Les relations franco-turques: entre pragmatisme et éloignement

Drapeaux turquie

François Ier et Soliman le Magnifique
François Ier et Soliman le Magnifique

En 1525, François Ier est défait à Pavie face à Charles-Quint. Pour prendre de revers le souverain Habsbourg allié avec la Perse, François Ier fait alliance avec le sultan Ottoman : Soliman le Magnifique. Fort de cette alliance diplomatique, François Ier installe dans l’empire Ottoman la première ambassade française à l’étranger.

Plus tard, au XIX siècle malgré la colonisation française en Afrique du Nord, les relations entre la France et l’Empire Ottoman restent bonnes.

Après la première guerre mondiale qui consacre la mort de l’empire Ottoman, les relations restent correctes, avec chez le « père de la Nation Turque » Mustafa Kemal une francophilie forte. Habité par la littérature française, Atatürk s’inspire des institutions françaises pour la Turquie, et entame une modernisation de ce pays, avec l’adoption de l’alphabet latin comme symbolique exemple.

Au début de la V République, les relations entre la France et la Turquie restent bonnes, comme en témoigne le remarqué déplacement de De Gaulle en 1968, qui comme dans ses visites à l’étranger déplace les foules, et incarne une France diplomatiquement indépendante.

Depuis, les points de désaccord entre les deux pays se multiplient. Tout d’abord l’intégration de la Turquie à l’OTAN, la France reproche à la Turquie son suivisme vis-à-vis des Etats-Unis. Ensuite la question de l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, sachant que la Turquie est liée depuis 1963 par un accord commerciale avec la CEE. Si Mitterand et Chirac considèrent la Turquie comme membre de l’espace européen (validé par le Conseil de l’Europe en 1999), dans un contexte où la question Kurde se pacifie, où la Turquie se démocratise et réduit le rôle de l’armée dans la politique, les nouveaux dirigeants européens s’opposent à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Autre point de discorde, la question du génocide arménien, reconnu par la France en 2000, mais toujours nié par la Turquie. Mécontente de l’attitude des Européens, la Turquie entame depuis le milieu des années 2000 un basculement géopolitique, en voulant devenir une puissance régionale médiatrice au Proche et Moyen-Orient. Comme en témoigne son rôle de médiateur au début  dans la crise syrienne, avec son ancien allié Bachar El-Assad, sans oublier son appartenance à l’organisation économique de la Mer Noire, et sa volonté depuis plusieurs décennies d’alléger les sanctions imposées à l’Iran.

La Turquie: entre Occident et Orient

Néanmoins on assiste depuis les « printemps arabes » à la fin de ce que l’actuel premier ministre, et ancien ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoglu,  nomme la diplomatie du « zéro problème avec ses voisins ». Avec tout d’abord des tensions avec Israël à propos d’une flottille à Gaza, envoyée par la Turquie en 2010, qui fragilisa les relations avec l’Etat Hébreu. Bien que la Turquie ait reconnu Israël en 1949 et signa un accord de défense en 1996. Puis le pari de la Turquie sur certains acteurs des « printemps arabes » afin d’obtenir des gouvernements favorables, comme en témoigne le soutien aux Frères Musulmans en Egypte.

Traditionnellement isolationniste militairement parlant, la Turquie a décidé après avoir été victime d’un attentat (à Suruç) de frapper l’Etat Islamique. Cependant ses frappes, rares pour le moment, sont indissociables du contexte politique en Turquie. En effet, le président Recep Tayip Erdogan a vu aux dernières élections législatives son parti (AKP) obtenir une victoire fragile. L’AKP est obligé de former une coalition pour pouvoir gouverner. Cette faible victoire gèle les ambitions d’Erdogan pour présidentialiser les institutions.  De plus, au cours de ces élections, le HDP, à la base kurde mais qui compte un électorat plus large a fait une percée en intégrant le parlement. Erdogan « véritable bête politique » selon le spécialiste de la Turquie et professeur à Sciences-Po Grenoble Jean Marcou, frappe en ce moment le PKK pour mettre en difficulté le leader du HDP (Selahattin Demirtas), et créer une situation de « moi ou le chaos ». Afin d’essayer de remobiliser son électorat lors des prochaines élections  (car aucune coalition n’a été formée).

Dans ce contexte, les puissances occidentales approuvent la décision de la Turquie de rejoindre la coalition internationale contre l’Etat Islamique. Même encombrante la Turquie est un partenaire diplomatique indispensable, car si la France a privilégié longtemps ses alliances dans cette région avec des pays arabes, on constate que les grandes puissances de la région ne sont pas les pays arabes (Turquie, Iran et Israël).

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