Donald Trump : forces et faiblesses d’un phénomène politique made in USA

Depuis le 16 juin dernier, la campagne présidentielle américaine s’est légèrement vêtue de provocation et de peoplisation à tout-va : cette date marque en effet la déclaration de candidature du milliardaire et magnat de l’immobilier Donald Trump. Celui qui peut en apparence être perçu comme un simple trouble-fête, s’avère au gré des sondages d’opinion un imposant candidat, bien décidé à briguer la présidence américaine et balayer d’un revers de main le remake (Hilary) Clinton/ (Jeb) Bush tant attendu. Du haut de ses 69 ans, Donald Trump s’est donc depuis cette datte imposé lui-même comme un homme politique avide de pouvoir. Coup d’éclat de trop ou réelle volonté politique ?

La donne semble difficilement identifiable, bien que sa cote de popularité soit au beau fixe et que l’imprévisibilité de certaines campagnes américaines par le passé renforcent l’idée d’un Yes He Can. La concurrence au sein du Parti Républicain à l’investiture présidentielle ne manque pas de crédibilité politique : Scott Walker, robuste gouverneur du Wisconsin, Jeb Bush (frère de W) souhaitant se donner une image de plus en plus pragmatique en se portant sur le rassemblement ou bien le redoutable sénateur du Texas et figure emblématique du Tea Party Ted Cruz. Au milieu de ces noms, Donald Trump s’est imposé à coups d’annonces mirobolantes et d’un populisme parfois exacerbé. Dernier exemple en date : à la question lui demandant de différencier le Hezbollah, le Hamas et Jabhatg-Al-Nusra, le favori des sondages chez les Républicains s’est fendu d’une ignorance claire, prétextant le « ridicule » de la question posée… Pas terrible pour une future politique étrangère américaine. L’une des principales raisons de son survol dans les sondages est sa capacité à fédérer une frange très large de l’opinion américaine ; des conservateurs religieux à la masse électorale du Tea Party, le numéro des sondages chez les Républicains a su attirer dans ses filets une grande partie de l’opinion anti-Obama, avide de remettre les Etats-Unis sur un autre chemin que celui emprunté par l’administration Obama depuis 2008. « Think Big and Kick Ass in Business and Life » : dans son livre Comment devenir riche, Donald Trump livre quelques recettes menant à une success-story comme la sienne. Mais la route vers la richesse n’est pas la même que celle menant à la Maison Blanche, ce qui tôt ou tard pourrait tempérer D. Trump vers plus de raison.

C’est pour cela que l’on peut emmètre quelques réserves quant à la cote de popularité du sulfureux milliardaire auprès de l’électorat décisif au moment du vote final : les jeunes, l’électorat latino et noir américain. Qui ne semble pas attiré par la vote Trump ; une crainte électorale risquée pour ce dernier, qui va devoir séduire une partie de cette frange de la population américaine pour concrétiser ses rêves de Maison Blanche et obtenir l’investiture de son camp pour l’élection de 2016. D’ici le 1er février et les premiers « caucus » Républicains, la donne peut néanmoins évoluer… Reste à savoir dans quel sens.

« Sacrifier » la doctrine Obama au nom du changement

Autres doutes autour de Donald Trump : ses annonces électorales. Dans sa politique toujours plus « trash » et avide de buzz, le magnat de l’immobilier n’hésite pas à proposer un système privatisé comme alternative à la réforme Obama sur la santé. L’accord sur le nucléaire iranien ? Une dénonciation immédiate, comme un acte de faiblesse vis-à-vis d’un ancien ennemi. Le trio « Iran-Chine-Russie » ? Un possible axe du Mal, contraire aux valeurs américaines. Alors oui, ces postures parlent à beaucoup chez nos amis américains. On peut également souligner l’instauration d’un climat plus agressif et calomnieux dans le paysage politico-médiatique américain, amenant débats musclés et dérapages en tout genre dans cet univers politique américain parfois un peu lisse. Mais la remise en cause de principes géostratégiques stabilisant un semblant de paix ou le souhait de saborder une loi universaliste nécessaire à la société américaine peut réellement faire voler en éclat la crédibilité de Trump au moment des élections finales. Le changement dans sa radicalité la plus profonde n’est pas toujours source de réussite, aussi critiquable que soit la doctrine Obama.

Jusqu’où ira ce profit médiatique ?

Au pays des milliardaires américains, Donald Trump fait partie de la caste des plus famous. Selon lui, la célébrité amenant la richesse (et non l’inverse), et il n’hésite pas à user de ses multiples provocations pour satisfaire un peu plus ses sympathisants. Personnage sulfureux pour beaucoup, il est autant adoubé par une autre (grande) partie des sympathisants Républicains. C’est là que se trouve toute la complexité et la réussite actuelle de cette Republican Trump mania outre-Atlantique : tirer un maximum de profit de son nom, parfois en surfant sur la ligne rouge politiquement acceptable mais dans un but de buzz excessif. Doit-on parler de dérapages savamment contrôlés ou gaffes symptomatiques d’une incompétence au poste suprême de Président des Etats-Unis ? Ceci rappelle les gaffes à répétitions d’un certain Georges W Bush dans un temps pas si lointain… Chef d’Etat qui rappelons-le, fut reconduit au poste suprême malgré les désastres de sa politique étrangère « C’est parfois en perdant une bataille qu’on découvre un moyen de gagner la guerre ». La bataille des primaires chez les Républicains dans laquelle s’est lancé D. Trump peut l’amener vers la campagne finale contre ses ennemis démocrates. C’est son propre dicton qui peut se retourner contre le plus trash des magnats Républicains : gagner la bataille des caucus, et ne pas découvrir le moyen de gagner cette guerre présidentielle qui se profile.

Par Vincent Moulai

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