Pays du Golfe : une stabilité en trompe l’œil

Carte des pays membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe)
Carte des pays membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe)

Rachat du Paris Saint Germain par le Qatar en 2011, coupe du monde de football 2022 au Qatar, gratte-ciels toujours plus hauts (La Mecque), et îles artificiels (Dubaï)…L’image renvoyée par les pays de la péninsule arabique est celle de la stabilité, voire de l’immuabilité politique ainsi que celle de la prospérité et de l’opulence économique. En dépit de cette habile communication, la réalité des pays du Golfe est beaucoup plus contrastée. Tour d’horizon d’une péninsule aux multiples fragilités.

En 2011, suite aux « printemps arabes » les pays du Golfe réunis au sein du CCG (Conseil de Coopération du Golfe créer en 1981) ont entamé un tour de vis sécuritaire, liberticide et autoritariste pour asphyxier toute volonté d’insurrection. Ces réunions au sein du CCG ont débouché sur un accord en novembre 2012. Suite à cet accord, les pays du Golfe renforcèrent leurs coopérations militaires, accrurent les surveillances aux frontières et augmentèrent la collaboration dans le renseignement pour accroître leur pouvoir dans un réflexe de survie. Cet accord s’illustre des blocages réguliers d’internet, et la traque des blogueurs opposants (Raif Badawi). Tout en sachant que les pays du Golfe sont parmi les pays arabes les plus connectés aux réseaux sociaux. D’ailleurs la jeunesse Saoudienne est l’une des plus addictives à Facebook. De même, parmi les cinq premiers pays arabes qui comptent le plus d’abonnés sur Twitter et sur Facebook quatre sont des pays membres du CCG, enfin ces pays produisent 88% des tweets émis des pays arabes. De plus, si paravant pour acheter la paix sociale, ces pays mettaient en place une redistribution plus ample de la rente pétrolière, cela est désormais plus périlleux. En effet, les États-Unis sont dorénavant indépendants au niveau des hydrocarbures, et puis la Chine par le ralentissement de sa croissance est moins demandeuse de pétrole. Moins de demande pour toujours plus d’offre, la rente du pétrole diminue pour ces pays.

CCG
Les chefs d’États des pays membres du CCG, respectivement l’émir Sabah (Koweït), l’émir Al Thani (Qatar) le sultan Qabous (Oman), le roi Abdallah (Arabie Saoudite), le roi Hamed (Barheïn) et le président Al Nahyane (Émirats Arabes Unis)

Si le Qatar adopta une ligne pro-changement en Tunisie, en Égypte, et en Syrie, avec des financements apportés aux partis islamistes, et par la ligne éditorial de la chaîne de télévision Al-Jazeera, la réalité politique au Qatar est loin du changement. En effet, malgré les promesses, il n’y toujours pas eu d’élections législatives depuis 2003.

Parmi les pays les plus faibles de la péninsule arabique, se trouvent Oman et Bahreïn. Soucieuse de ses alliés l’Arabie Saoudite consentie des efforts financiers pour aider ces pays. Tout d’abord à Bahreïn où la grogne économique et sociale se joint à une grogne politico-confessionnelle. En effet, dans ce pays, les sunnites minoritaires démographiquement dirigent un pays majoritairement chiite. Les contestations ont amené l’armée saoudienne à intervenir et à mettre quasiment sous tutelle le pays dirigé par la dynastie des Al Khalifa. Depuis on assiste à une contre-révolution sunnite. Quant à Oman, en plus des manifestations à Sohar et à Mascate (capitale) de 2011, la stabilité du régime pourrait ne plus durer si le sultan Qabous (le sultan n’a pas d’héritier), assez âgé venait à décéder. Grande figure de médiation diplomatique et à l’autorité charismatique forte, son absence pourrait créer un vide mortifère à Oman.

Autre pays en fragilité politique, le Koweït. Exception dans la péninsule par sa constitution de 1962, qui dote au Koweït un régime parlementaire et avec une relative liberté d’expression, le Koweït a surpris. En effet lors de l’accord de coopération sécuritaire, le Koweït dirigé par la dynastie des Al Sabah à accepter cet accord, ce qui met en porte à faux la population et sa dynastie. Si des manifestations sont récurrentes depuis l’arrivée de l’émir Sabah Al Ahmed Al Jabir Al Sabah en 2006 et malgré des dons aux citoyens de 3000 dollars par l’émir en 2011, le parlement n’a pas ratifié l’accord, et on constate un soutien de la population au parlement qui dépasse les divisions entre chiites et bédouins.

ccg

Enfin, l’Arabie Saoudite, pilier du CCG, concentre des facteurs d’instabilité importants. D’une part, la mort du roi Abdallah en janvier dernier, et l’arrivée au trône du roi Salmane qui a mis aux postes clés des novices. En effet, à l’intérieur et à la défense, ce sont deux jeunes du clan des Soudeïri (clan le plus influent parmi la dynastie Al Saoud) qui sont aux reines du pouvoir. D’une part Mohammed Bin Nayef (prince héritier) à l’Intérieur et Mohammed Bin Salman (second héritier) à la Défense. Leur leadership est médiocre et leur expérience très faibles. D’autant plus qu’ils doivent faire face à au moins deux menaces. D’une par l’État Islamique très présent dans la partie orientale de l’Arabie Saoudite, et AQPA (Al Quaïda en Péninsule Arabique) qui multiplient les attentats (dernier en date le 6 août dernier à Abha). En effet l’État Islamique est la principale menace pour les Saoudiens. Dans leur paranoïa anti-chiite et donc anti-iranienne, les Saoudiens ont basé leur soft power religieux sur le développement de l’islam wahhabite*. Cet islam (plus de 120 décapitations en Arabie Saoudite en 2015, droit de vote des femmes réservé aux élections municipales, police religieuse…) a nourri théologiquement Daesh. De même la société saoudienne structurée par cet islam wahhabite est donc séduite par Daesh. En outre Daesh déborde l’Arabie Saoudite dans son rôle de « Vatican » sunnite et dans lutte contre les chiites et contre l’Iran. Par ailleurs, l’Arabie Saoudite mène depuis une coalition de pays arabes contre les rebelles Houthis au Yémen, ce qui disperse ses services de sécurité. Ces menaces sont temporairement endiguées par une injection de 130 milliards de dollars de l’Arabie Saoudite depuis 2011 dans son budget national pour acheter la paix sociale en gonflant le nombre de fonctionnaires. Enfin l’Arabie Saoudite, et plus largement l’ensemble des pays membres du CCG voient la protection américaine décroître largement. En effet les États-Unis entreprennent un basculement géopolitique en s’alliant avec l’Iran chiite. Cela met un terme à l’alliance américano-saoudienne issue du pacte du Quincy (1945).

Bourbier Yéménite, menaces de l’État Islamique, retour de l’Iran, fuite des États-Unis…les pays du Golfe voient leur sol s’effondrer. Ce tourne vis sécuritaire, auparavant accepté fatalement par les populations en raison d’une redistribution de la rente pétrolière n’est pas tenable à moyen-terme dans des pays où les familles royales ont le quasi-monopole du pouvoir et où le vent des « printemps arabes » a soufflé sans dégâts, du moins pour le moment.

*wahhabisme : courant le plus rigoriste, littéraliste et puritain de l’islam sunnite théorisé au XVIIIe siècle par Mohamed Ben Abdelwahhab. Issue de l’école théologico-juridique Hanbalite, cet islam entend pratiquer une foi identique aux premiers temps de l’islam.

Par Romain Dewaele

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Un commentaire

  1. Bonjour
    Vos analyses sont pertinentes et intéressantes .Mais de de grâce faites un effort pour éviter les coquilles innombrables autant grammaticales que syntaxiques ds le texte .Donnez vous la peine de revoir vos lignes avant publication. »Tour de vis ») et non pas « tourne vis » (dans le contexte).Merci.

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