De quoi le régime algérien est-il le nom ?

Abdelaziz BouteflikaObjet de passions de part et d’autres de la Méditerranée, la vision politique de l’Algérie est confuse pour beaucoup de Français ou d’Européens. En effet, régulièrement, nous nous demandons comment ce régime incarné par un Président de plus en plus malade et âgé de 78 ans tient.

Fin 2010 et début 2011, le monde regardait vers les pays arabes pour scruter les révoltes, où un à un des pays voyait ses rues gonfler de plus en plus. Pour commencer la Tunisie, puis l’Egypte, La Libye, La Syrie…mais quasiment rien en Algérie, alors que la jeunesse de plus en plus nombreuse souffre des mêmes problèmes que les Tunisiens.

Pourquoi l’Algérie échappe-t-elle au « printemps Arabe » et comment ce régime ni instable, ni caractérisé par un autoritarisme forcené tient-il ?

L’Algérie est un pays qui depuis au moins deux décennies fait face à des défis nombreux. Tout d’abord le terrorisme dans les années 1990  (et encore aujourd’hui mais avec un changement de nature) qui fit éclater une guerre civile sanglante qui hante encore la mémoire et les représentions collectives des Algériens, et qui peut expliquer l’absence de « printemps Arabes ». Ensuite une crise économique qui tient son origine par la baisse des prix des hydrocarbures, et qui ébranle le système de clientélisation du régime. Mais surtout une frontière commune avec la Libye, plongée en plein chaos politique depuis l’intervention française de 2012, écartelée entre deux gouvernements, et des groupes armés terroristes qui ont prêté allégeance à l’Etat Islamique. Sans oublier le voisinage avec le Sahel, lieu de trafic en tout genre, de terrorisme et de sécessionnisme.

Géographie de la guerre civile en Algérie

Face à ces défis, le clan de Bouteflika tient le pouvoir en recomposant perpétuellement ses alliances depuis son arrivée aux affaires en 1999.

En 1999, le clan Bouteflika fait alliance avec l’état-major des armées. La lutte contre le terrorisme fait pencher le centre de gravité du pouvoir vers l’armée, dont le général Mohamed Lamari. La diplomatie pour Bouteflika, les affaires intérieures à l’armée.

En 2004, Bouteflika fait cette fois-ci alliance avec le DRS, le Département des Renseignements de la Sécurité, mécontente l’armée avait soutenu la candidature d’Ali Benfils. Le DRS disposant d’un ancrage vertical dans les institutions et horizontal dans la société civile. Dès 2004, pour Bouteflika l’objectif est clair : faire de la présidence le cœur du processus décisionnel.

En 2009, pour son troisième mandat, Bouteflika commence à être de plus en plus malade. Ce dernier place des proches dans les fonctions régaliennes et se repose davantage sur l’armée, établissant une relation de confiance avec le général Ahmed Gaid Salah.

Enfin en 2014, Bouteflika est réélu avec dans ses alliances une part de plus en plus prépondérante du milieu économique, notamment du FCE (Forum des Chefs d’Entreprises), le syndicat du patronat le plus fort dans ce pays où l’économie est très étatisée, et où les entrepreneurs sont souvent issu de l’armée ou des institutions civiles, ce qui leur donne une connaissance des rouages de l’Etat.

Fort de toutes ces alliances, le clan présidentiel dispose de plusieurs légitimités. Une légitimité révolutionnaire avec le passé de la lutte pour l’indépendance, une légitimité sécuritaire, le peuple algérien ne veut pas d’une situation à la Libyenne, ou à la Syrienne, et enfin religieuse comme l‘illustre la construction pour 1,5 milliards d’euro de la troisième plus grande mosquée au monde.

Tour ceci explique en parti pourquoi Bouteflika a été réélu pour un quatrième mandat en 2015 alors qu’il existe une multitude de partis, de syndicats, de journaux et de chaines de télévision à la fois opposés et proches du régime. Néanmoins, la jeunesse algérienne très nombreuse, va jouer un rôle capital sur le devenir du pays.

Par Romain Dewaele

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2 commentaires

  1. Avec un sens inné de la pédagogie l’ auteur de ce blog, Monsieur Romain Dewaele, nous fait comprendre avec une simplicité de bon aloi le pourquoi du  » silence algérien » après les printemps arabes successifs. L’ Algérie est pourtant confronté à de graves problèmes sociaux en particulier le chômage des jeunes. Bravo et merci Monsieur Dewaele et continuez à nous éclairer en termes simples sur la complexité du monde géopolitique en effervescence. Une remarque hors sujet, la carte jointe à ce « papier » situe les zones dangereuses de la guerre civile des années 93/97, elles étaient les mêmes pour l’ armée française lors de la guerre d’ Algérie de 1954/1962. Comment s’ en étonner pour l’ implantation des maquis.

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