Jeux d’alliance en Algérie, le patron des services de renseignements limogé.

DRS-nouveauDimanche 13 Septembre, le Président Abdelaziz Bouteflika a mis fin aux fonctions de Mohamed Mediene, patron des services de renseignements militaires algériens.

Le général Mohamed Médiene dirigeait le DRS ( le Département des Renseignements de la Sécurité) depuis 25 ans. Il aura su s’imposer à son poste et résister à  cinq chefs d’État. Souvent appelé « rab dzayer », qui est traduit par « le dieu de l’Algérie » en Français, il apparaissait comme le personnage clé du pouvoir.   En 1999, il avait avec plusieurs autres généraux, fait appel à Bouteflika pour diriger le pays, de quoi lier profondément les deux hommes. Il est aussi connu pour avoir barré la route aux islamistes lors de l’élection législative de 1992. Ainsi que pour avoir activement lutté contre le GIA et les groupes islamiques pendant la décennie de terreur. Cet engagement, en partie à l’encontre de la masse populaire algérienne, lui a valu d’obtenir des relations de grande confiance avec les services Français et occidentaux en général. Profitant du conflit pour élargir progressivement les pouvoirs et les prérogatives du renseignement militaire, il était devenu l’homme le plus puissant du pays.

Il sera remplacé par le Général Bachir, qui fût l’un de ses adjoints pendant la guerre civile. D’abord écarté par le pouvoir dans les années 2000, il a repris des fonctions clés suite aux attentats de 2007. L’homme est un proche de la famille Bouteflika.

Le Président Bouteflika, ou plus certainement son entourage, opère une reprise en main complète de l’armée et plus largement du pouvoir. Dès 2006, le Président avait promulgué une loi lui permettant la mise en retraite immédiate de n’importe quel personnel militaire ou civil lié à l’appareil de sécurité. Depuis cette date, le pouvoir a progressivement poussé vers la sortie la majeure partie des généraux qui avait installé le Président Bouteflika en 1999. Subsistait depuis 2013, uniquement le Général  Mohamed Médiene. Habilement les fonctions de la DRS ont d’ailleurs été réduites au profit de l’Etat-major personnel du chef d’Etat.

Le départ du chef de la DRS assoit définitivement le pouvoir du Président sur l’armée et les services de sécurité. La DRS qui avait été considérée comme trop hostile au quatrième mandat de Bouteflika paye aujourd’hui son manque de fidélité. A noter que la DRS a mené en 2010 et 2011 d’importantes enquêtes sur des affaires de corruption impliquant des proches du Président et plus particulièrement le Ministre de l’Energie Ghakib Khelil.

Enfin, ce soudain revirement d’alliance de la part du clan Bouteflika illustre parfaitement la stratégie qui a permis son maintien au pouvoir depuis 1999. Dans un précédent article, nous avions évoqué les différents revirements déjà opérés :

En 1999, le clan Bouteflika fait alliance avec l’état-major des armées. La lutte contre le terrorisme fait pencher le centre de gravité du pouvoir vers l’armée, dont le général Mohamed Lamari. La diplomatie pour Bouteflika, les affaires intérieures pour l’armée.

En 2004, Bouteflika fait cette fois-ci alliance avec le DRS, le Département des Renseignements de la Sécurité, ce qui mécontente l’armée qui avait soutenu la candidature d’Ali Benfils. Pour Bouteflika l’objectif est clair : faire de la présidence le cœur du processus décisionnel.

En 2009, pour son troisième mandat, Bouteflika commence à être de plus en plus malade. Ce dernier place des proches dans les fonctions régaliennes et se repose davantage sur l’armée, établissant une relation de confiance avec le général Ahmed Gaid Salah.

Depuis 2012/2013, le clan étoffe ses alliances avec une part de plus en plus prépondérante de représentants du milieu économique, notamment du FCE (Forum des Chefs d’Entreprises). Tout en évinçant progressivement les généraux hostiles au quatrième mandat.

Cette stratégie a permis au clan de se maintenir malgré les printemps Arabes, et même de gagner les dernières élections présidentielles.  Pour le moment l’annonce du départ du général n’a pas causé de remous médiatiques ni politiques. Même si l’opposition est nombreuse, elle ne semble pas en mesure de faire vaciller un système parfaitement rodé et verrouillé.

 

 

 

Publicités

Un commentaire

  1. […] Limogeage de Toufik, emprisonnement de son fidèle Hassan, le centre de gravité du pouvoir passe clairement à l’alliance Armée-Présidence contre le DRS, bien qu’ayant un maillage vertical dans l’État et horizontal dans la société. Une recomposition, voire même une consolidation des alliances au sommet de l’État qui sont les creusets du régime de Bouteflika depuis 1999. Lire aussi: jeu d’alliance en Algérie. […]

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s