Russie-Syrie: un peu d’amour beaucoup d’intérêts

Affiche de propagande dans les rues de Lattaquié (Hassan Nasrallah leader du Hezbollah, Hassan Rohani président iranien, Bachar El Assad et Vladimir Poutine)
Affiche de propagande dans les rues de Lattaquié (Hassan Nasrallah leader du Hezbollah, Hassan Rohani président iranien, Bachar El Assad et Vladimir Poutine)

Alors que Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères Russe vient d’officialiser la présence accrue de militaires Russes en Syrie (il y en a toujours eu depuis la construction de la base militaire de Tartous en 1971), revenons sur la relation de fidélité entre ces deux pays où les intérêts priment. En effet si le régime syrien actuel doit sa survie c’est grâce au Hezbollah libanais, à l’Iran, mais surtout à la Russie. Tout simplement car la Russie a plus que tout autre à perdre d’une chute du régime de Bachar El Assad. Cette alliance entre les eux pays n’a jamais été linéaire, néanmoins elle est inscrite dans un temps long. Russie-Syrie, Saint Paul-Ali, récit d’une sainte alliance.

L’alliance entre les deux pays remonte au temps des Tsars du XIXᵉ siècle. En effet, les Tsars jouent sur les liens entre les Chrétiens Orthodoxes de Russie et du Moyen-Orient pour avoir un levier d’influence dans la région. Par la suite, les relations entre les deux pays s’intensifièrent pendant la guerre froide. Malgré la reconnaissance d’Israël par l’URSS en 1948, l’Égypte et la Syrie se rapprochent de la Russie (La Syrie et l’Égypte fusionnant dans la République Arabe Unie de 1958 à 1961). Dans cette relation, les intérêts priment, en effet l’URSS ne trouve rien à redire lorsqu’Hafez El Assad au pouvoir en 1971 s’appuie sur les classes bourgeoises sunnites malgré sa rhétorique socialisante. En outre l’URSS ne digère pas l’obsession syrienne à propos du Golan après la guerre du Kippour face à Israël en 1973. Et en dépit de la formation militaire d’Hafez El Assad en URSS dans les années 1950, l’URSS est dans la région plus proche de l’Irak et de l’Égypte. Cependant en 1978, un basculement géopolitique s’opère avec la paix signée entre l’Israël de Mehanem Begin et l’Égypte d’Anouar El Sadate lors des accords de Camp David. La conséquence de cet accord va être le rapprochement la Syrie de l’URSS. Ce rapprochement est sanctionné par la visite d’Hafez El Assad à Moscou en 1979 et la signature d’un traité d’amitié en 1980. Là encore les intérêts priment lorsque l’URSS ferme les yeux sur la répression du régime contre les marxistes Syriens et les socialistes Syriens à tendance nasséristes. Pour la Russie, l’objectif est de contrebalancer l’alliance américano-égyptienne et contenir la Turquie membre de l’OTAN. Une alliance qui n’est pas sans accrocs lorsqu’Hafez El Assad envahit le Liban en 1976 contre la gauche libanaise soutenue en partie par l’URSS. La Syrie est donc parfois un allié encombrant pour la Russie, et même un allié lointain lors de la chute de l’URSS où Hafez El Assad lucide sur les capacités financières et militaro-industrielles de l’URSS se tourne vers les États-Unis, notamment pendant la guerre du Golfe pour écraser son voisin et adversaire irakien en 1991 (La Syrie étant une terre d’exil pour tous les opposants à Saddam Hussein).

Léonid Bbjreinev et Hafez El Assad en 1979 à Moscou
Léonid Brejnev et Hafez El Assad en 1979 à Moscou

Par la suite, et notamment sous Bachar El Assad qui succéda à son père en 2000, le Bilad Al Cham, comme on appelait la Syrie sous l’Empire Ottoman se rapproche des pays du Golfe (en accueillant massivement des IDE venus du Qatar et d’Arabie Saoudite en particulier), mais aussi de l’Union Européenne avec le processus de Barcelone (1995) et l’Union pour la Méditerranée (Bachar El Assad invité d’honneur lors du défile du 14 juillet 2008), sans oublier la Turquie, où Erdogan surnomme même Bachar El Assad son « petit frère ». Puis, suite à l’invasion des États-Unis en Irak en 2003, l’anti-américanisme monte dans les populations du Grand Moyen-Orient, ce qui rapproche Bachar El Assad de Vladimir Poutine. Les deux présidents se rencontrent d’ailleurs en janvier 2005 à Moscou. Là encore l’allié syrien loin d’être un pion devient encombrant et s’isole quand de nombreux soupçons accusent ce denier d’avoir commandité l’assassinat de Rafic Hariri, ancien premier ministre Libanais, sunnite, anti-Syrien et proche des Saoudiens en février 2005. Un allié encombrant dont les liens permettent néanmoins à la Russie de développer sa puissance. D’une part le soft power en soutenant les Chrétiens d’Orient (lien avec le Patriarcat russe, financement d’églises…), et d’autre part le hard power avec une base navale à Tartous, la formation des cadres militaires Syriens en Russie et la vente d’armes au régime syrien. En effet l’essentiel de l’arsenal syrien est russe. Par ailleurs la présence de militaires Russes à Tartous (nord-ouest), cette base représentant le seul accès à la Méditerranée pour la Russie expliquent en partie le refus des Russes aux Nations Unies d’une intervention en Syrie après l’utilisation de gaz par El Assad. Par ailleurs l’aide de la Russie à la Syrie pour la survie du régime d’El Assad n’est pas que militaire et diplomatique mais aussi financière. Comme en témoigne l’approvisionnement en papier billet de la Syrie à une imprimerie russe. Un approvisionnement qui permet au régime de pouvoir faire survivre son État en payant ses fonctionnaires, et également l’approvisionnement en hydrocarbures russes pour la Syrie. La monnaie et les hydrocarbures russes permettant à la Syrie de contourner l’embargo qui pèse sur elle depuis 2011 dans le but de faire chuter Bachar El Assad. Enfin la motivation russe dans la guerre en Syrie fait écho aux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000), la Russie voyant dans les deux cas une guerre contre l’islamisme.

tartous

Au final la Russie a besoin de la Syrie, comme la Syrie a besoin de la Russie. Consciente de la fragilité du régime Baassiste, la Russie a dès à présent plusieurs fers au feu. D’une part elle augmente sa présence militaire officielle mais aussi clandestine avec des mercenaires Russes en Syrie pour sanctuariser les zones encore tenues par El Assad, d’autre part sa diplomatie discute avec tous les acteurs de la région (Arabie Saoudite, Turquie et Iran) et avec certains opposants Syriens (Randa Kassis, Ahmed Al Khatib) pour préparer la Syrie de demain et tente de mettre en place une coalition cohérente contre l’État Islamique.

Par Romain Dewaele

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