La Tunisie ou l’éloge de la transition

assembléetunisieFin 2010, début 2011, la Tunisie puis, l’Égypte, la Libye et la Syrie s’embrasent. Ces mouvements de révoltes suscitent dès le début à la fois des interrogations ainsi que des espoirs. Si aujourd’hui en 2015, les espoirs ont été largement douchés par l’irruption de l’islam politique, du chaos politique, de la guerre civile ou de retour à l’autoritarisme, la Tunisie bien que fragile au niveau sécuritaire est devenu une démocratie. Récit d’une transition achevée.

Avant de se pencher sur le cas tunisien, il faut se méfier des analyses globalisantes sur les « printemps arabes ». En effet, la culture politique, l’histoire, l’économie, les institutions… des pays qui ont subi des révoltes ne sont pas les mêmes. De plus, si la loupe médiatique s’est focalisée sur les pays où les rues étaient noires de monde, il ne faut pas oublier que le mouvement des « printemps arabes » a eu des répercussions également au Maroc, en Jordanie, à Bahreïn, au Yémen et à Oman. Enfin, méfions-nous de l’expression « printemps arabe », en effet elle fait référence au printemps des peuples de 1848, mais surtout du début des années 1990 avec l’indépendance de nouveaux pays européens de l’est qui sortaient du joug de l’URSS. Hors dans le cas des « printemps arabes » il n’y a eu aucune libération vis-à-vis d’une grande puissance.

Après la chute de Ben Ali, les premières élections libres du pays qui ont eu lieu le 23 octobre 2011 ont vu la victoire des islamistes d’Ennahda, leur incompétence en matière économique, la perpétuation du clientélisme et la dégradation de la situation sécuritaire a provoqué une défiance de la société civile tunisienne à l’encontre d’Ennahda. Une défiance sanctionnée par la société civile qui amena les acteurs de la politique tunisienne à faire un compromis, pour que la transition tunisienne réussisse.

Une transition pacifique mais non sans crise politique. En effet lors de l’été 2013, la société civile gronde contre le pouvoir d’Ennahda, la désobéissance civile s’amplifie, l’insécurité augmente, bref le pays est bloqué…Mais, par la médiation diplomatique de la France et de l’Algérie, les modernistes et les islamistes vont discuter pour former une union nationale. En effet Rached Ghannouchi le leader des islamistes et Beji Caïd Esebssi le leader des modernistes se rencontrent. Tous deux savent qu’aucune de leur formation ne peut devenir hégémonique et donc gouverner. Leurs discussions s’achèvent sur des concessions importantes des islamistes (absence de référence à la charia dans la constitution) et sur la volonté de respecter la constitution. Une constitution qui incarne la transition tunisienne. En effet contrairement aux idées reçues, la Tunisie n’a pas fait de révolution. Assurément, si l’on prend la révolution dans une acception de bouleversement de l’ordre social et de transformation radicale de l’État par un mouvement de masses impulsé à l’origine par les classes populaires, la Tunisie n’a pas fait de révolution. Quand bien même, le mouvement de révolte a été initié par les classes populaires (jeunes de Sidi Bouzid), on constate que l’ordre social n’a guère changé et les organes de l’État encore moins. Contrairement à l’archétype de la révolution russe de 1917, en Tunisie les cadres de l’armée, des services de renseignement, de la haute administration et de la justice n’ont guère changé. Cela est un fait typique d’une transition, où des éléments de l’ancien régime retrouvent leur place dans le nouveau. On a eu affaire donc à une transition, c’est-à-dire le passage pacifié d’un régime autoritaire à un régime démocratique, et où l’ancien retrouve une place dans le nouveau où le neuf n’a pas table rase de l’ancien. En un mot une transition est un compromis.

Ce compromis se retranscrit dans la constitution. En effet, la loi des lois reflète très souvent un consensus national et un indicateur des forces politiques en présence. Un consensus national dans son contenu mais aussi dans son écriture. En Tunisie, la constitution a été rédigée par une assemblée constituante donc, de 217 membres intégralement élue au suffrage universel. Cette assemblée fut élue en 2011 à la proportionnelle avec même des représentants de la diaspora. De plus lors de cette élection un principe de parité fut mis en place, avec un quart des sièges réservés à des femmes, et dans les listes de parti une obligation d’avoir au moins une personne de moins de 30 ans. Enfin, contrairement à d’autres pays qui ont revu quelques articles de leur constitution (Maroc, Jordanie…), la Tunisie a élaborée une toute nouvelle constitution.

Emblème de cette transition, en décembre 2014, Beiji Caïd Essebsi a été élu à 84 ans président avec 55% des voix. Il succède à Moncef Marzouki, candidat malheureux (auparavant, en octobre, le parti d’Essebsi, Nidaa Tounes avait remporté les élections législatives). Beji Caïd Essebi étant l’ancien président de la chambre des députés sous Ben Ali, et ancien ministre (Affaires étrangères, Défense et Intérieur) sous Bourguiba.

Géographie électorale de la Tunisie
Géographie électorale de la Tunisie lors des élections présidentielles de décembre 2014

Révolution, transition…la principale question lorsque l’on analyse les « printemps arabes » est de savoir si les gouvernés peuvent désormais sanctionner les gouvernants. La Tunisie est donc le pays qui jusqu’à présent connait le processus le plus démocratique des pays ayant connu le « printemps arabe ». Si le cas tunisien offre des espoirs, la Tunisie va devoir faire face à des problèmes qui peuvent ébranler sa fragile démocratie. D’une part la volonté de décentraliser le pouvoir qui pourrait faire revivre le clientélisme et le népotisme de l’ancien régime tout en ne négligeant pas la fracture territoriale entre un sud favorable aux islamistes et les grandes villes littorales du nord favorables aux modernistes. D’autre part, la Tunisie doit impérativement améliorer ses services de renseignement face aux djihadistes (attentat au musée du Bardo le 8 mars 2015 avec 24 morts, attentat à Sousse le 26 juin dernier avec 39 morts revendiqué par l’État Islamique ainsi que les Tunisiens djihadistes) pour sauver son économie basée principalement sur le tourisme. Ensuite, si les attentats se multiplient, le risque de la Tunisie est de suivre le chemin égyptien, avec un retour de l’autoritarisme. Enfin, la Tunisie a une frontière avec la Libye, qui malgré les efforts de ONU par l’émissaire Bernardino Leon, est en plein chaos politique et sécuritaire entre deux gouvernements (dont un reconnu par la communauté internationale) et des zones dirigées par l’État Islamique.

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