Combattre Daesh par Daesh

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Aussi paradoxal que cela puisse paraître le meilleur allié pour combattre l’État Islamique c’est l’État Islamique lui-même. Explications.

L’EI n’est pas qu’une organisation terroriste mais aussi un phénomène politique, ce dernier a commis plusieurs erreurs qui peuvent l’amener à sa perte. Le groupe est pourtant dirigé par de très rationnels anciens dirigeants des services de renseignement et de sécurité du régime de Saddam Hussein ainsi que des terroristes expérimentés. Malgré cela, depuis sa période d’expansion (de juin 2014 à juin de cette année), l’organisation a dans une sorte d’ivresse des sommets, construit ses ennemis. Plusieurs exemples non exhaustifs le démontrent.

Tout d’abord, le changement de nom. Si Daesh (acronyme arabe de l’État Islamique) existe en réalité depuis 2006, son premier nom était celui d’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). On avait donc l’expression d’une volonté claire de créer une entité solidement ancrée dans un territoire déterminé. Depuis, l’EI s’appelle donc l’État Islamique, et on voit au Nigéria avec Boko Haram, en Libye, dans le Sinaï égyptien, en Jordanie, en Afghanistan et dans la péninsule arabique des groupes qui prêtent allégeance à l’EI. Cette marque d’expansion provoque l’animosité de pays ou de ressortissants de pays qui finançaient cette organisation comme l’Arabie Saoudite.

Al Baghdadi: calife autoproclamé
Al Baghdadi: calife autoproclamé

Deuxièmement, toujours sur l’Arabie Saoudite. En plus de l’expansion, l’EI s’est autoproclamé en juin 2014 à Mossoul califat, avec comme calife Abou Bakr Al Baghdadi. Cette accaparement du « Vatican » de l’islam sunnite et avec comme priorité l’extermination des chiites a provoqué l’ire de l’Arabie Saoudite. Cette dernière se veut le flambeau de l’islam sunnite militant par son soft power wahhabite dans l’ensemble du monde, et a sur son territoire les deux villes saintes de La Mecque et de Médine. De plus, l’Arabie Saoudite se veut également le leader d’un front sunnite contre l’Iran. La volonté de l’EI de déborder l’Arabie Saoudite et les attentats de l’EI sur le sol saoudien ont fait réagir le roi Salman contre l’EI en intégrant la coalition internationale contre l’EI alors que des Saoudiens voire le royaume lui-même ont financé cette organisation.

Troisièmement, les attaques de trop. Si l’EI est dirigé par des Irakiens, la base des soldats (environ 40 000 combattants) vient ni de Syrie, ni d’Irak, mais d’autres pays comme des Tunisiens, des Russes… (Environ 80 nationalités dans les rangs de l’EI). Cette base combattante qui n’a donc aucuns liens avec les populations locales commettent des exactions qui peuvent faire retourner l’assentiment des populations irakiennes, syriennes mais aussi des pays voisins. Comme le montre deux exemples. D’une part, lorsque l’EI a brulé un pilote Jordanien en décembre 2014, ce qui a amené l’État jordanien a renforcé son aide dans la coalition internationale contre l’EI et fit basculer la population jordanienne dans une haine de l’EI. D’autre part les attentats en Turquie. Si certains accusent « l’État profond » turque pour l’attentat du 10 octobre d’Ankara, celui de Suruç (20 juillet 2015) a été revendiqué par l’EI. Encore une fois, si la Turquie, parti dès 2011 dans une politique pro-changement dans les pays où se développaient des révoltes pour placer leurs alliés des Frères musulmans, ces attentats ont changé la donne. En effet, si l’EI pouvait et peut faire venir des combattants, des armes, soigner ses soldats, vendre son pétrole, son coton, et ses œuvres archéologiques c’est grâce à la Turquie. Or depuis l’attentat de Suruç, même si c’est très poussif, la Turquie a bombardé l’EI.

Géographie ethnico-confessionnelle de l'Irak
Géographie ethnico-confessionnelle de l’Irak

Enfin, l’EI entreprend une sur-extension qui lui a causé des défaites militaires, malgré ses prouesses dans ce domaine car l’EI arrive à mener une guerre sur deux fronts. Toujours est-il que l’EI a commis une erreur stratégique d’approcher le Kurdistan Irakien. En effet pourquoi avoir voulu s’approcher de Kirkouk ou d’Erbil. Car dans la capitale du Kurdistan Irakien, à Erbil se trouve les consulats de nombreuses puissances dont les États-Unis, qui ne voulait pas que l’épisode de Benghazi (attaque du consulat et mort de l’Ambassadeur des États-Unis le 11 septembre 2012) se reproduise. On a donc les États-Unis en tête avec d’autre pays occidentaux qui arment les Kurdes, qui sur le terrain sont les seuls à battre l’EI. D’autant plus, que jamais la population kurde aurait accepté d’être dirigée par des arabes.

Cette multiplication des opposants régionaux à l’État Islamique peut supprimer ce en partie pourquoi il a l’acceptation des populations locales : la sécurité. Situation qui était rare en Irak entre la guerre contre l’Iran (1980-1988), la guerre du Golfe (1990-1991), l’embargo des années 1990 et l’invasion des États-Unis en 2003.

 

Par Romain Dewaele

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