« Éviter le vide politique en Syrie » notre entretien avec l’ambassadeur d’Iran en France

Ahani

Débordé par les négociations sur le dossier syrien, Ali Ahani, ambassadeur d’Iran en France a accepté de répondre à nos questions. Entretien:

Globale Diplomatie:L’Iran, fort de son accord avec les puissances occidentales, retrouve sa place stratégique au « Grand Moyen-Orient », quel rôle voulez-vous jouer désormais?

Ali Ahani: Le développement de ses relations avec l’ensemble des pays et en particulier les pays musulmans, les pays voisins et les pays de la région, représente la politique stable que veut mener de la République islamique d’Iran. Nous avons toujours œuvré pour la sécurité et la stabilité de la région et nous nous prononcons contre les actions qui peuvent provoquer l’instabilité régionale et insiste dans ce cadre sur une solution politique pour les crises tout en réfutant les interventions étrangères. La République islamique d’Iran soutient le dialogue et les consultations politiques au niveau régional, qui représentent la seule solution pour favoriser la stabilité au Moyen Orient.

GB: Vous insistez sur le rôle stabilisateur qu’entend jouer l’Iran, mais on constate une image assez péjorative de l’Iran en France, comment comptez-vous améliorer votre soft power dans l’Hexagone? 

AA: En dépit des tentatives, particulièrement depuis la révolution de 1979, pour noircir l’image de la République islamique d’Iran, nous constatons qu’une image relativement meilleure de l’Iran est véhiculée en France. Dans ce cadre, les médias français ont un rôle important et efficace pour présenter la véritable image de l’Iran au peuple français. En effet, au cours des deux dernières années, plus de 250 journalistes français ont visité notre nation, les articles et reportages de ces journalistes ont permis à l’opinion publique française de mieux connaitre les réalités iraniennes et nous soutenons la poursuite de ce processus. Sans aucun doute, l’amélioration des relations entre l’Iran et la France, surtout après le déplacement officiel de Monsieur Laurent Fabius, ainsi que les échanges de délégations politiques, parlementaires, économiques et culturelles, à l’ordre du jour grâce à la volonté politique commune des deux gouvernements, seront extrêmement efficaces dans l’amélioration à la fois de l’image de l’Iran en France et inversement.

GB: Justement, on vient de parler d’image, mais quel est l’état des relations entre nos deux pays?

AA: Les relations politiques et culturelles de l’Iran et de la France sont très anciennes et historiques, globalement les deux peuples ont une vision positive l’un envers l’autre. De plus, la France n’ayant jamais eu de passé colonial en Iran, le peuple iranien n’a pas de vision négative à l’égard de votre pays. Certes l’attitude politique de la France au cours des dernières années, surtout influencée par la question nucléaire, a provoqué une image négative et des interrogations dans l’opinion publique iranienne. Or, après l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 à Vienne et le déplacement officiel de Monsieur Laurent Fabius en Iran, ainsi que les échanges de délégations de haut niveau prévus entre les deux pays au cours des prochains mois, le terrain redeviendra favorable pour que ces relations enracinées dans l’histoire, retrouvent leur voie normale et que les relations amicales historiques entre les deux peuples se renforcent à nouveau.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et le président de l'Iran Hassan Rohanni en juillet dernier
Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et le président de l’Iran Hassan Rohanni en juillet dernier

GB: Si l’on revient à la brûlante actualité, vous êtes depuis longtemps proches diplomatiquement de la Russie, en outre les accords sur le nucléaire vous rapproche des États-Unis, cela change-t-il la donne avec la Russie?

AA: La République islamique d’Iran et la Russie.disposent de multiples intérêts communs. Compte tenu de nos places sur la scène régionale et internationale, nous pouvons jouer un rôle déterminant dans la création d’un monde multipolaire. Les peuples du monde et spécifiquement les peuples du tiers monde ont grandement souffert dans le passé d’un monde bipolaire et des tentatives des États-Unis, après l’effondrement de l’Union Soviétique de créer un monde unipolaire. Assurément, les nouvelles données géopolitiques du monde vont dans le sens d’un monde multipolaire.

GB: Si les relations sont encore froides avec les États-Unis, par le « bas » comment les Iraniens voient les Américains?

AA: L’opinion publique iranienne n’a jamais eu le moindre problème avec le peuple américain. Ce sont les attitudes et les agissements des gouvernements successifs américains à l’égard de l’Iran dans le passé comme le coup d’Etat contre le gouvernement de Mossadegh, la destruction de l’avion civil iranien dans le Golfe persique, soutien au régime de Saddam Hussein lors de la guerre de 8 ans qu’il a imposé à l’Iran…ont provoqué une grande absence de confiance du peuple iranien envers les États-Unis. Si les Etats Unis d’Amérique corrigent leur attitude, cela pourra améliorer l’image des États-Unis dans l’opinion publique iranienne.

GB: L’Iran entend incarner un « Vatican » chiites, comment soutenez-vous les chiites dans leur diversité (duodécimains, ismaéliens, zaydites…) hors d’Iran?

AA: La stratégie de la République islamique d’Iran est basée sur le respect et la défense des droits des peuples et ne distingue nullement entre chiites et sunnites et les autres minorités religieuses. Nous croyons qu’il est indispensable d’empêcher sérieusement que les droits des peuples, quelque soit leur convictions ou religions, ne soient lésés et il faut soutenir leurs droits légitimes. Les chiites et les sunnites sont tous musulmans et croient en un Dieu unique, le Saint Coran et le Prophète. Essayer de jeter l’huile sur les différences religieuses entre chiites et sunnites représentent une véritable trahison envers l’Islam.

GB: Justement, il y a en ce moment au Yémen un conflit qui tourne au conflit confessionnel, quel est votre analyse de ce conflit?

AA: La guerre contre le peuple yéménite représente une faute stratégique dans la mesure où la résolution du conflit au Yémen dépend uniquement des solutions politiques, du dialogue inter-yéménite et du soutien de tous les acteurs régionaux au dialogue. Nous insistons sur la fin des attaques militaires contre le Yémen et la résolution des différents par le biais du dialogue. Dans cette voie, nous soutenons les  efforts du représentant du Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies pour le Yémen. Aussi, toutes les parties influentes sur le plan intérieur, régional et international se doivent de soutenir le représentant de l’ONU pour le Yémen afin d’aboutir à un accord politique équitable. De plus, le silence devant des crimes perpétrés contre l’humanité au Yémen ne fera que provoquer l’accroissement du terrorisme dans la région. Les parties qui cherchent à provoquer le chaos et la guerre civile au Yémen, ne comprennent nullement ses conséquences néfastes pour la sécurité régionale. En effet la poursuite de l’utilisation de la force contre le Yémen, non seulement ne mettra pas fin à la crise dans ce pays, mais risque de provoquer l’extension de la crise et en particulier la croissance continue du terrorisme.

GB: Si le conflit au Yémen, est assez occulté en France, le cas syrien concentre toutes attentions, comment voyez-vous la suite ?

Le président Syrien Bachar El Assad et le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Mohammad Javad Zarif
Le président Syrien Bachar El Assad et le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Mohammad Javad Zarif

AA: Dès le commencement de la crise en Syrie, l’Iran croyait en la nécessité de solutions politiques. Celles-ci, fondées sur la participation du peuple et des groupes politiques syriens dans la détermination de leur destin commun. Ainsi que sur la base du respect de la souveraineté nationale et avec comme priorité de lutter contre le terrorisme et les interventionnismes étrangers. Aujourd’hui les scénarios sont nombreux, d’abord le pire avec le non-dialogue entre les acteurs régionaux et internationaux. Cela renforcerait la situation d’usure actuelle en Syrie, qui renforcera Daesh et fera basculer la Syrie dans une situation semblable à celle de la Libye. Ou alors déraciner Daesh et le terrorisme en Syrie, grâce à une volonté politique régionale et internationale. Afin de préparer le terrain pour un dialogue inter-syrien, pour trouver des solutions politiques et la mise en place d’une structure étatique adéquate et acceptable pour le peuple syrien. Dans cette dernière solution, Téhéran a procédé à des consultations avec le gouvernement syrien, les différents groupes syriens, certains acteurs régionaux et internationaux, pour présenter son plan politique pour trouver une issue à la crise. Ce plan a pour particularité d’insister sur le rôle du peuple, d’éviter le vide du pouvoir en Syrie, lutter contre le terrorisme, aider les réfugiés et faciliter les envois d’aides humanitaires. Nous considérons que ce plan représente une aide au plan de l’ONU et nous effectuons des consultations permanentes avec le Secrétaire Général de l’ONU, son représentant spécial pour la Syrie et tentons de favoriser encore plus que dans le passé à la concrétisation de ce plan en se servant des instruments politiques. Pour nous l’élément le plus important dans notre plan réside dans le fait qu’à la sortie, la décision appartiendra au peuple syrien,sur la base des accords qui seront signés. Téhéran soutient fermement le peuple et le gouvernement syrien afin que le peuple  soit en mesure de décider de leur destin dans le cadre d’un processus démocratique. Ainsi les groupes d’opposition qui croient aux solutions démocratiques, auront l’opportunité de participer à l’avenir politique de la Syrie et en même temps les terroristes seront privées de la possibilité de croître. La lutte sérieuse débutera avec le fléau de terrorisme.

GB: Pour finir plus légèrement, pouvez-vous nous définir ce qu’est être Perse?

AA: Les perses habitaient dans les temps anciens sur le territoire aujourd’hui iranien. Actuellement la culture et la civilisation plusieurs fois millénaires perses se sont conjuguées à la culture et à la civilisation islamique. La langue persane représente non seulement la langue officielle de tous les Iraniens, mais elle est également parlée dans certains autres pays de la région.

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