariat de police du 5ème arrondissement, etc. Ce que je dénonce et condamne bien évidemment.

Même s’il y a la présence de la communauté internationale avec plus de 10000 soldats (casques bleus), il revient d’abord aux Autorités nationales d’être à la hauteur de bien appréhender les problèmes nationaux afin de les présenter aux partenaires en vue de susciter leur assistance. Malheureusement, il y a un laxisme de ce côté, ce qui surprend la communauté internationale, et les populations sont souvent amenées à dénoncer l’immobilisme voire l’inaction de cette communauté internationale à chaque déclenchement de faits graves. Fort heureusement, elle réagit bien efficacement pour ramener l’ordre, la sécurité et la paix précaire soit-elle, même si c’est avec un léger retard.

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