L’après-Charlie et le renseignement: témoignage

DGSI

17H50, vendredi 21 août, entre Paris et Amsterdam à bord du Thalys 9364, Ayoub El-Khazzani sort des toilettes et commence à remonter le train muni d’un fusil d’assaut et d’un pistolet automatique pour perpétrer un massacre. Par miracle il est neutralisé par trois personnes, dont deux jeunes militaires Américains. Cette tuerie déjouée met une nouvelle fois en lumière les menaces qui pèsent sur la France, et remet en question le travail des services de renseignement français, alors qu’Ayoub El-Khazzani avait fait l’objet d’une fiche S.

Fin juillet l’équipe de Globale Diplomatie a pu obtenir un intense entretien avec un commissaire divisionnaire de la DGSI (Direction Générale des Services Intérieurs), qui pour des raisons évidentes a souhaité garder l’anonymat. Synthèse :

Pour notre commissaire à la DGSI le renseignement français est actuellement en plein changement de paradigme, et les attentats des 7 et 9 janvier derniers ont accéléré ce processus. Le renseignement fait face à des menaces nouvelles. Auparavant les menaces terroristes venaient d’un commando étranger (type GIA), aujourd’hui ce sont des Français, le problème est désormais interne.

                                   « un djihadiste sur cinq est un converti »

Notre commissaire travaillait avant sur le dossier afghan où il y avait eu 40 Français dans les rangs des Talibans en 10 ans, aujourd’hui le nombre de personnes à surveiller a explosé et le mode opératoire des terroristes a évolué. Le travail du moment se porte principalement sur les Français qui se rendent et qui reviennent de Syrie et d’Irak. Il y a plus de 400 Français qui sont allés en Syrie depuis 2 ans selon le commissaire (pour le commissaire il y a eu jusqu’à présent plus de 150 morts Français en Syrie). Les services font face à des individus isolés, qui utilisent les nouvelles technologies, pour qui l’idéologie est secondaire, qui ont une méconnaissance de l’islam, et qui sont en quête de rébellion, de communauté, d’aura et de transcendance…De plus il y a dans les individus surveillés des convertis, qui pour s’intégrer se radicalisent.

Un djihadiste sur cinq est un converti chez les hommes, une sur quatre chez les femmes. La plupart ont des antécédents de délinquance, acquérir des armes n’est pour eux pas un problème. Le mode opératoire a évolué, c’est désormais moins préparé, plus simpliste, avec des armes basiques pour avoir comme unique objectif de faire peur, et du bruit médiatique. Les attentats de Merah ont eu un effet déclencheur, les cibles prioritaires sont les policiers, militaires, Juifs, et les Maghrébins.

Ensuite aujourd’hui beaucoup de personnes ont des velléités de partir, mais la plupart ne vont pas au bout de leurs intentions, ce qui rend l’analyse des informations cruciale et difficile. Avec le flux massif d’informations, le but est de prioriser. Parmi le recueil, l’analyse de l’information et l’action, c’est aujourd’hui l’analyse qui pose des problèmes, tant les services croulent sous les informations, avec un manque de moyens humains, logistiques et technologiques pour les analyser. Le plus difficile c’est de « blanchir du renseignement ».

Le long chemin du renseignement (Laurent Sébaqtine-Yves, Atlas du renseignement: géopolitique du pouvoir, Paris Les Presses de Sciences-Po, 2014)
Le long chemin du renseignement (Laurent Sébastien-Yves, Atlas du renseignement: géopolitique du pouvoir, Paris Les Presses de Sciences-Po, 2014)

Ces dernières semaines le débat public s’est focalisé sur la loi sur le renseignement, pour le commissaire cette loi officialise l’officieux, donne un cadre légal aux opérations, et donc protège les agents. Même si selon lui la communauté du renseignement a eu des échecs quant à ses demandes auprès du législateur, comme l’enterrement de la proposition de loi pour instaurer des visas pour la Turquie.

« On ne collabore pas avec deux services de renseignement dans le monde »

Pour recueillir des informations, les services récupèrent des renseignements humains, techniques et ont des coopérations avec d’autres États. Pour le commissaire divisionnaire de la DGSI, la France n’a pas de coopération avec deux services de renseignement dans le monde, notamment ceux du régime syrien de Bachar El Assad. Dans la région, les services français collaborent avec les services kurdes. De plus, en dépit des révoltes arabes, les services de renseignement sont dirigés par les mêmes personnes qu’avant. La coopération sécuritaire entre la France et les pays Arabes n’a pas été impactée par les « Printemps Arabes ».

Autre thème d’actualité  : l’incarcération des terroristes djihadistes, faut-il isoler ou non les radicalisés ? Une question difficile pour le commissaire. Un délinquant qui fréquente en prison des djihadistes va se radicaliser puis à sa sortie utiliser ses réseaux délinquants pour préparer un attentat. De plus, il est très rare que des radicalisés se repentent à leur sortie de prison, à la rigueur ils deviennent quiétistes. Cependant ceux qui n’ont pas vocation à quitter la prison doivent être isolés.

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