République de Centrafrique, un chaos inextricable ?

RCAMalgré l’intervention militaire Française et une présence de la MINUSCA, la RCA semble retomber dans les tourments de la guerre civile. Les exactions reprennent, les civiles fuient, le pouvoir vacille. Depuis son indépendance, la RCA, ne connait que dictatures, chefs d’Etat fantasques et coups d’Etat à répétition.

Après l’assassinat d’un jeune chauffeur de taxi moto musulman le jour de l’Aid El Kebir, Bangui est retombé dans un chaos proche de la guerre civile. En quelques jours, ce n’est pas moins de 50 victimes décédées et 150 blessés comptabilisés. Plusieurs ONG ont été vandalisées et une église incendiée. De multiples manifestations ont éclaté partout dans la capitale. Afin de stopper une marche vers le palais présidentiel, les casques bleu Burundais ont usé de la force, tuant trois manifestants.  La Présidente de transition, Madame Catherine Samba Panza a dû interrompre son séjour à New-York pour rentrer d’urgence à Bangui. Cette résurgence de violence rappelle dangereusement la guerre civile de 2012-2014.

Carte guerre RCAEn 2012  plusieurs mouvements de rébellions s’unissent pour former la force « Séléka » (« alliance » en langue Sango). Elle est composée de groupes rebelles très hétérogènes mais souvent musulmans. La Séléka devient rapidement une force militaire puissante dont l’objectif est affiché clairement  « depuis 50 ans que les chrétiens dirigent ce pays les résultats sont catastrophiques, ils ont échoué, il faut à présent donner l’occasion à un musulman de tenir les rênes du pays ». Le Président Bozizé, sentant le danger imminent, demande de l’aide à la France et aux USA. Aucune des deux puissances ne souhaite intervenir. La Séléka prend rapidement le pouvoir et certains de ses éléments tentent d’appliquer la charia en Centrafrique. Le pays s’enfonce dans un conflit meurtrier, obligeant la communauté internationale à intervenir. Les forces françaises, appuyées par le Tchad et le Burundi, reprennent rapidement Bangui, et nomment un gouvernement de transition. Depuis, l’ordre et les élections démocratiques peinent à revenir.

Un conflit inextricable ?

Pour beaucoup d’observateurs la situation en République de Centre Afrique  semble trop confuse voir même inextricable. Pour d’autres celle-ci se résume en un simple conflit religieux : musulmans vs chrétiens. La situation est bien plus complexe, pour mieux l’appréhender voici les grands facteurs de la crise en RCA :

1/ Un facteur ethnique fort :

Carte ethnies RCAPlusieurs centaines d’éthnies cohabitent en République de Centre Afrique, sans vouloir en faire la liste exhaustive en voici les principales et leurs caractéristiques :

  • Les Gbayas et les  Bandas, ce sont deux peuples de la savane, à elles seules les deux ethnies représentent plus de la moitié des habitant de la RCA. Les Gbayas sont les plus nombreux, il semble qu’il s’agisse du peuple originel de la RCA. Organisés en petits villages très autonomes, les Gbayas sont initialement des cultivateurs/chasseurs, ils sont réputés pour être d’excellents guerriers et chasseurs. L’organisation traditionnelle de leurs sociétés est basée sur l’autonomie des villages. Seuls des chefs de guerres, et uniquement en période de conflit, peuvent prétendre à une autorité sur les communautés. Pendant la colonisation française, les Gbayas n’ont jamais réellement cédé à l’autorité.  Encore aujourd’hui ce trait de caractère est fort. Les Gbayas formaient l’essentiel de la force armée combattante face aux sélékas.
  • Les Rungas sont un peuple d’origine sahélienne, parlant arabe de pratiquant la religion musulmane sunnite. Il s’agit d’un peuple de culture nomade, qui allie traditionnellement commerce, élevage et razzia. Les Rungas sont aussi présents au Tchad et au Soudan. Il existe un conflit historique entre les Rungas et les Bandas. En effet, les peuples nomades du nord ont une forte tradition d’opposition avec les sédentaires pour des motifs territoriaux, notamment pour les pâtures du bétail. Les Rungas ont toujours refusé l’autorité des peuples de la savane, jugés inférieurs.
  • Les Oubanguiens, sont le peuple des rives  de l’Oubangui. Hommes de pêche et de commerce, les hommes du fleuve disposent d’une culture à l’identité très affirmée. Leurs communautés ont de fortes relations avec celles similaires le long du fleuve, notamment en RDC.
  •  Les Saras représentent 8 % de la population centrafricaine. L’organisation traditionnelle de la société Saras est basée sur la culture et l’élevage. Les Saras organisent leurs villages autour de plantations communes à tous les habitants. Contrairement au Bandas ils ont une organisation communautaire.
  • Les Nzakarazandes, sont un peuple guerrier d’origine soudanaise. Contraints de migrer pour fuir la traite esclavagiste arabe, ils ont atteint l’Est de la RCA à partir du X siècle. Avec une culture riche et une organisation sociétale forte, ils créèrent un royaume puissant qui perdurera jusqu’à la colonisation.
  • La minorité Peuls, Non représentée sur la carte. Les peuls sont présents à l’Est du pays. Peuple de commerçants et d’éleveurs prospères ils vivent entre les zones non habitées et les territoires Bandas.

Outre leurs multitudes, les ethnies centrafricaines sont profondément différentes par leurs organisations sociales, leurs cultures, leurs activités vivrières ainsi que leurs origines géographiques. La colonisation, puis le développement à partir du milieu du 20éme siècles bouleversa l’organisation et les modes de vies ethniques. Aujourd’hui restent seules les langues, quelques traditions, et les rancœurs entre éthnies.  Les luttes de pouvoir entre les éthnies sont importantes et conditionnent la vie politique en RCA. A son arrivée au pouvoir en 1993, le Président Patassé, marginalisa les ethnies du Sud, au profit de sa propre ethnie les Saras. A la suite d’un coup d’état le Président Bozizé prit la direction du pays, excluant aussitôt les Saras, au profit de son ethnie les Gbayas. De façon systématique, le nouveau leader du pays exclut l’éthnie du précédent et impose la sienne. En créant au passage des animosités constantes ainsi qu’un profond trouble dans l’organisation de l’administration et de l’Etat.

2/ Une guerre religieuse

En plus du facteur ethnique s’ajoute un conflit et des tensions religieuses importantes.Les tensions religieuses sont initialement fortes en RCA, deux raisons à cela :

  • Une raison historique profonde ; les peuples sédentaires chrétiens et animistes ont souffert pendant des siècles de razzias organisées par des peuples nomades et musulmans (originaires de l’actuelle Libye, du Soudan et du Tchad). Ceux-ci cherchaient à s’accaparer des ressources ainsi qu’à capturer des esclaves, vendus par la suite aux commerçants arabes. Cette traite a laissé des traumatismes et des rancœurs importants dans les populations.
  • Une raison historique contemporaine ; la RCA a accueilli au cours du dernier siècle de nombreux réfugiés Tchadiens et Soudanais, victimes de guerre religieuses ou civiles dans leurs pays.

Ces tensions, même si elles sont fortement enracinées, n’ont pas compromis le « vivre ensemble » de la société Centrafricaine.   Principalement  car les communautés vivent séparées, chacunes dans leurs zones, le Nord du pays et le quartier PK05 de Bangui, pour les musulmans. La donne a changé quand les rebelles du Nord, pourtant musulmans modérés, ont choisi de faire alliance avec des groupes bien plus extrêmes, issus notamment du Tchad et du Nord-Soudan. Mêmes groupes qui suite à la chute du Colonel Kadhafi, ont eu accès à un stock d’armes et de munitions ultra abondant et donc très bon marché.

 La coalition ainsi formée, appelée « Séléka », n’a pas eu de mal à mettre une armée centrafricaine sous-équipée en déroute. Le pays fut rapidement pris et le Président Bozizé déchu. Après sa prise de pouvoir la Séléka connait des tensions internes importantes, les lignes politiques des rebelles Centrafricains modérés et des groupes extrêmes extérieurs ne peuvent s’accorder. La Séléka est de facto brisée, les éléments les plus extrêmes tentent d’appliquer la charia dans les zones sous leur contrôle, quant aux éléments rebelles du Nord de la RCA, ils restent totalement dépassés par les évènements. De nombreux crimes de guerres sont commis et les victimes civiles des exactions sont estimées à plus de 30 000.

En représailles aux assassinats de masse, aux viols et aux exactions en tous genres, une rébellion s’organise. Dés éléments proche de l’ancien Président Bozizé, des anciens militaires, et des membres de familles de victimes, créent les « anti-balaka ». Le groupe mal commandé, sous ou pas armé, ne peut s’attaquer frontalement au groupe Séléka. Sans faire de discernement, ils s’attaquent à une cible plus facile ; les civils musulmans centrafricains.

Les tensions anciennes, nourries par des exactions et des crimes bilatéraux entraineront rapidement le pays dans une guerre religieuse.

3/ Un état failli

La Centrafrique est considéré à tort comme un état failli. La RCA n’est pas un état failli car elle n’a même jamais été un Etat. Déjà pendant sa période coloniale le pays n’a pas reçu les investissements de base nécessaires à sa bonne administration. C’est un pays sans routes, sans administration ni infrastructure, qui accède à l’indépendance en 1960. Sans registre des populations ni moyens de transports sûrs, la levée de l’impôt est pratiquement impossible. Les seules ressources sont les subventions internationales et la vente de diamants.  Les coups d’état et le détournement  de l’argent public finiront par achever la situation financière du jeune pays. L’administration accumule les retards de paiement des salaires. De façon symétrique la corruption gangrène progressivement le pays.

4/ Des influences extérieurs fortes :

Les influences externes régionales se caractérisent principalement par le soutien initial du Tchad à la rébellion séléka.  Rappelons par la même que le groupe rebel est formé à plus de 30 % de Tchadiens.  Les objectifs initiaux du Tchad sont nombreux, d’abord économiques, la majeure partie des hydrocarbures en RCA proviennent du Tchad. Une pacification de la zone du Nord de la Centrafrique permettrait l’exploitation de gisements de gaz et de pétroles, qui offriraient l’autosuffisance au pays et qui par la même priverait le pays d’Idriss Deby d’une ressource importante. En outre, le gouvernement Tchadien  espérait qu’un régime « reconnaissant » en RCA faciliterait la coopération entre les deux Etats, notamment en renforçant l’hégémonie de N’Djamena  dans la sous-région. Enfin, au vue du caractère particulièrement instable des éléments tchadiens de la Séléka, il est plus sûr de les « occuper » à l’extérieur du pays, que de les garder en son sein, et de risquer de graves troubles intérieurs.

Le Soudan du Nord est aussi un fidèle soutien aux rébellions Centrafricaines. En effet le Soudan du Nord, principalement Musulman, est en guerre contre le Soudan du Sud à majorité chrétienne, dont un des soutiens locaux était le régime du Président Bozizé. Par conséquent le Soudan du Nord cherche à saper les  régimes soutenant sont ennemi.  En outre, le Soudan du Nord est considéré comme un allié important de la chine en Afrique. La chine investit de façon abondante dans le pays en échange de juteux contrats d’exportations d’hydrocarbures. Pekin a notamment financé deux usines d’armement, qui produisent des AK47 ainsi que des mitrailleuses lourdes. Le Soudan a donc ainsi trouvé des clients  à son industrie d’armement. Peu regardant sur les moyens de paiement, le Soudan a accepté le butin de guerre des Séléka (Or, Diamants et bois précieux), avant de l’expédier chez son partenaire asiatique.

La Chine a joué une influence discrète mais importante dans le conflit. A la recherche de matières premières et de zones d’influences, Pekin a d’abord cherché à conclure des accords avec le régime Bozizé. Quelques contrats ont été signés, mais la proximité entre le régime et la France n’a pas permis une réelle coopération  Sino-Centrafricaine.  La chine s’est alors tournée vers la rébellion nordiste par le biais de son partenaire soudanais. Les conditions de travail et le droit social chinois n’étant pas particulièrement restrictif, les entreprises chinoises ne craignent pas de signer des marchés dans des zones de guerre et d’y envoyer des employés. L’année dernière plus de 400 employés chinois sont d’ailleurs décédés sur le continent africain…

Enfin principal soutien international de la RCA : la France. Elle joue un rôle important dans la situation centrafricaine. La position française a d’abord été très en retrait du conflit, afin de ne pas froisser son allié Tchadien. Le gouvernement avait déjà engagé les forces armées au Mali et ne souhaitait pas lancer une seconde intervention simultanément. Ce n’est que plusieurs mois après la prise de pouvoir de la Séléka, et devant l’ampleur du désastre humanitaire et sécuritaire, que la France décide d’intervenir. Cette intervention tardive permet de mettre un frein au conflit et de défendre les intérêts français sur place.

5/ Une situation géographique difficile :

carte des ressources en RCALe pays est recouvert en partie par une forêt de bois précieux et semi-précieux, en plus de cette ressource importante, le sous-sol centrafricain est riche d’or, de cuivre, de diamant ou encore d’hydrocarbure. Malheureusement la position enclavée du pays ainsi que l’absence d’infrastructure, rend le commerce particulièrement complexe. Le pays est desservi par deux axes routiers de mauvaises qualités : l’axe Bangui-Douala et l’axe Bangui-Pointe noire. Cette dépendance rend la déstabilisation du pays aisée. Les exactions des coupeurs de routes et autres bandits créent parfois une paralysie complète du pays. En quelques jours le prix des denrées de base explose et les quelques exportations cessent. Pour aller plus loin sur ce sujet, retrouvez notre article : RCA, bénis par les dieux, maudite par sa géographie.

La guerre civile en RCA est donc nourrie par un conflit éthnique, un conflit religieux et des influences extérieures contradictoires. Le tout dans un pays sous-développé, corrompu et enclavé. Une solution de paix viable, devra allier désarmement des groupes (ex-séléka, anti-balaka), politique de réconciliations et de justice, politique de décentralisation, sécurisation de l’intégralité du territoire, refonte de l’administration, ainsi qu’un plan d’investissement important afin de relancer l’économie d’exportation. Une équation qui semble difficile à tenir sans une aide internationale importante.

Par Antoine Valentin

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6 commentaires

  1. Sur l’ensemble j’acquiese mais le conflit n’a réellement commencé a être percu coe religieux ke lorske MSF avec sa directrice transportait les musulmans d’un quartier a un autre voulant rassembler les membres des communautés entre eux. Soucis de la vie d’autrui,assistance a persoe en danger ou tout simplement stratégie de facilitation de la partition de ce pays? Mais tjrs est-il 5jrs plus tard RFI parlait d’un risk de partition de la RCA repris par tt les politiques occidentaux.
    J’ai pitié pr ce peuple frère mais la France a failli a son contrat face a la RCA suite a l’appel de BOZIZE, il n’etait plus obeissant; les chinois rafflait deja trop de juteux contrat, le Cameroun, le Gzbon, le Tchad etaient deja tous pratiquement perdu( trop de chinois) fallait maintenir Bangui sous coupe.
    La RCA est ce dont la france a tjrs voulu pour les pays Africains(c’est l’exple fort) trop de putch orchestré et financé par la france, a koi doit on s’attendre kan la liquidation pure et simple des leaders est la regle chez les politiciens francais?

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,
    Il est vrai que l’enclavement du pays est un frein au à son développement. Mais beaucoup de pays (Mali, Burkina, Rwanda etc…) ont le même problème et pourtant, ils ont un indice de développement humain plus élevé que la Centrafrique. Je pense, qu’avec une meilleure stratégie de développement le pays peut se redresser durablement. Car très souvent quand on parle de la RCA, on oublie ses potentialités et les avantages de sa géographie.

    Le pays est voisin de 6 Pays, avec une meilleure agriculture, la Centrafrique peut à elle seule nourrir au moins 3 de ses voisins.

    Sur les questions de sécurité, je pense qu’il est temps que les pays voisins comprennent que c’est dans leur intérêt d’avoir une Centrafrique stable. Car y déplacer leurs conflits internes peut à terme déstabiliser toute la sous-région.

    Je suis persuadé qu’à l’issue de cette crise le pays sera durablement sur le chemin du développement.

    Wilfriedo

    Aimé par 1 personne

    • Merci de votre commentaire.

      L’enclavement est en effet un frein important, pour le dépasser deux éléments sont obligatoires : des infrastructures et une stabilité politico/économique. Initialement la RCA est sous développée (pas d’infrastructure et peu de routes goudronnées) par rapport au Mali, au Burkina ou au Rwanda. Le manque de stabilité depuis son indépendance n’a pas permis la mise à niveau des infrastructures.

      Ce qui est d’autant plus triste, car la RCA est un pays particulièrement riche en matières premières et dont le climat est ultra favorable à l’agriculture. Espérons donc qu’a l’issue de cette crise difficile, le pays retrouve le chemin du développement !

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  3. Les Gbayas et les Bandas étaient les plus ductiles de toutes les ethnies a tel point que le colon les a déporté en masse pour cutiver le café et l’hévea dans La Lobaye. Le probleme Centrafricain c’est l’immixtion du Tchad du Soudan et d’autres pays étrangers dans la politique interieure de la RCA mais surtout l’appetit vorace de ces nations sur les richesses naturelles de ce pays.

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  4. Les musulmans de ce pays ne constituent que 3% de la population tout le reste vient d’ailleurs. Nourredine Adam, Sabone, Ali Daras et les autres sont des tchadiens nés au TCHAD qui ne sont venus en Centrafrique que pour y semer le sang et la misère.

    Aimé par 1 personne

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