Pourquoi l’afflux de réfugiés renforce Bachar El Assad

Camp de réfugiés Syriens en Turquie
Camp de réfugiés Syriens en Turquie

11 millions, tel est le nombre de Syriens qui ont quitté leur pays depuis 2011. La plupart sont désormais dans les pays voisins. 1,2 millions au Liban, 1,9 en Turquie, 650 000 en Jordanie, 250 000 en Irak et même 132 000 en Égypte selon Amnesty International. La Syrie peuplée de 22 millions d’habitants en 2011 se vide. Ce vide peut constituer pour Bachar El Assad, dictateur, assoiffé par le pouvoir, usant comme personne du diviser pour mieux régner et épris d’un machiavélisme froid, une opportunité afin de se maintenir au pouvoir. Explications.

Pour comprendre en quoi la fuite de la Syrie de ses habitants peut renforcer le régime Baassiste, il faut revenir aux racines sociologiques de la contestation. En effet, où débute la contestation ? La contestation débute comme souvent par un cas isolé mais qui prend une ampleur considérable. Tout commence en mars 2011 à Deraa dans l’extrême sud du pays quand plusieurs lycéens sont torturés par le régime après avoir fait des graffiti contre le régime. L’émoi suscité par cet événement va allumer le feu de la contestation. Dès lors qui conteste le régime ? Majoritairement les classes populaires péri-urbaines ou rurales, sunnites, exclues politiquement du pouvoir, perdantes de la globalisation et subissant de plein fouet la libéralisation de l’économie. Très vite, les manifestations pacifiques réprimées par le pouvoir se transforment en une guerre civile inextricable entre les communautés où les puissances régionales viennent jouer leurs cartes. Cela s’illustre très bien dans la ville multi-confessionnelle de Homs, où les manifestations virent aux massacres entre les communautés.

Par la suite, l’État Islamique qui existe depuis 2006 en Irak s’empare de la partie est du territoire syrien au cours des années 2013-2014. L’État Islamique surfe sur le vide politique et spirituel des sunnites, majoritaires mais méprisés par une minorité et tente d’avoir l’assentiment des populations locales sunnites en s’appuyant sur les tribus. Évidemment Daesh use d’une extrême violence contre tous ceux qui se mettent en travers de son chemin, en particulier à l’égard des non sunnites, mais son but n’est pas de vider son territoire, mais au contraire d’apparaître comme un libérateur et d’assurer la sécurité. Son but est aussi de donner aux sunnites un projet politique et spirituel. Il est donc vain de frapper l’État Islamique dans le but de freiner les réfugiés.

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Par ailleurs, sur le terrain depuis 2011 il faut admettre que c’est le régime syrien qui tue le plus (environ 200 000 morts). C’est donc les frappes du régime syrien qui font gonfler le nombre de réfugiés. Or Bachar El Assad frappe principalement les zones rebelles contre lui, par conséquent les zones sunnites. Cette ablation de la composante sunnite de la Syrie peut renforcer El Assad car cela transforme la Syrie qu’il dirige qu’avec des communautés qui lui sont fidèles. Assurément des Syriens fuient l’État Islamique, surtout les non sunnites, mais la plupart des réfugiés Syriens fuient El Assad. Par ailleurs, quelles sont les communautés clientèles d’El Assad ? Les Alaouites (branche lointaine du chiisme), les chrétiens et les Druzes. La plupart de ces communautés vivent dans la Syrie « utile », à l’ouest, de Damas à Lattaquié. Cette Syrie « utile » étant le sanctuaire de Bachar El Assad peut même attirer par une réflexe de survie économique et sociale des sunnites opposés au régime. La contestation ne viendra donc pas de cette zone. La contestation peut même se tarir dans la partie centrale qui longe l’Euphrate de la Syrie. En effet, quel est l’état psychologique des Syriens aujourd’hui ? Les Syriens, pro ou anti El Assad, chiites ou sunnites, Druzes ou chrétiens ne veulent qu’une chose: la paix, du moins la sécurité. Après quatre années de guerre civile fratricide, d’attentats suicides et de luttes par procuration à mort entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, les Syriens veulent une vie « normale ».  En outre les Syriens en ont assez de voir ce ciel encombré des avions du régime, des Saoudiens, des Turques, des Américains et désormais des Français.

Cette fuite de la composante sunnite du Bilad El Cham et l’acceptation fataliste des autres sunnites au régime Baasiste peut permettre à El Assad de durer encore et de gagner la guerre, mais gagnera-t-il la paix ?

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