Abbas : le drapeau et après ?

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La semaine dernière, Mahmoud Abbas a enfin après des années de lutte hissé le drapeau palestinien au siège des Nations Unies à New York. Un symbole fort mais loin d’assouvir les revendications des Palestiniens. Parallèlement, les affrontements se multiplient entre l’armée israélienne et les Palestiniens suite aux morts Palestiniens dans la vielle ville de Jérusalem et de colons près de Naplouse. Usé, fatigué et lassé Abbas ne contrôle pas la situation, simple reflet de son crépuscule. Explications.

 

Dix ans après son arrivée au pouvoir, « Abou Mazen » comme on le surnomme de Jénine à Hébron est au plus bas de sa puissance politique, et au plus haut de son impuissance diplomatique. S’il incarna l’esprit des Accords d’Oslo, Mahmoud Abbas ne peut que constater le demi-échec de sa stratégie. Sa stratégie était celle d’internationaliser le conflit pour accroître les pressions internationales sur Israël et de faire reconnaître par le plus d’États (135 États reconnaissent la Palestine comme État) et d’organisations internationales possible la Palestine comme un État. Si cette stratégie marqua des points comme la reconnaissance par le Sénat et l’Assemblée Nationale de la Palestine comme État en octobre 2014, l’entrée de Palestine à la Cour Pénale internationale en Janvier 2015, la reconnaissance comme État-membre à l’UNESCO en octobre 2011, la reconnaissance comme État-observateur de l’ONU en novembre 2012 et la reconnaissance comme État par un pays occidental comme la Suède en octobre 2014, sur le terrain le statut quo demeure. En revanche, les puissances arabes très impliqués dans les années 1960 et 1970 sont plus que muettes sur le conflit, et semblent avoir délaissé la cause palestinienne. Par ailleurs, après l’échec des négociations de 2014 menées sous l’égide du Secrétaire d’État Américain John Kerry, Barack Obama en froid avec le premier ministre Israélien ne s’est pourtant pas rapproché d’Abbas. Sans soutien d’une grande puissance difficile d’obtenir des avancées.

cartecolonieisrAssurément sur le terrain le statut quo qui est à l’avantage d’Israël n’a pas changé. En effet, sur les frontières, les réfugiés, et le statut de Jérusalem Mahmoud Abbas n’a rien obtenu. Les 500 000 colons (implantés pour Israël) entre Jérusalem-est et la Cisjordanie (Judée-Samarie pour Israël) ne partiront pas. Pis encore, les élections du printemps dernier en Israël ont consacré la victoire de Benyamin Netanyahu (« moi élu, il n’y aura pas d’État Palestinien ») et de son parti le Likoud qui dans sa coalition gouvernementale fait la part belle à l’extrême droite religieuse liée aux partis des colons. Cette colonisation grignote la Cisjordanie, et rend de facto impossible la continuité territoriale des territoires dirigés par l’Autorité Palestinienne. Alors qu’un État c’est fondamentalement des frontières.

Si Mahmoud Abbas voulait appliquer les Accords d’Oslo, il a dans une ultime tentative d’électrochoc à la communauté internationale avoué dans son discours à la tribune des Nations Unies le 30 septembre dernier qu’il n’était plus tenu par ces accords. De fait, aujourd’hui sur le terrain, Tsahal intervient sans distinction dans les zones A, B et C, donc même dans des zones qui doivent être sous le contrôle civil et militaire exclusif de l’Autorité Palestinienne. Cette attitude de Tsahal symbolise pour les 11 millions de Palestiniens (Bande de Gaza, Cisjordanie, réfugiés et de la diaspora) une humiliation, qui voient dans les forces de l’Autorité Palestinienne un simple sous-traitant. Là est aussi la marque d’un Mahmoud Abbas hors sol, qui n’a plus organisé d’élection depuis 2005, qui dirige uniquement par des décrets, et qui est lâché par son opinion, notamment des jeunes (40% des Palestiniens ont moins de de 15 ans). Comme le montre le Centre Palestinien pour la Recherche Politique et des Sondages pour qui 80% des Palestiniens se sentent abandonnés par les puissances arabes, 42% pensent que seule la violence peut permettre la création d’un État, mais surtout 80% qui souhaitent la démission d’Abbas. Une défiance de son opinion qui s’ajoute à la paralysie du processus de réconciliation entre le Hamas qui dirige la Bande de Gaza et le Fatah qui dirige la Cisjordanie.

Qui pour succéder à Mahmoud Abbas ?

 Si Abou Mazen avait été adoubé par Yasser Arafat, le raïs Palestinien s’est bien gardé de désigner son successeur. Cependant plusieurs noms circulent. Le favori semble être l’ancien chef des services de sécurité à Gaza, Mohamed Dahlan, mais poursuivi par la justice palestinienne et en froid avec Abbas il est actuellement exilé aux Émirats Arabes Unis. Autre candidat, Marwan Barghouti, favori des Égyptiens mais toujours emprisonné en Israël. Puis, un proche d’Abbas, Saeb Erahat qui vient de remplacer Yasser Abed Rabbo au poste de secrétaire générale de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine). Enfin, le technocrate et ancien ministre des Finances Salam Fayyad mais lui aussi est poursuivi par la justice palestinienne.

Démissionnaire de son poste de président du comité exécutif de l’OLP le 22 août dernier, jouant d’un ultime coup de bluff aux Nations Unies, âgé de 81 ans, prit par un délire de mégalomanie avec le projet d’un nouveau palais présidentiel, lâché par son opinion, et sans aucune prise sur la peut-être troisième Intifada en cours, bref une ambiance de fin de règne embaume Ramallah. Un crépuscule pour Mahmoud Abbas qui reflète tragiquement le conflit. Avec le droit mais pas la force de son côté et la force mais pas le droit chez les Israéliens. La force, le droit chacun connait la formule de Bismarck…

Par Romain Dewaele

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