Pourquoi il faut relire Kissinger

Le président Américain Richard Nixon et Charles De Gaulle (Henry Kissinger avec les lunettes) en 1969

« Je ne dis pas que la Russie soit un soutien indéfectible à El Assad. Nous aurons là-dessus des discussions. […]Nous devons travailler avec l’Iran et la Russie en Syrie »

Cette citation de François Hollande lors de sa conférence de presse de ce matin montre d’une part le rétropédalage du président sur la question syrienne, mais surtout, quatre ans après le début de la guerre en Syrie le début d’une approche « kissingerienne » des relations internationales par la diplomatie française. Syrie, Irak, Iran, Ukraine…Pourquoi il faut relire le prix Nobel de la Paix de 1973.

Premièrement, qui est Kissinger ? Henry Kissinger est né en 1923 en Bavière, plus précisément à Fürth dans une famille juive. Face à la montée du national-socialisme d’Adolf Hitler, sa famille quitte l’Allemagne en 1938 vers les États-Unis comme beaucoup d’autres juifs Allemands. Aux États-Unis, Kissinger étudie à la prestigieuse George Washington High School, avant d’effectuer son service militaire en 1943 et d’obtenir la nationalité américaine. Pendant la seconde guerre mondiale, Kissinger est présent sur le front européen où il effectue des tâches de renseignement. Après la guerre, Kissinger écrit une thèse sur le système des relations internationales dans l’Europe du XIXsiècle et devient contributeur pour des revues de géopolitique.

 Universitaire, Kissinger est aussi impliqué en politique. En effet il devient conseiller pour les questions internationales, puis pour la sécurité internationale du président Richard Nixon. Aux affaires, Kissinger va mettre en pratique sa vision du monde, notamment en 1968 lorsqu’il devient secrétaire d’État (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères aux États-Unis). Une fonction qu’il occupera jusqu’en 1977 sous la présidence de Gérald Ford.

Secrétaire d’État, Kissinger impose sa vision réaliste, stato-centrée et pragmatique du monde. À l’instar de De Gaulle, Kissinger fait de la politique étrangère sur des réalités. La reconnaissance de la Chine populaire par les États-Unis c’est lui, la volonté de se débarrasser du bourbier vietnamien (accords de paix de Paris) c’est lui, la « détente » avec l’URSS c’est lui, la réduction des armes nucléaires avec le traité SALT I c’est lui, les négociations israélo-égyptiennes pour mettre fin à la guerre du Kippour en 1973 c’est lui, l’égalité électorale entre noirs et blancs en Rhodésie c’est encore lui.

Henry Kissinger avec Lé Duc Tho après le traité de Paris (Janvier 1973) mettant fin à la guerre du Vietnam
Henry Kissinger avec Lé Duc Tho au moment du traité de Paris (Janvier 1973) mettant fin à la guerre du Vietnam

Reconnaissance de la Chine populaire, dialogue avec l’URSS, c’est ici la quintessence de la méthode kissingerienne, celle de traiter avec des pays à priori hostiles aux États-Unis. L’objectif est de se lier avec ces nations pour créer de l’interdépendance et donc éviter des conflits. En outre, la grande théorie de Kissinger est celle du triangle stratégique. Pour lui, il fallait dans ce triangle (Chine/États-Unis/Russie) que les États-Unis dominent, que l’Oncle Sam soit plus proche de l’un des deux que les deux autres entre eux. Kissinger déplore donc les sanctions contre la Russie, qui rapprochent cette dernière de la Chine. Par ailleurs Kissinger s’opposa à la plupart des interventions occidentales, même si il fut en faveur de la chute de Saddam Hussein en 2003, Kissinger n’était pas moins conscient de l’impossibilité de propager la démocratie à coup de canons. De même face à l’État Islamique en Irak et en Syrie, Kissinger propose de traiter cette affaire avec les Russes et les Iraniens, acteurs incontournables de la région. Au demeurant, Kissinger déplore l’attitude des Occidentaux dans la crise en Ukraine, très maladroits de n’avoir pas compris le poids historique et symbolique de la Russie en Ukraine. Enfin, Kissinger par ses réseaux n’est pas innocent dans les négociations et dans l’accord entre l’Iran et les grandes puissances.

Cible des néo-conservateurs, mais aussi des rationalistes, critiqué pour son rôle dans le coup d’État au Chili (1973) et dans les bombardements au napalm au Vietnam, réaliste, habité par l’Histoire, fasciné par Bismarck, et angoissé par les intérêts de son pays, Kissinger demeure après son passage dans l’administration américaine un « visiteur du soir » pour les présidents de Reagan à Obama.

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