Petit précis de sanctions internationales inutiles et dévastatrices.

Ruined_tank_in_HargeisaDans un contexte sociétal où les puissances occidentales ne peuvent que très difficilement contraindre d’autres Etats par la force militaire et peinent à mobiliser l’opinion publique, les sanctions économiques semblent devenir un palliatif aux interventions armées. 

Burundi de 1996 à 1999

Depuis 1993, le pays s’enfonce dans une guerre éthnique dévastatrice et barbare, elle fera plus de 100 000 morts. Dès 1996, les partenaires économiques du petit pays décrètent un embargo ainsi que des sanctions économiques. Conséquences directes, le PIB régresse de 21%, le taux d’investissement est divisé par 3, l’inflation annuelle passe de 4% à plus de 21%. Dans le même temps, l’aide publique au développement est diminuée de plus des deux-tiers et la dette s’envole. Résultat combiné de la guerre et des sanctions, le Burundi est un des Etats les plus pauvres au monde (180e / 187 pays PNUD 2014), le taux de pauvreté y est passé de 35% de la population à plus de 60%. Même si cette chute abyssale n’est pas seulement liée aux sanctions internationales, celles-ci en sont largement co-responsables, sans avoir jamais réellement influées sur le cours de la guerre civile. Le conflit va même se prolonger jusqu’en 2004, les principaux chefs de la rébellion sont aujourd’hui aux postes clés de l’ Etat. Les sanctions ont principalement touchées les civiles de deux ethnies belligérantes  (Hutus et Tutsis), à ce jour l’espérance de vie d’un homme est toujours de 50 ans.

Irak de 1990 à 2003

Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, les Nation Unies organisent un programme de sanctions économiques et d’embargos afin de faire infléchir le régime de Saddam Hussein. L’économie irakienne déjà fortement fragilisée par huit années de guerre contre l’Iran, est complétement dépendante des importations étrangères (70% de la nourriture et 90% des médicaments et équipements médicaux). Les différentes sanctions font brusquement passer les importations de 11.5 Milliard à moins de 0.5 Milliard d’US $. Outre les effets directs de la fin des importations, on constate aussi une baisse importante de la production agraire consécutive aux manques d’engrais, de pesticides ou de matériels agricoles. Une perte de productivité similaire est constatée dans toutes les activités de production et de transformation. Les exportations passent elles de 29 Milliards à moins de 500 millions d’US $. En moins d’une année les Irakiens sont privés de 70% de leur nourriture et de plus de 90% de leur revenus d’exportation. Malgré quelques aménagements (plan pétrole contre nourriture, etc…), les conséquences pour la population sont terribles :

  • 500 000 Enfants décédés (d’après l’UNICEF) suite à la paralysie du système de santé et à la pénurie de médicaments.
  • Taux de mortalité infantile doublé en moins de deux ans.
  • Réapparition de maladies éteintes comme le paludisme.
  • Moins de 41% de la population a accès à de l’eau saine et consommable.
  • Un tiers de la population souffre de malnutrition.

Outre les conséquences terribles sur le peuple irakien les sanctions n’ont eu aucun impact sur le régime de Saddam Hussein qui restera sereinement en place jusqu’à l’intervention occidentale de 2003.  

Cuba de 1963 à 

Suite à la nationalisation par l’Etat cubain de nombreuses sociétés américaines, les USA décrètent une série de sanctions, qui seront durcies en 1992 et 1996. L’embargo prive de 70 Milliards d’US $ de ressources annuelles pour l’ile. Les aides soviétiques ne suffiront jamais à pallier la perte (moins de 6 Milliards d’aides annuelles). Cette perte fût un arrêt immédiat du développement du pays, et ce dans tous les secteurs (industrie, tourisme santé). Outre les conséquences sur l’économie et le développement, c’est une fois de plus le secteur de la santé qui sera le premier affecté. Avec pour exemple flagrant une mortalité infantile et une espérance de vie des plus faibles de la région.

Cuba est le pays symbole de l’embargo américain et surtout de son inefficacité. Le pouvoir des Castro n’a jamais souffert des sanctions, contrairement au peuple cubain. Voilà plus de 52 ans que le régime des frères Castro vit sous embargo américain. La stratégie initiale des USA de contraindre le régime ou de favoriser une révolte populaire n’a donc absolument pas fonctionné. Obligeant même le gouvernement Obama à normaliser ses relations avec la dictature cubaine.   

 Conclusion

Au travers d’un échantillon de 3 sanctions, dans des zones, des époques et des situations différentes, force est de constater que les conséquences sont toujours désastreuses pour les civiles, sans impacter réellement la stabilité des régimes. Pire encore, les sanctions permettent aux régimes de réaffirmer leur autorité, de resserrer le sentiment d’unité « nationale » et de justifier leur position. Jacques Chirac dit un jour : « Je n’ai jamais constaté que la politique des sanctions ait eu des effets positifs ». Rejoignant ainsi l’avis de nombreuses ONG et spécialistes des relations internationales.

Par Antoine Valentin

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2 commentaires

  1. […] En plus de l’inefficacité générale des sanctions, l’histoire nous démontre qu’elles ont toujours  eu des conséquences désastreuses pour les populations civiles. Je pense par exemple aux 500 000 enfants irakiens décédés suite à l’embargo sur les médicaments et les équipements sanitaires, ou encore au retard de développement monumental pris pas le Zimbabwe. Une fois de plus voir notre précédent article : « petit précis de sanctions internationales inutiles et dévastatrices ». […]

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