Si vous ne comprenez rien au clivage chiisme/sunnisme

chiites-sunnites

Alors qu’un sondage vient de montrer que moins de 1% des Américains connaissent la différence entre chiisme et sunnisme, regardons de plus près les différences entre ces deux confessions de l’islam.

Tout commence à la mort du prophète Muhammad en 632, dès lors une division se créer à propos de sa succession. En effet Muhammad n’a pas eu le temps de désigner son successeur. Certains veulent perpétrer la tradition bédouine avec donc un collaborateur comme successeur, d’autres veulent que le successeur soit un membre de la famille (le plus proche parent de Muhammad c’est son cousin et gendre Ali). Ces deux camps s’opposent mais le camp d’Ali se tait lors de la proclamation d’Abou Bakr comme premier calife (successeur) en 632. Décédé en 634, Abou Bakr est remplacé par Omar. Assassiné en 644, Omar est succédé par Othman. Assassiné en 656, Othman est succédé par Ali qui devient calife, vingt-quatre ans après la mort de Muhammad.

Cependant le choix d’Ali ne fait l’unanimité, et les germes de la division entre les chiites et sunnites vont éclater. En effet le gouverneur de Koufa envoyé par Ali est refoulé, et les habitants de la ville se rendent à Bagdad pour mener une guerre contre Ali. Aïcha, une des épouses du prophète accepte de se joindre aux rebelles. Ali se met en route vers l’Irak pour contrer cette insurrection, et l’emporte face aux insurgés. Tendre, Ali offre l’amnistie à certains des insurgés ce qui provoque l’ire de ses hommes. Par la suite, Ali déplace sa capitale dans cette ville Koufa (Irak) pour assurer son pouvoir et surveiller Mo’awiya (gouverneur de Damas par Othman). En 656 Ali et Mo’awiya entrent en conflit. Alors qu’il est le sur point de l’emporter Ali accepte un arbitrage coranique pour désigner le vainqueur, ce qui provoque la première dissidence dans l’Islam, certains le quittent, ce sont les Kharijites (Kharaja : sortir). Crédule sur l’arbitrage Ali perd son autorité de calife en Égypte et en Syrie. Ceux qui reconnaissent comme calife Ali sont les chiites, ceux qui reconnaissent Mo’awiya comme calife sont les sunnites. Plus tard les fils d’Ali, Hassan mais surtout Hussein tenteront de reprendre le pouvoir perdu par leur père (assassiné en 661). Comme en 680 où Hussein mourut en martyr au combat à Kerbala (Irak). Depuis Kerbala est une ville sainte du chiisme.

musulmans chiites lors de la fête d'Achoura à Kerbala où ils se mutilent en hommage au martyre d'Hussein
musulmans chiites lors de la fête d’Achoura à Kerbala où ils se mutilent en hommage au martyre d’Hussein

Aujourd’hui, les musulmans chiites représentent environ 15% des musulmans, soit 250 millions de fidèles. Les chiites voient en Ali le seul légitime successeur du prophète Mahomet. Le nom chiite vient du mot shi’a qui signifie « partisans ». Pour les chiites, le Coran a un sens caché et seul le retour de l’imam caché permet la compréhension du texte. Le chiisme diffère également du sunnisme (sounna : tradition) par la présence d’un clergé (des mollah aux ayatollahs) qui structure la communauté des croyants. Par conséquent les sunnites n’ont pas d’intermédiaire entre eux et Dieu.  Les chiites comme les sunnites se rendent en pèlerinage (un des cinq piliers de l’islam) à la Mecque, mais aussi sur d’autres lieux saint comme Kerbala en Irak (lieu de la bataille où mourut Hussein, le fils d’Ali) et aussi dans la ville de Najaf (Irak) où se trouve le mausolée d’Ali. Contrairement aux sunnites, la représentation de la figure humaine ou le culte des saints ne sont pas interdits, de plus la vénération pour Fatima (fille de Mahomet et femme d’Ali) donne une place de la femme différente dans la société. Par ailleurs, minoritaires les chiites se sentent persécutés. Cette persécution se retranscrit dans le taqiyya qui autorise le croyant à dissimuler sa foi en cas de danger. À l’instar des sunnites, les chiites reconnaissent la sunna mais ont leurs propres hadith (les dires du prophète).

Si les sunnites et les chiites sont divisés, le chiisme est lui-même traversé par des clivages. En effet Il y a des chiites duodécimains (essentiellement en Iran), des chiites ismaéliens et des chiites zaydites. Les chiites duodécimains sont majoritaires, ces derniers pensent que le douzième successeur d’Ali est l’imam caché. Cette branche du chiisme est structurée par un clergé hiérarchisé avec sa tête des Ayatollah. Les duodécimains (125 millions) accordent beaucoup d’importance à la figure d’Hussein et à son image de martyre. Les zaydites reconnaissent eux cinq imams, rejettent l’idée d’imam caché et sont principalement au Yémen (Houthis). Les ismaéliens (20 millions) très présent en Azerbaïdjan se séparent en plusieurs branches en réalité assez éloignées (Alaouites en Syrie, Alévis en Turquie, Druzes…), et contrairement aux duodécimains pensent qu’Ismaël est le septième et dernier imam, contre douze pour les duodécimains. Car dans le chiisme l’imam est le véritable guide politique et spirituel  de la communauté alors que chez les sunnites l’imam n’est là que pour lire des passages du Coran et les commenter durant la prière du vendredi.

Enfin les racines de l’affrontement moderne entre ces eux confessions remontent à 1979. En effet, en 1979 le Shah d’Iran est renversé par l’Ayatollah Khomeiny. Dès lors l’Islam politique chiite va jouer un rôle croissant. La géopolitique de l’Iran va être de se servir des chiites des autres pays comme levier d’influence dans sa lutte contre la puissance phare du sunnisme l’Arabie Saoudite. Néanmoins, cette lecture ne fut pas opérante jusqu’à l’invasion des États-Unis en Irak (2003), sans oublier les révoltes arabes de 2011 qui ont porté atteinte aux solidarités nationales. La conséquence de ces deux événements est la confessionnalisation des États, et donc l’exacerbation du clivage entre les sunnites et les chiites. Un clivage confessionnel qui devient donc politique sur plusieurs théâtres (Syrie, Irak, Yémen, Bahreïn et Liban).

Par Romain Dewaele

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2 commentaires

    • Vous avez tout à fait raison, d’ailleurs la majorité des musulmans ne sont pas Arabes (l’Egypte n’arrive qu’en 4-5eme position). Mais pour cette article nous voulons nous concentrer sur les clivages entre chiites et sunnites où il y en a c’est à dire au PMO.

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