Russie, pourquoi les sanctions économiques sont aussi inutiles qu’inefficaces.

Drapeau_Russie_délégationUNESCO_Paris[1]Les perspectives économiques russes laissent percevoir une baisse de 4% du PIB pour l’année 2015. Pendant que de nombreux éditorialistes se réjouissent, nous tacherons de démontrer que cette perte de PIB n’est pas seulement due aux sanctions, et que cela n’influera absolument pas l’orientation  de la politique du gouvernement de Vladimir Poutine.

 Le PIB de la Russie diminue, c’est indéniable, malgré certains discours, cette chute n’est que partiellement due aux sanctions économiques qui frappent le pays. En effet, comme déjà développé dans une analyse plus détaillée (à retrouver ici), une des causes majeures du ralentissement structurel russe, est la baisse significative du prix des hydrocarbures (- 57% par rapport au prix de Juin 2014). Le modèle de croissance de l’ex-empire Tsaristes est très dépendant de deux facteurs : l’exportation d’hydrocarbure et la consommation des ménages intérieurs. Inutile de rappeler qu’aucune sanction ne touche les exportations d’énergie puisque la majeure partie des pays européens en sont dépendants… La consommation des ménages s’est aussi contractée de -5%. Voilà ce qui explique plus de 85% de cette chute du PIB… Les 15% restants peuvent être imputés aux sanctions, et principalement à la forte diminution des investissements de locaux ou d’étrangers dans l’outil de production ou les infrastructures.

 Outre l’impact très relatif et asymétrique des sanctions, leurs efficacités politiques ne sont pas démontrées… « Je n’ai jamais constaté que la politique des sanctions ait eu des effets positifs », dit un jour Jacques CHIRAC, dont le pragmatisme en termes de relations internationales est aujourd’hui reconnu.  Nombreux sont les exemples de pays ou régimes ayant traversé les sanctions sans infléchir leur politique : Burundi ; 5 ans de sanctions qui n’empêcheront pas les 300 000 victimes de la guerre civile, Irak ; 13 années de sanctions, le pouvoir ne vacillera qu’avec une intervention occidentale, etc. Les exemples ne manquent pas, Cuba en est d’ailleurs le symbole. Le pouvoir des Castro n’a jamais souffert des sanctions. Voilà plus de 52 ans que le régime des frères Castro vit sous embargo américain. La stratégie initiale des USA de contraindre le régime ou de favoriser une révolte populaire n’a donc absolument pas fonctionné. Obligeant même le gouvernement Obama à normaliser ses relations avec la dictature cubaine.

En plus de l’inefficacité générale des sanctions, l’histoire nous démontre qu’elles ont toujours  eu des conséquences désastreuses pour les populations civiles. Je pense par exemple aux 500 000 enfants irakiens décédés suite à l’embargo sur les médicaments et les équipements sanitaires, ou encore au retard de développement monumental pris pas le Zimbabwe. Une fois de plus voir notre précédent article : « petit précis de sanctions internationales inutiles et dévastatrices ».

En complément de l’inefficacité et des effets néfastes sur les populations, les sanctions participent à la construction d’un « ennemi extérieur » (voir livre de Pierre CONESA). Elles permettent de recentrer « les victimes » donc la population autour du régime, le tout contre les « punisseurs ». Les études montrent que le soutien des citoyens russes à Vladimir Poutine n’a pas fléchi depuis les sanctions. Les côtes de popularités de Poutine et Medvedev n’ont jamais été aussi fortes que lors du rattachement de la Crimée ou pendant la guerre russo-géorgienne (source AFP). A l’opposé le sentiment de défiance à l’égard de l’UE et des USA a lui largement augmenté (+17%).

Enfin, caractéristique trop souvent négligée par les chroniqueurs, mais aussi par Napoléon  Bonaparte ou Adolf Hitler : la capacité de résilience et l’esprit de sacrifice du peuple russe. Dans un climat rigoureux, après le règne sans partage des Tsars, une révolution communiste, plus de 25 Millions de morts pendant la seconde guerre mondiale, une dictature communiste et enfin 10 années d’humiliations post-dictature ; peu de chance qu’une perte de 0. 30 % du PIB et une grosse colère de François HOLLANDE fassent vaciller le pouvoir et douter le peuple soviétique.

Pour conclure, et toujours sans porter de jugement sur la légitimité des sanctions, force est de constater, qu’elles sont presque sans impact à moyens termes et qu’aucune sanction, ni hier, ni aujourd’hui, ni à l’Ouest, ni à l’Est,   n’a jamais fait évoluer positivement un conflit ! A l’inverse elles nourrissent rancœurs et incompréhensions mutuelles !

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2 commentaires

  1. Article pertinent. Remarque juste sur l’erreur de Bonaparte et d’Adolf. D’ailleurs dans le caractère russe je rajouterais la conquête et l’exploitation de la Sibérie et de la taïga dans le Nord extrême, ainsi que des millions de morts dans les Goulags de ladite dictature soviétique. Sans parler du mode de vie pendant des siècles diamétralement opposé à celui en Occident, d’où l’adaptabilité des Russes frôlant les sommets et ne connaissant pas d’égale dans les pays infligeant aujourd’hui les sanctions.

    Une précision / complément à l’analyse économique actuelle en Russie : les 5% de baisse de consommation domestique sont en partie dues au phénomène de l’économie russe depuis 1991 – l’inflation permanente, certaines années avoisinant les 2 chiffres. En sus, entre 2014 et aujourd’hui le cours du baril, quelque peu artificiellement abaissé dans les marchés mondiaux, a plombé le cours du rouble de pratiquement 100%. Ce qui fait que le pouvoir d’achat des produits importés a baissé de quasiment 2 fois. Ce qui est automatiquement et inévitablement répercuté sur la classe moyenne et les couches de population plus pauvres.

    Or, dans la lumière dudit, la consommation baissée de 5% peut paraître négligeable et non corrélée avec le taux de change. Ce qui rajouterait de l’eau au moulin du caractère russe.
    Mais ce qui est intéressant de comprendre est que parallèlement aux sanctions médiatisées et les gestes diplomatico-démocratiques, tels quels les Mistrals par exemple, sont menées des actions offensives en profondeur avec des méthodes beaucoup moins orthodoxes (ou catholiques — selon la préférence), afin de déstabiliser vraiment l’économie russe.

    Si ce n’est pas la guerre froide 2.0, je ne sais pas de quoi on parle …

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